Selon une association néo-zélandaise, certains opérateurs locaux ont commencé à déployer un système de filtrage, en suivant les désirs du gouvernement. Or, cette nouvelle mesure n'a fait l'objet d'aucune information à destination des clients. Au risque de voir se développer un filtrage arbitraire, dans la mesure où la liste des sites censurés n'est pas publiée.

L’information est passée relativement inaperçue en Europe, mais elle fait beaucoup de bruit en Nouvelle-Zélande. Dans une publication en date du 11 mars, l’association néo-zélandaise Tech Liberty affirme que le gouvernement a d’ores et déjà mis en place le filtrage du réseau, et que celui-ci fonctionne même depuis plusieurs semaines au pays des kiwis. Deux opérateurs sont d’ailleurs montrés du doigt dans cette affaire : il s’agit de Watchdog (filtre effectif depuis le 1er février) et Maxnet (depuis le 26 février), qui se flattent d’ailleurs de proposer des contenus filtrés à leurs clients.

Dans un communiqué publié le même jour, le porte-parole de Tech Liberty s’est déclaré « très déçu d’apprendre que le filtrage est déjà en marche, c’est un jour triste pour la Nouvelle-Zélande« . « Nous craignons que le filtre réduise la stabilité d’Internet en Nouvelle-Zélande. C’est un point de défaillance spécifique, qui créé une nouvelle – et très tentante – cible pour les hackers, et qui va générer des problèmes avec certaines applications par le détournement du trafic » a surenchéri David Zanetti, le responsable technique de l’association.

Or dans cette affaire, le plus troublant n’est pas tant le filtrage en tant que tel, mais plutôt la grande discrétion autour de son activation. En effet, Tech Liberty suspecte le gouvernement d’avoir voulu déployer un système de filtrage sans véritablement communiquer sur le sujet. Pire encore, l’association relève que les deux sociétés n’ont absolument pas prévenu leurs clients des nouvelles mesures mises en place.

Tout s’est donc fait dans la plus grande opacité. Lorsqu’un internaute client de Watchdog ou de Maxnet cherche à accéder à une page filtrée, les FAI redirigent le trafic vers le système gouvernemental de blocage. Et la transparence ne semble pas être de mise dans cette affaire. Toujours selon l’association, le gouvernement refuse d’indiquer quels sont les autres opérateurs qui pourraient adopter un système similaire, tout comme il refuse de communiquer la liste des sites actuellement bloqués. Les noms de Telstra Clear, Telecom et Vodafone sont cités comme les prochains FAI à adopter ce procédé. À l’inverse, quelques aiutres opérateurs (Orcon, Slingshot et Natcom) refusent pour l’heure d’y adhérer.

« Ceux qui perturbent le libre flux de l’information dans nos sociétés sont une menace pour notre économie, notre gouvernement et notre société civile » avait déclaré Hillary Clinton, ajoutant que l’Amérique serait prête à aider pour contourner les systèmes de filtrage. L’association aimerait bien se raccrocher aux propos de la secrétaire d’Etat américaine, mais elle ne se fait pas vraiment d’illusions : la Nouvelle-Zélande est l’un des pays participant aux négociations secrètes de l’ACTA, texte qui prévoirait riposte graduée et filtrage.

En France, rappelons que le gouvernement soutient activement le projet de loi sur l’orientation et la programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI) qui prévoit notamment des dispositifs de filtrage dont le but officiel est de lutter contre la pédo-pornographie sur Internet. Cependant, ce système porte atteinte à la neutralité des réseaux d’une part, et a démontré à plusieurs reprises sa grande porosité d’autre part.

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