Crise du photojournalisme ? Le ministère de la Culture relativise

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 23 Mars 2011 à 10h50 - posté dans Société 2.0

Ca n'est pas habituel. Interrogé sur le sort des journalistes de presse, le ministère de la Culture a mis en doute l'importance de la crise qui secoue les photographes professionnels, en montrant que le secteur semblait plutôt bénéficier d'une embellie depuis la fin des années 1990.

Dans une question posée au gouvernement en février 2010, la députée Joëlle Ceccaldi-Raynaud (UMP) s'était émue du fait que la photographie soit délaissée dans les suites de la loi Hadopi, et avait demandé ce qu'il entendait faire pour "sauver le secteur de la photographie de presse". Ces derniers mois, plusieurs agences de presse photo ont fermé leurs portes ou affronté de grandes difficultés financières qui ont menacé leur survie. Dans sa réponse, publiée mardi au Journal Officiel, le ministère de la Culture concède dans un premier temps qu' "à l'instar du reste de la presse, le photojournalisme traverse une crise tant structurelle que conjoncturelle grave". Mais il relativise ensuite, avec une capacité de prise de distance que l'on ne connaissait pas à la Rue de Valois.

Le ministère de la Culture estime en effet que si le secteur est en crise, c'est parce que "les pratiques évoluent, les usages changent et engendrent des problèmes spécifiques au métier du photojournalisme". Il pointe du doigt notamment l' "émergence de nouvelles concurrences encouragées par la démocratisation numérique et l'explosion corrélative d'une offre portée par la photo « amateur »", sans le critiquer pour autant. Le discours est plus neutre que celui du ministre Frédéric Mitterrand, qui avait regretté à l'Assemblée au mois d'octobre 2010 que "des sites en ligne proposent à bas prix des photos, ce qui conforte l'idée que les photos ne valent rien et que toutes se valent".

Surtout, le ministère met en doute l'idée-même que le photojournalisme soit en crise. Si les studios le sont, ça ne serait pas forcément le cas des photographes. Le gouvernement estime qu'une étude réalisée en juillet 2010 "ne permet pas de conclure, sur ces deux dernières années, à une baisse massive des revenus des photojournalistes ni à une augmentation importante du nombre de ceux qui exercent leur activité en indépendant". Il rappelle même que d'après les propres données de l'Agessa, qui gère la sécurité sociale des auteurs, le nombre de photographes en France a véritablement explosé, avec 1937 photographes en 1994, et 2837 en 2003 ! 52 % des photographes ainsi référencés touchent un revenu supérieur au SMIC.

Cette augmentation du nombre de photographes professionnels n'a pas dilué les revenus, au contraire. Elle s'est accompagnée d'une croissance des revenus issus du droit d'auteur, qui sont passés collectivement de 41 millions d'euros en 1994 à 78 millions d'euros neuf ans plus tard.

En 2009, selon l'Agessa, 1500 journalistes photo ont perçu des droits d'auteur.

Le ministère de la Culture annonce tout de même la mise en place d'un "observatoire du photojournalisme qui aura pour mission d'assurer le suivi des indicateurs économiques et sociaux de la profession et de décider des études à réaliser en vue d'améliorer les conditions d'exercice du métier de photojournaliste".

Publié par Guillaume Champeau, le 23 Mars 2011 à 10h50
 
 
13
Commentaires à propos de «Crise du photojournalisme ? Le ministère de la Culture relativise»
 
C'est moi où on pourrait sortir les mêmes arguments pour la musique ?
"émergence de nouvelles concurrences encouragées par la démocratisation numérique" en particulier me plait bien.

Après ne nous leurrons pas, si le photojournalisme n'obtient pas ce qu'à eu la musique, c'est uniquement parce qu'ils sont moins doués en lobbying.

Le plus triste étant que le photojournalisme est sans doute plus important pour l'information et ma démocratie que la musique ou le cinéma, surtout en ces temps de production "kleenex"
On pourrait carrément parler d'une crise du journalisme tout court.

Tant est que ce mot puisse encore signifier quelque chose en France...
Je suis content de voir que ça phosphore. Par la crise du journalisme et la crise du photojournalisme va peut-être venir la réalisation qu'on ne peut pas continuer sur les anciens modèles et se baser sur la lute contre le piratage.

Lorsque partager des vidéos et de la musique deviendra aussi anodin que partager des photos, cette prise de conscience va s'accroître.

Et le LOL du jour :
Ils ne peuvent pas faire un HADOPI de la photo.
àtre coupé après avoir eu affiché trois photos piratées sur son écran, ça vient vite:
* le logo de la HADOPI -> un mail d'avertissment
* le site du ministère de la culture -> un recommandé
* le libdub des jeunes de l'UMP -> internet coupé (à non, ça c'est pas de la photo, ouf)
Que fait le gouvernement pour le lobby des photocopieurs qui voit ses revenues se dégrader depuis la démocratisation des imprimantes numériques avec fonction scanner/photocopie! c'est tout un pan de l'économie française qui est en danger! vite une loi!
Par contre c'est clair la musique est trop dans le déclin à cause du piratage...

En fait il y a moins de lobbies de photographes au sein du ministère de la culture, c'est tout.
Et les paparazzis font grève?
Sacefe, le 23/03/2011 - 13:13
Par contre c'est clair la musique est trop dans le déclin à cause du piratage...



Es-tu bien certain, que "le piratage" ne soit que la seule cause du déclin de l'industrie musicale ?

Moi non et je ne suis pas le seul a avoir cet avis.


:mdr:
un déclin c'est quand on décline, or, c'est pas vraiment le cas ...

de toute façon, même si la musique industrielle déclinait, il nous resterai la musique artisanale et la bio !!!
Globalement à part le marcher des paparazzis et la mode, une bonne partie des marcher de la photographie pro est passé vers les anonymes.

La photographie institutionnelle est soit le fait de banques d'images mondiale, soit le fait d'amateurs.
La photographie de guerre est limité aujourd'hui aux journalistes embarqués ou de plus en plus souvent entre les mains des belligérants.
Même pour les catastrophes, les images des habitants prennent de plus en plus le pas.
C'est une blague ? Les chiffres annoncés datent de 2003 ! Il y a eu "quelques" changements depuis (merci les microstocks, qui ont bien plombé le marché de l'illustration), et on mélange allègrement photojournaliste et auteur photographe : du grand n'importe nawak !
Le ministère de la Culture annonce tout de même la mise en place d'un "observatoire du photojournalisme qui aura pour mission d'assurer le suivi des indicateurs économiques et sociaux de la profession et de décider des études à réaliser en vue d'améliorer les conditions d'exercice du métier de photojournaliste".
Encore un observatoire, avec un budget de fonctionnement et aucun compte à rendre.
Continuons à dilapider l'argent du contribuable.
C'est quoi les crédits photo de cet article, justement ? ^^'
si seulement ils pouvaient avr la mème hauteur de vue & lucidité sur la musique et les films !

ah oui, j'oubliais : les lobbies...
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