Dans un document rendu public par l'équipe de Barack Obama, le lobby d'Hollywood demande au futur président de menacer l'Espagne de sanctions économiques si elle ne lutte pas davantage contre le piratage. La MPAA applaudit en revanche le projet de riposte graduée français, qu'elle souhaite importer aux Etats-Unis, avec des mesures de filtrage d'Internet.

L’équipe de transition du Président-élu Barack Obama n’a pas fait qu’utiliser des licences libres pour favoriser l’émergence d’un gouvernement plus démocratique aux Etats-Unis. L’ensemble des documents soumis à l’équipe présidentielle par les lobbys civils ou industriels sont mis en ligne sur le site Change.gov, pour permettre à tous les citoyens américains de les consulter et de les commenter. C’est donc avec intérêt que les internautes ont pu lire les doléances de la MPAA, qui défend les grands studios de cinéma en proposant régulièrement de nouvelles mesures contre le piratage.

Sur un plan international, l’organisation demande à la future administration de faire pression sur les pays étrangers, en particulier le Mexique, pour adopter des lois contre le camcording. Elle vise également la Russie et la Chine, qu’elle accuse d’abriter encore de grandes usines de reproduction de DVD pirates, et préconise des négociations pour limiter les règles de protectionnisme des états étrangers à l’encontre de l’importation de produits culturels américains.

La MPAA désigne également les pays qui devraient selon elle faire l’objet du plus d’attention de la part de l’administration américaine en matière d’accord de commerce, voire de sanctions économiques si des efforts sur la lutte contre le piratage ne sont pas entrepris. Le Canada, la Chine, l’Inde, le Mexique, la Russie et l’Espagne sont ainsi montrés du doigt. Cette dernière est dans le collimateur des lobbys culturels américains depuis que des juges espagnols ont estimé tour à tour que l’utilisation de logiciels de P2P est légale en Espagne, et que les sites de liens P2P sont également légaux. Quant au Canada, la MPAA reproche à Ottawa de céder aux pressions du public, ce qui repousse l’adoption d’une DADVSI canadienne.

En revanche, la MPAA se félicite des démarches entreprises en France pour la riposte graduée, avec des accords inter-professionnels qu’elle aimerait imposer aux Etats-Unis.

Sur un plan intérieur, elle souhaite que soit mis en place une « détection et une suppression automatisée des contenus contrefaits » sur Internet, c’est-à-dire des mesures de filtrage imposées aux plateformes web 2.0 et/ou aux fournisseurs d’accès à Internet.

Sur Change.gov, les citoyens américains s’en donnent à coeur joie pour démonter les demandes de la MPAA. « Personnellement, je pense que la MPAA et la RIAA ne gagnent pas autant d’argent qu’ils le souhaiteraient, et qu’ils cherchent à devenir plus riche à un moment où personne ne peut se permettre d’être gourmand« , résume un internaute.

Un autre s’adresse directement au lobby : « Vous avez un modèle économique dépassé, tout comme General Motors et Chrysler, et tout comme GM et Chrysler, vous voulez que le gouvernement paye la note et que le peuple américain la subisse. Honte à vous tous à la MPAA et à tous ceux de votre gouvernement qui placent l’intérêt des industriels avant celui du peuple et qui bafouez notre Constitution« .

« M. Obama, il est impératif pour la liberté de ce pays que vous ignoriez la MPAA et la RIAA », plaide un troisième. « Ils sont l’incarnation des lobbyistes que vous avez essayé d’éliminer de votre campagne et de votre administration. Pendant bien trop longtemps ils ont manipulé les lois en leur faveur et ont abusé de leurs clients« .

Sur les 37 commentaires publiés au moment où nous écrivions ces lignes, aucun ne va dans un sens favorable à la MPAA. Mais les citoyens qui s’expriment sur le site de transition parviendront-ils à contrebalancer l’opinion du futur vice-président Joe Biden, ostensiblement proche des lobbys culturels ?

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