Ce qu’il y a de bien avec les logiciels libres, c’est justement qu’ils sont libres. Si quelqu’un estime qu’un logiciel libre n’est pas adapté à ses besoins, il est libre de le modifier et de le proposer aux autres utilisateurs qui pourraient être intéressés par les mêmes modifications. C’est toute la différence avec les logiciels propriétaires, où l’on est dépendants de ce que peut et souhaite faire celui qui en détient les droits.

Pour beaucoup, la décision prise par Mozilla de ne pas supporter le codec H.264 dans Firefox a été largement comprise. Comme l’expliquait encore récemment la FSF, le H.264 est un format propriétaire soumis au paiement de licences, qui peuvent être modifiées ou révoquées. Un web ouvert et durable ne peut pas être fondé sur la généralisation d’un format propriétaire, contrôlé par certains qui dictent leurs conditions aux autres. C’est pour cela que Mozilla n’intègre dans Firefox que des formats libres et ouverts, et que la fondation préfère soutenir l’Ogg Theora.

Mais certains peuvent ne pas être d’accord avec cette décision stratégique et philosophique. C’est le cas de Maya Posch, un développeur qui use des libertés offertes par la licence de Firefox pour lancer son projet Wild Fox, hébergé sur SourceForge. Il s’agit de « sortir des versions de Firefox qui incluent des fonctionnalités que les versions (officielles) de Firefox n’incluent pas, y compris le support de l’AVC (h.264) avec les vidéos HTML5« .

« Le projet Firefox a décidé d’exclure certaines fonctionnalités à cause de brevets sur les logiciels, des brevets qui ne sont valides que dans un petit nombre de pays comme les Etats-Unis et la Corée du Sud« , justifie Posh. « Ca veut dire que des décisions ont été prises à cause de brevets qui ne s’appliquent pas dans la majeure partie du monde. Le projet Wild Fox vise à rectifier cela en sortant des builds avec ces fonctionnalités inclues, des builds qui ne seront disponibles bien sûr que pour ceux qui ne sont pas dans des pays encombrés par les brevets« .

Pour l’instant, Wild Fox n’est encore qu’un projet. Maya Posch recherche des développeurs intéressés par l’aventure. Il souhaite sortir bientôt une version basée sur Firefox 3.6.3, en utilisant des décodeurs libres comme Libavcodec, ou Gstreamer.

Cependant, c’est aller vite en besogne que de parler de simples « brevets logiciels » pour le H.264. Si le droit européen ne couvre pas les brevets sur des logiciels « en tant que tels« , il reconnaît en revanche la brevetabilité des procédés techniques mis en œuvre par exemple pour encoder/décoder un flux vidéo, et protège les inventions « mises en œuvre par ordinateur« . L’impressionnant porte-feuilles de brevets de 56 pages (.pdf) qui couvre le H.264 est donc probablement applicable, au moins partiellement, dans des pays qui ne protègent pas les logiciels.

Les utilisateurs eux-mêmes pourraient être inquiétés, même si le risque reste très théorique. « Bien que nos licences ne sont pas conclues par les utilisateurs finaux, n’importe qui dans la chaîne du produit est responsable si un produit final n’est pas licencié« , a ainsi rappelé le consortium MPEG-LA en début d’année. « Dès lors, une redevance payée pour un produit final par le fournisseur du produit final rendrait le produit licencié dans les mains de l’utilisateur final, mais lorsqu’une redevance n’a pas été payée, un tel produit reste non licencié et tout utilisateur/distributeur en bout de chaîne aurait une responsabilité« .

« Aussi, nous suggérons à tous les utilisateurs finaux qu’ils ne traitent qu’avec des produits de fournisseurs licenciés« , ajoutait Allen Harkness, le directeur des licences de MPEG-LA.

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