L'IIPA veut-il faire de l'open source une menace aussi importante que le piratage ?
Julien L. -
publié le Mercredi 24 Février 2010 à 17h52 -
posté dans Société 2.0
![]() Le logiciel libre sera-t-il bientôt relegué au même rang que le piratage ? C'est ce que nous pourrions croire. L'IIPA a en effet recommandé de lister les pays favorisant un peu trop le logiciel libre dans la liste des pays "à surveiller". Car ces derniers, en choisissant des solutions libres, menacent leur business.
Même chose pour la France, avec le déploiement de Linux à l'Assemblée nationale et dans la gendarmerie (et ses 70 000 ordinateurs). Si plusieurs raisons ont été avancées pour justifier l'utilisation de la distribution Ubuntu, la première fut bien évidemment économique : "avec les logiciels libres, nous n'avons pas eu à passer de marché public sur toutes les couches. 70% sont en logiciels libres et nous économisons donc à ce jour 700 000 licences de 25 à 300 euros l'unité. Lorsque, chez nous, nous déployons un logiciel à 100 euros/poste, c'est un budget de 7 millions d'euros ! Le logiciel libre est donc pour nous une manière de participer à la baisse du coût total de possession de notre parc informatique" avait alors expliqué le colonel Nicolas Géraud à CIO-Online. Mais tous ne sont pas ravis de cette situation. À commencer par l'International Intellectual Property Alliance (IIPA), une coalition d'organisations dont l'objectif premier est de défendre les intérêts les industries américaines dont l'activité repose sur la propriété intellectuelle. Certains des membres de cette alliance sont d'ailleurs bien connus des internautes : la RIAA, la MPAA, la BSA (Business Software Alliance) ou encore l'ESA (Entertainment Software Association). Selon Andres Guadamuz, un professeur de droit à l'université d'Édimbourg, l'IIPA cherche donc à stigmatiser les pays faisant le choix de migrer vers des solutions open source. Ainsi, des pays comme le Brésil, l'Inde, les Philippines, le Vietnam ou encore la Thaïlande doivent être placés ou maintenus dans le rapport spécial 301 géré par le représentant américain au commerce. Mais qu'est-ce que le rapport spécial 301 ? C'est un document chargé de faire le point sur "la pertinence et l'efficacité des droits de propriété intellectuelle" à travers le monde. Concrètement, il se présente sous la forme d'une liste de pays que le gouvernement américain considère comme "problématiques". Et de prendre des mesures si cela s'avère nécessaire. Et lorsque de tels intérêts économiques sont en jeu, les précautions oratoires d'usage lorsqu'on s'adresse à un pays ami et allié ne pèsent plus grand chose. Il y a deux ans, la MPAA avait recommandé à Barack Obama, alors en course pour la présidentielle, de prendre des mesures strictes contre l'Espagne. Le lobby jugeait alors que le pays ne luttait pas suffisamment contre le piratage. Ces dernières années, l'Espagne n'avait en effet pas envoyé les signaux attendus du côté de Hollywood. En effet, les juges espagnols avaient considéré successivement que l'utilisation de logiciels de P2P est légale en Espagne, tout comme les sites de liens P2P. Même chose pour le Canada, qui s'était vu reprocher sa frilosité devant la contestation de la société civile, en repoussant une législation identique à la DADVSI. D'ordinaire donc, le rapport spécial 301 permet de recenser les pays ayant une législation un peu faible en matière de droit d'auteur. Mais comme l'explique Andres Guadamuz sur son blog, l'IIPA tente désormais de rajouter des pays favorisant un peu trop les FOSS (Free Open Source Software), au détriment des bonnes vieilles solutions propriétaires (et payantes). Ainsi, l'IIPA a protesté auprès du représentant américain au commerce, en expliquant que "certains de ces pays ont promulgué ou vont adopter des lois qui vont rendre obligatoire l'utilisation de logiciels open source dans les institutions publiques", interdisant de fait aux solutions propriétaires de concourir pour décrocher un marché. Bien que le libre bénéficie d'une popularité bien plus importante que le propriétaire, est-ce pour autant une bonne idée d'imposer tel ou tel type de logiciel ? Pas pour Andres Guadamuz. Selon le professeur de droit, "forcer les institutions à utiliser une solution technique spécifique est erronée. L'open source est un mouvement organique, qui va de la base jusqu'au sommet. En faire une politique d'État n'est pas seulement contre-productif, mais c'est tout simplement contraire aux principes mêmes portés par le logiciel libre. L'open source ne doit pas être imposé, il doit s'imposer par son propre mérite". Mais est-ce vraiment le cas ? Ces pays cherchent-ils vraiment à imposer quoi que ce soit ? En ce qui concerne l'Indonésie, l'IIPA note que "le gouvernement indonésien a diffusé une circulaire dans tout le pays qui approuve l'utilisation et l'adoption de logiciels open source au sein des organismes gouvernementaux". Cette migration vers des solutions libres et gratuites doit permettre "une réduction globale des coûts en logiciels". Rien ne semble ici évoquer la moindre obligation. Le gouvernement indonésien cherche à réduire ses dépenses : s'il encourage vivement l'utilisation des FOSS (Free Open Source Software), il ne cherche cependant pas à les imposer. Mais l'International Intellectual Property Alliance a une toute autre lecture de la situation. "Alors que l'IIPA n'a pas de problème avec l'un des objectifs de la circulaire, à savoir la "réduction du piratage des logiciels", la politique du gouvernement indonésien telle qu'elle est précisée dans ce document affaiblit tout simplement l'industrie du logiciel et porte atteinte à sa compétitivité à long terme, en favorisant artificiellement les sociétés offrant des solutions open source (logiciels et services connexes)". Une curieuse interprétation de l'IIPA, mais qui en dit long sur ses objectifs inavoués. L'IIPA ne souhaite pas entrer en concurrence avec des solutions libres, qui ont peut-être plus de chances de décrocher un marché ou de séduire un utilisateur. Pour éviter que cela ne se produise, la coalition cherche donc manifestement à stigmatiser les pays faisant le choix du libre. Plusieurs sociétés sont parvenus à bâtir un modèle économique basé sur l'Open Source Software (OSS). Nous pourrions citer par exemple WordPress, qui est un système de gestion de contenu, RedHat, une société éditant des distributions Linux, ou encore Canonical qui soutient certains projets libres, comme Ubuntu. Sur le même sujet
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Commentaires à propos de L'IIPA veut-il faire de l'open source une menace aussi importante que le piratage ?
zanzibar
Le 24 Février 2010 à 17h59
Et alors? quand ca les arrange les pratiques anticoncurrentielles tout va ... mais ... bref... a gerber
![]() ![]() Djaron
Le 24 Février 2010 à 18h04
en meme temps qu'est ce que ces connards de l'industrie du disque ou du cinema proposent comme solutions "à eux" pour la gestion des institutions publiques par informatique ???
alors elle est ou la concurrence là, qu'est ce qu'ils viennent faire chier ? (desole j'm'ennerve j'dis des grossieretés maislire des news comme ca franchement....) ![]() ![]() longcat
Le 24 Février 2010 à 18h24
Il faudra stigmatiser l'Allemagne aussi alors, Munich a migré sur Linux en 2009. En même temps, à part créer des listes bidon, je ne vois pas trop quels options a l'IIPA pour s'opposer à cette tendance mondiale.
![]() ![]() Ada Lovelace
Le 24 Février 2010 à 18h28
Remerciements à l'IIPA & Co pour cette politisation massive et continue des geeks (et plus généralement des internautes).
![]() Goldy
Le 24 Février 2010 à 18h33
L'ironie de cette histoire étant que par définition, le logiciel libre fonctionne grâce à un respect très stricte de la propriété intellectuelle. La licence GPL a été rédigé pour garantir aux développeurs de logiciels libre le respect de leur droit d'auteur et empêcher que d'autres développeurs développent des solutions propriétaires avec leur travail.
![]() ![]() tchris80
Le 24 Février 2010 à 18h34
Arghhh je vais me retrouver au chômage avec leurs conneries... moi qui bosse que sur des solutions Open-source... et dans un ministère de surcroit... pourriture!!! et j'en passe...
![]() ![]() Al29300
Le 24 Février 2010 à 18h40
- Nous voici revenus aux années 60 & 70 ..avec la Guerre Froide ! Les ricains veulent nous faire entrer dans un monde unidimentionnel, géré de Aà Z, selon leurs propres intérêts....mais on en a vu d'autres et on n'a pas l'intention de se laisser bouffer tout cru sur la Toile....ce sera l'inverse qui arrivera, un jour ! C'est une atteinte grave aux libertés !
- En France; si les OS libres ont une faible pénétration sur le marché...les logiciels libres occupent la quasi-totalité ( mis à part quelques applications pointues) des PC individuels ....et les échanges gratuits occupent 80% aussi ! Le web ne sera jamais colonisé par l'Oncle Sam ( Obama ou non )...c'est à dire que le web ne sera jamais une galerie marchande virtuelle ni un intranet sous contrôle du Gouvernement...ils ont la tête dure mais nous aussi ! ![]() ![]() Kekounet
Le 24 Février 2010 à 19h03
Tu m'étonne qu'ils ont les chocottes, les solutions Open sources dépassent de plus en plus les solutions proprios en terme de fonctionnalités et de convivialités, que se soit à la maison ou en entreprise.
Ont à nous hésité dans ma boîte, mais pour une start-up, la solution de windows SBS (win serv + exchange) à 700€ avec 5 licences, ça coûte moins cher que du libre. Mais j'espère que ma boîte y passera un jour Au passage pour les intéressés: http://www.solutions...nvenue_150.html ![]() ![]() Sketchy
Le 24 Février 2010 à 19h10
Surtout que logiquement les constructeurs de FOSS n'ont rien à gagner si l'on regarde le F de FOSS
![]() ![]() ingenys
Le 24 Février 2010 à 19h11
Après l'imprimerie, l'industrialisation, les magnétos, l'informatique, le graveur, l'internet, le P2P, maintenant c'est l'open source qui fout en l'air l'économie. Mais c'est la fin du Monde alors !
![]() danagaz
![]() ![]() speed
Le 24 Février 2010 à 20h58
"" Et de prendre des mesures si cela s'avère nécessaire."" genre une EMP ? Bientot le crachat à la gueule du client en guise de merci au revoir à bientot ,on en est plus loin , va y avoir une vague montante de boycott de tout ces pourris ca va pas trainer , epoque de merde
![]() jdautz
Le 24 Février 2010 à 21h44
Cela laisse sans voix, que dire sinon rappeler la célèbre citation :
Les cons, ça ose tout. C'est d'ailleurs à ça qu'on les reconnaît. ![]() ![]() vincedra
Le 24 Février 2010 à 21h56
Ils sont quand même gonflés faut toujours qu'ils se plaignent de quelque chose.
![]() Niluge_Kiwi
Le 24 Février 2010 à 22h17
Surtout que logiquement les constructeurs de FOSS n'ont rien à gagner si l'on regarde le F de FOSS le F de FOSS c'est pour Free comme dans "Free as in speech", tu peux très bien vendre ton logiciel libre. Bon ça ne se fait pas parce que le 1er client qui aura acheté aura le droit de le diffuser gratuitement, mais bon. Et les "constructeurs" de FOSS, il faut bien qu'ils vivent, ils vendent pour la plupart des services connexes, comme un support client, très important pour les entreprises. Donc si, les boites de FOSS ont tout à y gagner, mais les clients aussi. Il faut savoir que l'avantage du FOSS c'est pas seulement la gratuité, mais aussi l'accès aux sources, et le droit de s'en servir et de les modifier: niveau indépendance c'est très important. Si demain microsoft n'existe plus, pas mal de boites seront dans la merde. Alors qu'avec le FOSS, on ne dépend plus de boites extérieurs: on peut faire ce qu'on veut du software. Pour en revenir à l'article: le fait de favoriser le logiciel libre peut sembler être une atteinte à la libre concurrence, mais ça peut être vu d'une autre façon aussi: le critère "logiciel libre" est un critère comme un autre dans le cahier des charges, et les circulaires gouvernementales conseillent simplement d'ajouter ce critère (par exemple pour la raison de liberté expliqué plus haut, qu'un logiciel propriétaire ne peut garantir). Et concernant canonical et ubuntu: il n'y a pas réellement de modèle économique: c'est simplement Mark Shuttleworth qui donne des sous à canonical, le tout tourne à perte depuis le début... ![]() ![]() DrWaX
Le 25 Février 2010 à 08h34
Salauds d'Etats qui veulent reprendre la main sur leurs données après avoir tenté de devenir indépendants énergétiquement !!! :-)
Pourquoi laisser les entreprises imposer un modèle de fonctionnement (Windows, Exchange, Sharepoint et j'en passe) alors que les besoins des collectivités (interopérabilité, pérénité des formats sur plusieurs dizaines d'années) ne sont pas exactement dans la logique du marché et qu'elles disposent de personnes en interne susceptibles de déployer les solutions dont elles ont besoin en les adaptant au mieux le cas échéant ? @Kekounet : 399,00 euros pour Group Office Pro http://group-office.com/Features (en français en production) ![]() Blastm
Le 25 Février 2010 à 09h20
Kekounet, le 24/02/2010 - 19:03 Tu m'étonne qu'ils ont les chocottes, les solutions Open sources dépassent de plus en plus les solutions proprios en terme de fonctionnalités et de convivialités, que se soit à la maison ou en entreprise.ca ca reste a voir; mais en tout cas je suis sûr que c'est le genre de solution qui semblent très conviviales a un Contrôle de Gestion, c'est sûr ![]() ![]() Sacefe
Le 25 Février 2010 à 09h43
Ils ont juste peur pour leur business, et oui les solutions Open Source existent et sont d'excellentes qualité. Alors plutôt que de pleurer, AU BOULOT et pondez nous de bon logiciels propriétaires et pas trop chers, sinon... paix à votre âme (si vous en avez encore une...)
![]()
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