Intel explique que sa technologie Insider dévoilée avec les processeurs à architecture Sandy Bridge n'est pas un DRM, mais "un service" basé sur une "technologie matérielle de protection du contenu". Une subtilité qui ne change pas grand chose sur le fond.

Branle-bas de combat chez Intel. Le fondeur de micro-processeurs agite ses services de communication pour rassurer ses clients, après la diffusion dans la presse d’informations selon lesquelles la technologie Insider incluse dans les processeurs à architecture Sandy Bridge serait un DRM. C’est dans ce cadre que Numerama a reçu un coup de téléphone amical de la firme, pour remettre les pendules à l’heure.

La firme accuse Reuters d’avoir propagé la mauvaise parole, en parlant de DRM dans une dépêche largement relayée dans le monde entier. Mais à la décharge de Reuters, si nous avons nous aussi parlé de DRM, c’est d’abord et avant tout après avoir lu les propres explications… d’Intel. Tom Kilroy, le vice-président au marketing d’Intel, avait en effet déclaré qu’Insider ajoutait au bénéfice des studios « une protection matérielle de bout en bout pour protéger le contenu« .

« De bout en bout », cela supposait une protection continue, de la distribution du contenu sur la plateforme distante, jusqu’à l’utilisation elle-même sur l’ordinateur du client. Or Intel nous explique qu’en fait, il ne s’agit pas d’un DRM, mais d’une « technologie matérielle de protection du contenu lors de l’achat ou de la location en streaming« . Une fois arrivé à destination sur l’ordinateur de l’usager, le contenu n’est plus protégé par Intel Insider, mais par le DRM logiciel choisi par l’éditeur. Toute la subtilité linguistique est qu’Intel Insider ne « gère pas les droits », comme le fait un DRM (Digital Rights Management), mais chiffre le contenu jusqu’à son arrivée à bon port.

C’est aussi l’explication livrée par Nick Knupffer sur un blog d’Intel. Insider n’est pas un DRM, dément-il, « c’est un service qui permet aux consommateurs de profiter des meilleurs films d’Hollywood en streaming sur leur PC en haute qualité avec une définition de 1080p« . C’est « un service », parce que jusqu’à présent les studios rechignaient selon Intel à proposer en streaming la même qualité que les Blu-Ray, faute de protection efficace du contenu. « Il faut le voir comme une camionnette blindée qui transporte le film de l’internet vers votre écran, ça garde le contenu à l’abri des pirates, mais ça vous laisse tout de même profiter de votre film acquis légalement avec la meilleure qualité possible« , explique Knupffer.

Sans aucune installation de logiciels par leur client, les plateformes de streaming pourront détecter la présence d’un processeur Intel compatible Intel Insider, et proposer alors le contenu 1080p protégé. Sauf à ce qu’AMD propose une technologie équivalente, et réussisse à signer des accords avec les studios (ceux d’Intel n’eixgent pas d’exclusivité), les utilisateurs de processeurs concurrents n’y auront pas accès.

Dans les faits, la technologie d’Intel ne prend pas l’éventuel meilleur des DRM (la gestion des droits pour une rémunération équitable des créateurs), mais en renforce le pire : l’interdiction technologique faite au public d’utiliser une œuvre en dehors du cadre prévu par l’éditeur. C’est consacrer la vision purement contractuelle du droit d’auteur, et nier l’existence des exceptions légales comme la copie privée, le droit à la parodie, ou le « fair use » à l’américaine. Avec le streaming, tous les droits seront gérés sur le serveur distant, et l’utilisateur n’aura plus aucune marge de manœuvre sur l’utilisation du contenu. Nick Knupffer le reconnaît d’ailleurs lorsqu’il vante les mérites d’Intel Insider en expliquant que cette technologie « deviendra encore plus importante lorsque les technologies d’écrans sans fil comme le WiDi d’Intel gagneront en popularité« . De la plateforme de streaming jusqu’à l’écran, tout le contenu sera verrouillé pour en empêcher toute utilisation imprévue, même légale.

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