Quand j’ai publié mon essai de l’Apple Watch Ultra pour l’escalade, en août 2025, j’ai reçu un mail de Coros me proposant de réitérer l’exercice avec une montre de leur gamme : la Coros Nomad. Après quelques échanges, j’ai commencé à utiliser la Coros en octobre 2025 et j’ai prévenu immédiatement la marque : hors de question de faire un test à la va-vite, il me faudrait quelques mois avant de pouvoir faire les sorties dont j’ai besoin pour rendre un verdict.
En février 2026, tout y est enfin passé : falaise, grande voie, bloc, escalade en salle — randonnée, vélo et course à pied en bonus. Trois mois plus tard, j’ai une certitude : Coros a construit quelque chose d’excellent. Et une déception : ce n’est pas la montre qu’il vous faut pour l’escalade.

La Coros Nomad en quelques mots
La Nomad, dans la gamme Coros, c’est la montre pensée pour l’aventure accessible. Pas le flagship — ça c’est la Vertix 2S ou l’Apex 4 — mais un modèle positionné entre l’entrée de gamme et le très haut de gamme. Une montre qui promet de tenir en conditions extrêmes sans coûter 800 ou 1000 euros.
Écran tactile 1,3 pouce, boîtier polymère renforcé et aluminium, verre minéral trempé renforcé (on y revient), autonomie de 22 jours en mode montre (50h en GPS). Tous les capteurs essentiels : cardio optique, baromètre, altimètre, boussole, thermomètre. Le bracelet est en silicone ou nylon selon la version, pour un prix affiché à moins de 400 €.

Sur le papier, c’est exactement ce qu’il faut pour l’outdoor : robuste, endurant, pas trop cher pour qu’on ose vraiment l’utiliser sans stresser. Coros la présente comme « la montre de toutes tes aventures qui capture chaque détail de ta sortie ». Micro intégré pour les notes vocales, navigation avec cartes mondiales, survols 3D. Le package complet pour partir en montagne et une montre qui assume d’être un outil, pas un bijou tech, qui ne coûte pas un bras, qui ne craint pas de prendre des coups. Exactement ce qu’on cherche quand on grimpe : un truc qui fait le job sans qu’on ait peur de le casser.
Le Training Hub, ou comment tomber amoureux d’une interface
Commençons par ce qui marche : le Coros Training Hub, c’est ce que j’ai vu de mieux en termes de dashboard sportif. Quand vous rentrez d’une séance, tout est là. Charge d’entraînement, niveau de forme, zones de fréquence cardiaque, état de récupération. Mais surtout, c’est présenté avec une clarté qui respire : tout est affiché où je veux que ce soit. Évidemment, le dashboard fera l’affaire pour les plus pressés, mais le Training Hub vous donne accès à toutes les données précises, exportables dans des fichiers que vous pouvez exploiter ailleurs.
Pour l’escalade, c’est un véritable plaisir. Toutes les infos sur les sorties sont présentes et exploitables séparément, longueur par longueur pour les grandes voies. Tout ça vient du fait que la saisie sur la montre est parfaite et, contrairement à pas mal de montres de sport, comprend les besoins de la discipline.

Sur une sortie en grande voie par exemple, vous lancez l’activité au moment de l’approche : la montre va alors enregistrer la randonnée que vous faites pour arriver au pied du mur. Ensuite, la partie escalade se déclenche. À chaque relais, ou quand vous y pensez (vous pouvez ajouter plusieurs longueurs en une fois si les relais ne sont pas confortables), vous enregistrez la longueur effectuée en un tap, avec sa cotation.

La montre aura pris la hauteur de la longueur, le dénivelé, votre fréquence cardiaque et d’autres éléments (dont un parfaitement inutile « vitesse verticale » qui m’a bien fait marrer, n’étant pas un Airbus A320). Au sommet, vous passez dans la dernière phase : la descente. Ici, elle va enregistrer les rappels et éventuellement la rando retour jusqu’au parking. Votre sortie est enregistrée du début à la fin, avec une trace GPS précise, visible en simili-3D dans l’app Coros sur une carte. On est largement au niveau des meilleures apps de l’Apple Watch Ultra (Redpoint en tête), avec un suivi bien meilleur côté données (aucune aberration de dénivelé constaté).
Côté voie d’une longueur (couenne), en extérieur comme en intérieur, le logiciel Coros est parfait. Il se déclenche seul aux premiers mouvements et passe en mode repos à la fin de la descente. En gros, vous le lancez une fois, vous entrez la cotation à chaque fin de voie et le reste est fait tout seul. On est sur un bon mix entre « lancer la montre et tout oublier » et « entrer les données précises qui ne peuvent être que manuelles au bon moment ». Attention en revanche à ne pas lancer votre séance à mi-parcours en mode « merde j’ai oublié » : la montre va estimer qu’il s’agit du point 0 et fausser tous les dénivelés / retours au sol. À ce sujet, l’accéléromètre est capable de savoir combien de fois vous chutez. Un peu inutile, mais rigolo.

Le bloc est le plus contraignant à mon avis. Les sessions sont courtes, intenses, fragmentées et les parois de blocs ne sont pas assez hautes pour que la montre puisse tout gérer automatiquement. La Nomad peine un peu à s’adapter à ce rythme et pour le coup, moi aussi : j’oublie systématiquement d’enregistrer une tentative. Comme on a tendance à plus enchaîner et à ne pas avoir un binôme à assurer, gérer la montre devient un effort conscient que je rate. Après, pour avoir discuté avec des grimpeurs du fait de porter une montre ou pas pendant l’escalade, autant les disciplines de voie s’y prêtent, autant le bloc, surtout moderne avec son dynamisme décuplé, un poil moins. C’est la seule discipline de l’escalade où j’admets que le bracelet peut gêner.
Alors, j’ai abandonné mon Apple Watch Ultra pour la Coros Nomad ? Oui, j’utilise systématiquement la Coros en entraînement. Mais je ne vous recommande pas de faire la même chose.

Maman j’ai rayé l’écran
La Coros Nomad a un énorme problème pour l’escalade : le revêtement de son verre. En un an avec l’Apple Watch Ultra, protégée par du verre saphir, après l’avoir martyrisée, je n’ai eu aucune rayure visible. Le titane vieillit bien au contact du rocher ou des prises et l’écran est remarquablement résistant — les rayures ne se voient que sous un angle bien précis, que je n’arrive quasi jamais à atteindre. J’ai gratté la Coros Nomad une fois dans une voie en salle et elle a pris une trace indélébile et très visible sur son écran.

La raison, c’est que la Nomad est protégée par du verre trempé renforcé. Suffisant pour 99 % des usages (n’oublions pas qu’elle a un mode pêche…), rédhibitoire pour l’escalade. Et Coros connaît son sujet : un ami qui utilise une Apex depuis trois ans en alpinisme et escalade, protégée par un verre saphir comme la Watch Ultra, n’a pas une égratignure. La marque édite aussi la Vertix 2S, protégée par du saphir. En clair, la Coros Nomad n’a pas ce qu’il faut pour être durablement protégée en escalade. Dommage, parce que la légèreté du boîtier et sa conception en font un véritable allié, par rapport à la Watch Ultra, plus lourde et plus massive.
Deuxième problème, qui m’a vraiment gonflé : le bracelet quick draw. C’est super, compatible avec des tas de bracelets, mais l’encoche finale qui vient plaquer le bracelet sur lui-même sort des trous. Régulièrement. J’ai fait 400 mètres d’ascension et je l’ai remise en place six ou sept fois. Dont deux fois avec la bouche, parce que j’avais les mains prises sur la paroi.

Vous m’imaginez ? C’était franchement pas drôle !
Pour grimper, il faut un bracelet tissu (loop) ou un plastique bien plaqué qui ne bouge pas. Le bracelet sport de la Nomad, pourtant de bonne facture, n’est pas pensé pour les contraintes de la verticalité. Quand vous avez les mains dans le vide, que vous cherchez une prise, vous n’avez pas le temps de vous occuper de votre montre. Un bon produit technologique se fait oublier. J’ai acheté un bracelet compatible d’une marque tierce qui a deux passants pour plaquer le bout qui dépasse : c’est exactement ce qu’il fallait livrer avec la montre. J’espère que les anneaux nylon vendus de série ou en accessoire de la Vertix et de l’Apex tiennent bien avec leur scratch, mais je dois reconnaître que l’Alpine Loop d’Apple est vraiment bien fichu.
Et au-delà de l’escalade ?
La Coros Nomad est aussi une excellente montre de sport, avec une autonomie dingue (je crois l’avoir chargée 3 fois max depuis que je la porte). Je l’ai testée à vélo en transport régulier, en randonnée avec mon fils sur le dos et en course pour la préparation du semi-marathon que je fais avec Runna. Pour ces trois activités, rien à dire : c’est une montre de sport ultra précise et fiable. En randonnée, j’ai adoré avoir la carte topographique précise directement sur le poignet, pour savoir combien il restait de D+ avant le sommet. En course, ce n’est peut-être pas aussi typé que Garmin, mais elle fait tout — et tout très bien. J’ai comparé la vitesse en temps réel avec la Watch Ultra et les deux matchent parfaitement — l’accroche GPS est rapide et efficace et les résumés sont excellents. Les données, toujours sur le training hub, sont nombreuses, précises et interprétables.

En plus, en liant Runna à Coros et Coros à Strava, j’ai retrouvé sur la montre tout ce que l’App Store d’Apple, unique en son genre, a à offrir. Certes, je n’ai pas la belle application Runna au poignet, ni les alertes de vitesse ou les objectifs dans les oreilles (on est sur du bip+vibration type Casio vintage), mais les écrans sont super configurables et après quelques minutes à ajuster mes préférences, j’ai eu tout ce qui m’intéressait sous les yeux. Oh et petite déception sur les notes vocales au micro : elles sont certes (à peu près) retranscrites, mais elles ne s’exportent pas dans l’activité quand vous la chargez par exemple sur Strava. J’ai arrêté de les utiliser au bout de 5 sorties. Dommage pour une feature mise en avant et absente des autres montres — à choisir, en gadget, j’aurais préféré une lampe torche.
Par rapport à une Watch Ultra, on perd en revanche beaucoup sur tout ce qui n’est pas lié au sport. Le suivi santé, les apps tierces, les fonctions malines (auto déclenchement à vélo), le contrôle via Siri… bref, tout ce qui fait qu’Apple a des kilomètres d’avance sur la concurrence. L’élégance aussi, parce que même si Coros propose une marketplace pour télécharger des cadrans, 99 % sont authentiquement laids. Difficile de trouver un cadran simple, minimaliste et utile comme les designers d’Apple savent si bien les faire. Le mieux que vous puissiez faire, c’est créer votre propre cadran en créant un arrière-plan vous-même (ou en allant piocher sur le web) et en ajoutant les widgets que vous souhaitez par-dessus.
Bilan : oui Coros a craqué l’escalade, mais pas la Nomad
En bref, je me retrouve dans cette position étrange après ces quelques mois d’essai : je recommande Coros les yeux fermés pour l’escalade. Mais pas la Nomad.
Si vous cherchez une montre pour grimper et que vous hésitez dans la gamme Coros, passez directement sur les Apex ou la Vertix. Vous aurez les mêmes données, le même Training Hub, la même interface — le tout dans un format qui ne vous fera pas peur de taper du rocher. Et pour en avoir discuté autour de moi, aucune marque ne propose un suivi des activités liées à la grimpe aussi maîtrisé. C’est une masterclass logicielle comme on en voit rarement.
Gardez la Nomad pour le trail, la rando, la course. Elle excelle dans ces usages. Mais pour frotter du caillou ou de la résine trois fois par semaine, elle est trop fragile.
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