Disney a retiré le dépôt d'une marque dont il avait demandé l'exclusivité au début du mois. Il s'agissait du nom donné par l'armée américaine au commando d'élite qui a tué Oussama Ben Laden.

L’histoire est passée inaperçue en France, alors qu’elle montre à quel point Hollywood peut être obsédé par la propriété intellectuelle, jusqu’à l’excès. Le 2 mai 2011, l’armée américaine tuait Oussama Ben Laden, responsable présumé des attentats du 11 septembre 2011 et chef d’Al-Quaeda. Dès le lendemain, Walt Disney déposait au Bureau américain des brevets et des marques une demande de marque commerciale sur le nom « SEAL Team 6 ». Du nom de l’unité d’élite américaine qui a exécuté Ben Laden au Pakistan. Walt Disney souhaitait avoir l’exclusivité du nom pour des films et des jeux.

C’est le très populaire Jon Stewart, animateur de The Daily Show sur Comedy Central, qui a mis l’histoire au grand jour dans son émission du 16 mai dernier, pour s’en moquer. Et dénoncer. « Vous ne pouvez pas faire ça !« , s’esclaffe-t-il. « Vous ne pouvez pas prendre des héros américains en chair et en os et en faire [un dessin animé]. Faire de ‘SEAL Team 6’ un droit d’auteur c’est comme essayer de copyrighter le nom des gars qui ont pris d’assaut les plages de Normandie, ou la Statue de la Liberté, ou mettre un brevet sur… les brevets. Ca nous appartient à tous » :

Heureusement, depuis cette émission, Disney s’est rétracté. Mercredi dernier, la société d’animation a annoncé qu’elle renonçait au dépôt de la marque… Mais pour se protéger, la US Navy a elle-même déposé les marques « Navy SEALS » et « SEAL Team ». Comme s’il était naturel pour l’armée de déposer une marque… commerciale.

Cette tenative de la part de Disney n’est en tout cas pas étonnante. On le sait, et nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire, Disney a bâti sa fortune sur l’adaptation d’œuvres du domaine public, qui lui ont permis de construire ses propres œuvres protégées par le droit d’auteur, défendues avec vigueur. Les dessins animés de Walt Disney sont remplis d’emprunts et d’adaptations, comme le montrait cet excellent documentaire basé sur une présentation de Lawrence Lessig (celui-là même avec lequel Frédéric Mitterrand a refusé de débattre à l’eG8) :

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