L'OMPI voit le Parti Pirate comme une incitation à changer le droit d'auteur

Guillaume Champeau - publié le Mardi 29 Mars 2011 à 14h01 - posté dans Société 2.0

Il y a presque un mois jour pour jour, le directeur de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) prononçait un discours appelant les ayants droit et le monde politique à prendre comme acquis l'évolution technologique et à adapter le droit d'auteur aux nouvelles pratiques. Il a même appelé à discuter avec le Parti Pirate et ses sympathisants, dont il pense qu'il seront "prêts à partager les responsabilités" de la définition commune d'une politique culturelle adaptée au 21ème siècle.

Francis Gurry, OMPI C'est un discours passé inaperçu, et pourtant très intéressant et révélateur d'un changement d'état d'esprit chez les promoteurs de la propriété intellectuelle. Le 25 février dernier, Francis Gurry, le directeur général de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), est intervenu à Sydney lors d'une conférence sur l'avenir du droit d'auteur. Il y a plaidé pour la prise en compte des changements irréversibles induits par les nouvelles technologies, et de la philosophie nouvelle née d'Internet. "Nous n’avons pas d’autre choix ; soit le système du droit d’auteur s’adapte aux avantages découlant de l’évolution naturelle, soit il disparaît", a-t-il expliqué.

Francis Gurry a ainsi rappelé que "l’histoire montre qu’il est impossible d’annuler les avantages technologiques et les changements qu’ils entraînent. Plutôt que d’y résister, nous devons nous résoudre à l’inévitabilité des changements technologiques et chercher à nous y adapter de façon intelligente". "Le droit d’auteur devrait avoir pour vocation de promouvoir le dynamisme culturel et non de protéger ou de promouvoir des intérêts commerciaux particuliers", a-t-il prévenu, dans un discours qui appelle à une remise en cause de la part des ayants droit et du monde politique.

Plaidant presque à demi-mots pour une licence globale, il estime qu'il faut une "infrastructure (mondiale) grâce à laquelle il serait aussi facile de concéder légalement sous licence des œuvres culturelles sur l’Internet que d’y obtenir illégalement ces œuvres".

Francis Gurry va même jusqu'à demander aux ayants droit de prendre en compte les aspirations des internautes, qui s'expriment politiquement :

L’Internet a créé sa propre culture, qui a donné naissance à un parti politique, le Parti pirate, qui conteste les élections en prônant l’abolition ou une réforme radicale de la propriété intellectuelle en général et du droit d’auteur en particulier. La plateforme du Parti pirate proclame que “[l]e monopole d’exploitation commerciale d’une œuvre d’art par le détenteur des droits d’auteur devrait être limité à cinq ans après la publication. Une durée de protection du droit d’auteur de cinq ans à des fins commerciales est largement suffisante. Une utilisation non commerciale devrait être gratuite dès le premier jour”.
Il se peut que le Parti pirate en soit une expression extrême mais sur l’Internet le sentiment de réticence ou d’irrespect à l’égard de la propriété intellectuelle qu’il véhicule est monnaie courante (..)

Je pense qu’il faut modifier les comportements en reformulant la question que la majorité du public se pose ou entend à propos du droit d’auteur et de l’Internet. Les gens ne sont pas réceptifs lorsqu’on les traite de pirates. En effet, ainsi que nous l’avons constaté, certains en tirent même une certaine fierté. En revanche, je crois qu’ils seraient prêts à partager les responsabilités en matière de politique culturelle. Nous devons moins parler piratage et davantage de la menace pour la rentabilité financière de la culture du XXIe siècle parce que là est le nœud du problème si nous n’adoptons pas une politique efficace et équilibrée en matière de droit d’auteur.

Selon M. Gurry, il faut simplifier le droit d'auteur, car sinon "nous risquons de perdre notre audience et le soutien du public si nous ne parvenons pas à mieux faire comprendre le système".

"Monsieur Gurry arrive aux mêmes conclusions que celles qui ont amenés à la création du Parti Pirate, il y a de cela déjà six ans", réagit Paul Da Silva, le président du Parti Pirate français. "Il continue de nous qualifier d'extrême, preuve s'il en est que la réflexion que nous menons depuis six années avec des artistes, des experts de pays du monde entier et qu'une large majorité des Internautes promeut pourrait l'aider". Selon lui, c'est "plutôt contraint que ravi" que l'OMPI commence à "envisager une réforme du droit d'auteur et plus largement de la propriété intellectuelle".

"Si vous avez besoin d'aide à propos de la propriété intellectuelle, les pirates sont prêts à vous expliquer à quel point elle est dépassée et même à vous donner des pistes de réflexions sur le droit d'auteur et les réformes à lui apporter pour qu'il s'adapte aux nouvelles technologies, plus si nouvelles que cela...", lance-t-il au directeur de l'OMPI.

Rappelons que c'est justement pour contourner l'OMPI que l'accord ACTA prévoit la création d'une nouvelle organisation internationale, porteuse de la voie la plus stricte sur la protection des droits de propriété intellectuelle.

Publié par Guillaume Champeau, le 29 Mars 2011 à 14h01
 
 
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Commentaires à propos de «L'OMPI voit le Parti Pirate comme une incitation à changer le droit d'auteur»
 

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De l'intelligence ? Wow.
OMPI gonna OMP !

(Wait, WHAT ?!)

C'est un discours passé inaperçu

Etonnant, non ?

Une ' politique ' culturelle adaptée au 21 ème siècle...

Mais quelle démago...

Vouloir coûte que coûte conserver les consommateurs dans leur réseau de Prod/Promo/distri, il ne fait que tenter d'apaiser les deux parties. Malheureusement pour l'une d'elles, l'autre se contrefout d'elle, et elle représente tant d'individualités différentes que tous leurs ' accords ' et toutes leurs ' lois ' n'auront d'autre effet que de les rendre sourds et aveugles définitivement, c'est cela, qui leur fait peur, rien d'autre.

Vivement que ces dinosaures disparaissent...
Gnommy, le 29/03/2011 - 14:23
Vouloir coûte que coûte conserver les consommateurs dans leur réseau de Prod/Promo/distri
Je ne vois pas beaucoup d'alternatives à ce modèle, même dans les milieux les plus critiques envers la notion de "propriété intellectuelle".

Chez les internautes adeptes du téléchargement illégal, ce sont de façon ultra-majoritaire les oeuvres qui obéissent au schéma "prod/promo/distri". Simplement, une fois que l'oeuvre est produite (toujours par l'industrie audiovisuelle), une fois qu'elle a sa promo (via les médias dominants), les internautes remplacement le dernier maillon de la chaîne, à savoir la distribution via supports physiques ou sur Internet via DRM, par une distribution gratuite.
Mais la remise en cause des deux premiers maillons (prod et promo) est beaaaaaaaaaaucoup plus lente.
Je ne vois pas vraiment de changement moi. Il y a toujours une focalisation sur ça:
rentabilité financière de la culture

Et sous-entendu, les avantages financiers que certains de ces rentiers vont pouvoir préserver. On ne s'intéresse pas à l'Art ou à la Culture, encore moins aux artistes, mais juste aux finances de certains "propriétaires intellectuels".
une large majorité des Internautes promeut pourrait l'aider
Ah bon, il y a plus d'un milliard d'Internautes qui promeuvent les idées du parti pirate ???
Ben faudra les avertir parce qu'à mon avis, il y en a un gros paquet qui ne savent même pas que ces partis existent.

Comme d'habitude, ce monsieur confond les internautes avec quelques geeks branchés sur ces problématiques.
"l'histoire montre qu'il est impossible d'annuler les avantages technologiques et les changements qu'ils entraînent. Plutôt que d'y résister, nous devons nous résoudre à l'inévitabilité des changements technologiques et chercher à nous y adapter de façon intelligente"

Whaouu, les sursauts d'intelligence sont tellement rares en ce moment, qu'on en est surpris.
Les idées ne peuvent pas avoir de propriétaires.
Je me permets d'exprimer d'énormes réserves quant au déroulé futur des opérations de l'OMPI qui constate un phénomène (enfin) et le dit inéluctable mais continue à promouvoir des solutions de contrôle type ACTA (ACAC dans le texte)...

C'est pour cette raison que nous n'avons pas communiqué jusque là à propos de ce discours...

@Westlake : Ce monsieur ne confond rien du tout, plus de la moitié des utilisateurs d'Internet sont, consciemment ou non, en infraction au code de la propriété intellectuelle (100% amha)... Je ne parle pas de promouvoir les solutions proposées par le Parti Pirate mais d'une réforme du droit d'auteur globale. Même les gouvernements abondent dans ce sens (avec les conséquences que l'on sait...).
OMG cet éclair de lucidité O_o
Grand_grunt, le 29/03/2011 - 14:32
distribution via supports physiques ou sur Internet via DRM, par une distribution gratuite.
Mais la remise en cause des deux premiers maillons (prod et promo) est beaaaaaaaaaaucoup plus lente.

+1 - Et je pense que c'est qu'a la condition de cette remise en cause que la discussion aura à long terme une logique de succès - c'est tout le schéma de la production et du financement qui est obsolète et à remettre en cause.

Le partage sur internet n'est actuellement qu'en bout de chaîne, mais déjà on commence à voir des productions qui sont créer & diffusée d'abord sur le net, et seulement ensuite son récupérée par "l'industrie musicale".
Grand_grunt, le 29/03/2011 - 14:32
Gnommy, le 29/03/2011 - 14:23
Vouloir coûte que coûte conserver les consommateurs dans leur réseau de Prod/Promo/distri
Je ne vois pas beaucoup d'alternatives à ce modèle, même dans les milieux les plus critiques envers la notion de "propriété intellectuelle".

Chez les internautes adeptes du téléchargement illégal, ce sont de façon ultra-majoritaire les oeuvres qui obéissent au schéma "prod/promo/distri". Simplement, une fois que l'oeuvre est produite (toujours par l'industrie audiovisuelle), une fois qu'elle a sa promo (via les médias dominants), les internautes remplacement le dernier maillon de la chaîne, à savoir la distribution via supports physiques ou sur Internet via DRM, par une distribution gratuite.
Mais la remise en cause des deux premiers maillons (prod et promo) est beaaaaaaaaaaucoup plus lente.
T'as pas du bcp observer le monde de la musique ces dernières années... Énormément d'artistes s'auto-produisent et produisent leurs potes grâce à leur home studio, chose impensable il y a 10 ans, a part pour les plus riches et célèbres. Quant à la promo, elle passe maintenant surtout par les réseaux sociaux et les plateformes à la Soundcloud.

Alors bien sûr je te parle pas de Johnny ou Zazie, ce genre d'has been continuent à enregistrer dans un studio à 10k€/jour et à vendre leur soupe sur RTL. Mais la plupart des jeunes artistes se servent bcp des nouvelles technologies, et pas uniquement pour la distribution.
Faut dire que l'OMPI s'est copieusement fait marcher dessus depuis 2 ans par les politiques et les ayant-droits dans le cadre des négociations ACTA.

Pas étonnant que l'OMPI se permette cette petite sortie... Je vois toutefois assez mal comment cette déclaration pourra être suivie d'effet.

Enfin, ça reste toujours aussi navrant de voir les vieilles biques encostardées, censées réfléchir à l'évolution technique, économique ou sociale du monde, débarquer 6 ou 10 ans après la bataille.
"propriété intellectuelle", cette expression est une Imposture, comme dit si bien Richard Stallman.

http://www.gnu.org/p...not-ipr.fr.html
loutr, le 29/03/2011 - 15:38
Grand_grunt, le 29/03/2011 - 14:32
Gnommy, le 29/03/2011 - 14:23
Vouloir coûte que coûte conserver les consommateurs dans leur réseau de Prod/Promo/distri
Je ne vois pas beaucoup d'alternatives à ce modèle, même dans les milieux les plus critiques envers la notion de "propriété intellectuelle".

Chez les internautes adeptes du téléchargement illégal, ce sont de façon ultra-majoritaire les oeuvres qui obéissent au schéma "prod/promo/distri". Simplement, une fois que l'oeuvre est produite (toujours par l'industrie audiovisuelle), une fois qu'elle a sa promo (via les médias dominants), les internautes remplacement le dernier maillon de la chaîne, à savoir la distribution via supports physiques ou sur Internet via DRM, par une distribution gratuite.
Mais la remise en cause des deux premiers maillons (prod et promo) est beaaaaaaaaaaucoup plus lente.
T'as pas du bcp observer le monde de la musique ces dernières années... Énormément d'artistes s'auto-produisent et produisent leurs potes grâce à leur home studio, chose impensable il y a 10 ans, a part pour les plus riches et célèbres. Quant à la promo, elle passe maintenant surtout par les réseaux sociaux et les plateformes à la Soundcloud.

Alors bien sûr je te parle pas de Johnny ou Zazie, ce genre d'has been continuent à enregistrer dans un studio à 10k€/jour et à vendre leur soupe sur RTL. Mais la plupart des jeunes artistes se servent bcp des nouvelles technologies, et pas uniquement pour la distribution.

Votre débat est intéressant, ça mériterait d'être documenté par des chiffres. Pour l'expérience et la connaissance que j'en ai, les artistes (de la musique en tous cas) sont pas encore massivement passés à l'autoproduction ou autoédition. Que certains adoptent les netlabels, c'est un fait, mais j'ai l'impression qu'une grande majorité passe encore par les structures classiques de production (enregistrement, mixage) et de promotion.

Si le homestudio a fait énormément de progrès et la promotion via les réseaux sociaux aussi, j'ai quand même l'impression que dès qu'un groupe ou un artiste essaie de pouvoir vivre de son art, il recourt à un label et à des circuits de production un poil plus classiques (ne serait-ce que parce que tout le monde ne peut pas se payer de Protools. Un cubase cracké, ou son équivalent actuel, c'est un peu just pour produire quelque chose de professionnel, idem pour la post-prod).
aubasmots, le 29/03/2011 - 15:48
"propriété intellectuelle", cette expression est une Imposture, comme dit si bien Richard Stallman.

http://www.gnu.org/p...not-ipr.fr.html

Il le dit et le redit, mais il nous faut aussi pouvoir expliquer POURQUOI une expression si profondément ancrée dans les codes et dans les esprits est une imposture. Il faudrait pouvoir expliquer ce qu'il y a dans "propriété intellectuelle", rappeler qu'on parle à la fois d'une forme de "paternité" et en même temps de droits patrimoniaux d'exploitation, rassemblés sous forme de monopole. Faudrait expliquer tout ça avant de simplement bannir l'expression.

D'ailleurs, je juge plus efficace de décrire les "nouvelles enclosures" que de s'acharner sur le terme de "propriété intellectuelle".
obcd, le 29/03/2011 - 15:20
Le partage sur internet n'est actuellement qu'en bout de chaîne, mais déjà on commence à voir des productions qui sont créer & diffusée d'abord sur le net, et seulement ensuite son récupérée par "l'industrie musicale".
Yep. Mais ce mouvement ne peut fonctionner que s'il est suivi par les artistes ET les internautes.
J'ai quelque doute sur l'efficacité de ce discourt, d'un côté on parle de grand remaniement des droits d'auteur, voir de disparition, de concept totalement dépassé, mais de l'autre on veut toujours parler de licence ...
Qui dit licence dit commerce, et ceux à grande échelle donc industrialisation de la culture.

On en retombe toujours au fait que la culture n'est pas industrialisation sans dénaturalisation.

Il faut vraiment virer se concept de droit d'auteur, ça n'a plus lieu d'être tout simplement ! Ceux qui veulent gagner de l'argent avec la culture le pourront toujours, mais pas en s'appuyant sur les droit d'auteur, bon c'est sur avec les droits d'auteur c'est facile, les consommateurs n'ont pas le choix.

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