Dans une réponse à un député UMP qui demandait au gouvernement de réagir contre les groupes musicaux qui diffusent des messages "de haine et de violence", notamment à l'égard de l'autorité publique, le ministère de la Culture s'avoue incapable d'agir efficacement. Il demande implicitement aux maisons de disques de faire le travail de censure.

Ca n’est une surprise pour personne qu’un député UMP interroge le ministère de la Culture sur « la violence des paroles de certains groupes musicaux« . Sans être explicitement nommé, le rap est directement visé par la question du député Jean Bardet, qui fustigeait en février dernier le fait que « sous couvert de liberté d’expression, ils transmettent un message de haine et de violence, et encouragent leur auditeurs à se révolter contre toute forme d’autorité publique« . Le député demandait au ministère ce qu’il entendait faire pour que soient sanctionnés des propos qui « choquent nombre de nos concitoyens qui ne comprennent pas l’absence de réaction de l’État« .

La réponse du ministère de la Culture est plus surprenante. S’il concède qu’il s’agit d’un « sujet très important« , il prévient immédiatement que son « traitement par les autorités publiques s’avère cependant particulièrement difficile« . Le gouvernement le sait d’expérience.

Hamé, le rappeur de La Rumeur, avait été définitivement relaxé en cour de cassation après huit ans de procès contre le ministère de l’intérieur, alors qu’il avait écrit dans un fanzine accompagnant son album que « les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété« . Le rappeur Monsieur R avait également relaxé en 2008 après avoir comparé dans une chanson la France à une « garce ». « La France est une de ces putes de mères qui t’a enfanté / n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une méchante, il faut la traiter, mec..« , disait la chanson qui n’a pas fait l’objet de condamnation. L’an dernier, c’est Adbul X qui a fait l’objet d’une plainte des syndicats de policiers et de Brice Hortefeux pour sa chanson « Tirez sur les keufs ». On se souvient aussi qu’en 2009, une députée UMP avait demandé la suppression sur Internet de toute copie de la chanson « sale pute » d’Orelsan, sans succès.

« En raison de la part de fiction qui s’attache au processus de création lui-même, les paroles qui s’expriment à travers ces œuvres ne peuvent pas se réduire, le plus souvent, à un strict message d’incitation à la haine, à la violence ou à la révolte contre l’autorité« , explique le ministère de la Culture dans sa réponse. En clair, même s’il dit que le juge est « seul habilité à établir la qualification juridique de ces démarches et à prononcer d’éventuelles sanctions« , il estime que les plaintes contre des artistes sont quasiment systématiquement perdues d’avance.

C’est donc pourquoi le gouvernement écrit qu’il « importe que les relais professionnels agissant aux côtés des artistes soient attentifs à la manifestation de ces comportements« , et qu’il « leur appartient en particulier d’appeler l’attention des créateurs sur le respect des repères de déontologie et sur leur responsabilité à l’égard de propos qui seraient jugés insultants ou diffamatoires« .

Si la censure ne peut s’exercer légalement au niveau des tribunaux, elle peut s’imposer en amont au niveau des maisons de disques et des organisateurs de concerts, semble plaider le ministère. Ce qui risque d’inciter plus encore les rappeurs les plus virulents à s’autoproduire et à utiliser Internet et ses sites les plus radicaux pour se faire connaître. Le titre d’Abdul X n’a véritablement décollé que lorsque le blogueur d’extrême droite François Desouche l’a publié.

Il y a cinq ans, le rappeur Joey Starr avait laissé entendre sur Canal + que Nicolas Sarkozy avait obtenu la censure d’une de ses chansons en échange d’un soutien dans le combat contre la licence globale. Une sorte de contrat moral implicite entre les majors du disque et le gouvernement.

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