Suite à l'attentat qui a frappé un aéroport russe, quelques observateurs ont dressé un parallèle quelque peu audacieux avec l'une des missions proposées par le jeu Modern Warfare 2. Dans ce niveau, le joueur doit en effet abattre de nombreux civils dans un aéroport fictif russe.

Lundi 24 janvier, un grave attentat à l’aéroport international Domodiedovo de Moscou a fait, selon un bilan provisoire, 35 morts et 180 blessés. À l’heure actuelle, la piste privilégiée par les enquêteurs est celle de séparatistes islamistes du Caucase. Mais dans certains médias américains et russes, quelques observateurs ont évoqué le rôle des jeux vidéo, et en particulier de Modern Warfare 2.

Call of Duty : Modern Warfare 2 est un jeu développé par Infinity Ward et édité par Activision. Sorti le 10 novembre 2009, le jeu a été un grand succès commercial auprès des joueurs, en particulier sur Xbox 360, ordinateur et PlayStation 3. Bien que massivement piraté sur le réseau BitTorrent, Modern Warfare 2 aura récolté pas moins de 401,6 millions de dollars lors du premier jour de commercialisation.

L’un des niveaux du jeu a toutefois suscité la controverse. Il s’agit de « Pas de Russe » (« No Russian » en version originale). Le joueur est en effet amené à abattre tous les civils d’un aéroport russe aux côtés de terroristes. La polémique a été telle que le niveau a été modifié dans certaines régions du monde. En Russie, le niveau a tout simplement été retiré, tandis qu’au Japon et en Allemagne, le fait de tuer un civil fait échouer la mission.

Or, c’est justement ce niveau qui se retrouve une fois encore au centre de la polémique. Le New York Times souligne que la chaîne de télévision d’information continue russe Russia Today a établi un parallèle entre les attentats qui ont frappé l’aéroport Domodiedovo et le niveau Pas de Russe. D’après le quotidien américain, il a été bien précisé que le jeu a été réalisé par les Américains. Comme un relent de guerre froide ?

Russia Today a alors interrogé un spécialiste du terrorisme chez Fox News, Walid Phares. Celui a soutenu l’hypothèse d’un entraînement virtuel par des individus radicalisés. « Je pense que ceux qui ont déjà été radicalisés […] regardent les jeux vidéo et considèrent qu’ils peuvent servir à les former » a-t-il ainsi avancé à la chaîne russe.

Le montage vidéo, qui tente de rapprocher l’attentat du contenu visible dans Pas de Russe, pose problème à plusieurs titres. Tout d’abord, ce n’est pas la première fois que les jeux vidéo sont pointés du doigt d’une façon ou d’un autre dès lors qu’une actualité macabre apparaît dans la rubrique faits divers. On peut citer notamment le drame évité à Beauvais en 2009 ou le tir mortel qui a abattu un adolescent américain la même année.

Ensuite, la liberté créative dans le jeu vidéo – ou dans n’importe quel autre domaine – s’épanouit mal lorsqu’elle est trop encadrée. Si produire de l’art dans le seul but de franchir la ligne jaune n’a en soi aucun intérêt, il arrive que certaines œuvres bousculent le public sans pour autant être le but recherché. Or, dans ce cas de figure, les jeux vidéo violents, certaines associations veulent introduire des règles plus strictes.

Deux associations suisses ont ainsi demandé en 2009 aux éditeurs de jeux vidéo de prendre en compte le respect des règles du droit international humanitaire, comme la Convention de Genève, dans la conception de leurs jeux de guerre. Or, un jeu vidéo doit-il être forcément régi par les normes, les lois et les règles de la réalité ?

Comme nous l’écrivions alors, « si le jeu est un jeu, c’est justement parce qu’il est virtuel et qu’il n’obéit pas par définition aux mêmes règles que le monde réel. Ni aux règles physiques, ni aux règles législatives. N’est-ce pas aux joueurs et aux parents de choisir le niveau de distance avec la réalité et la morale qu’ils souhaitent pour eux ou leurs enfants ?« .

Pour mémoire, voici la mission dans son intégralité :

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