Le gouvernement n'ouvrira pas le marché de détail de la cigarette à la vente par Internet. Il l'a fait savoir mardi matin dans un communiqué, au prétexte des risques pour la santé publique. Preuve qu'il n'a pas confiance dans le filtrage qu'il promeut par ailleurs sur d'autres sujets...


(CC Siege N. Gin)

Il est amusant de constater le manque de cohérence du gouvernement au sujet du filtrage du net. La semaine dernière, le gouvernement a défendu mordicus l’idée de bloquer les sites internet de jeux d’argent en ligne qui ne seront pas labellisés par l’Autorité de Régulation des Jeux en Ligne (ARJEL), sorte d’Hadopi pour les casinos. Le rapporteur du texte Jean-François Lamour avait même avancé un chiffre de plus de 95 % de succès attendu du filtrage, et il a été décidé par les députés de donner le pouvoir d’ordonner le blocage des sites au juge des référés.

Le texte sur l’ouverture du marché des jeux en ligne est porté par le ministère du budget, qui a donc en principe bien étudié la question du filtrage et est apparu convaincu de son efficacité. C’est également lui qui s’occupe de la vente au détail du tabac.

Après que Les Echos ont affirmé hier qu’Eric Woerth travaillait à la possibilité d’autoriser la vente des cigarettes sur Internet, nous avons immédiatement pensé au filtrage. C’est en effet une nouvelle porte rêvée pour le gouvernement pour justifier de bloquer l’accès aux sites qui proposeraient des cigarettes néfastes pour la santé, ou détaxées. Ce matin, nous avons donc appelé le cabinet du ministre du budget pour nous faire préciser si le projet de transposition de la directive européenne de décembre 2008 prévoyait un mécanisme de filtrage similaire à celui décidé pour les jeux en ligne, avec labellisation des marchands et blocage de ceux qui ne respecteraient pas certaines conditions fiscales et sanitaires.

Le cabinet n’a pas souhaité nous répondre en détails, nous demandant d’attendre la réception d’un communiqué qui devait suivre dans l’heure. Or le communiqué dément les informations des Echos, en notant que « les produits du tabac ayant une spécificité propre, car ils sont directement concernés par la politique de santé publique du Gouvernement, il n’est pas envisagé d’ouvrir ce secteur à la vente à distance« .

Le filtrage, efficace pour lutter contre l’addiction des joueurs sur les sites de jeux d’argent, ne serait donc soudain plus efficace pour lutter contre la vente de cigarettes de mauvaise facture dangereuses pour la santé ?

Deux solutions : soit le gouvernement sait que le filtrage est inefficace et souhaite réellement protéger la santé publique de ses concitions, soit le gouvernement fait en fonction des lobbys. D’un côté celui des grandes entreprises de jeu d’argent qui souhaitent le blocage de leurs concurrents étrangers, de l’autre celui des buralistes qui souhaitent conserver leur monopole et qui se se servent de leur influence locale à quelques mois des élections régionales.

En réalité, c’est probablement un peu des deux : le gouvernement sait que le filtrage ne sera pas efficace pour empêcher les ventes de cigarettes contrefaites et détaxées, et ménage le lobby des buralistes. D’une pierre deux coups. Et tant pis pour la cohérence.

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