Publié par Guillaume Champeau, le Vendredi 11 Septembre 2009

Quand l'Open Source rejoint l'univers de la mode

Le créateurs de patrons de mode allemand Burda a lancé cet été un site Internet qui permet aux amateurs de couture de télécharger des modèles "open-source" qu'ils peuvent ensuite exploiter librement. Un mouvement logique dans l'histoire de la mode, qui rappelle que la propriété intellectuelle est parfois davantage destructrice que créatrice de valeur...

C'est un mouvement qui a commencé par les logiciels, qui s'est prolongé par la musique, les écrits ou les vidéos, et qui continue à se développer chez les créateurs. L'open source gagne l'univers de la mode. La maison de couture allemande Burda a lancé le mois dernier le site BurdaStyle, qui permet aux amateurs de mode de télécharger des patrons de couture "open source", qui peuvent être librement utilisés, y compris pour vendre les vêtements créés. Ils l'expliquent ainsi sur leur blog :

"En créant BurdaStyle, nous avons été captivés par la philosophie 'Open Source": le partage de la propriété intellectuelle, ouverte et disponible selon les besoins spécifiques du public. Nous avons assimilé le concept à Burdastyle, supprimant les droits d'auteur de nos patrons: ils sont disponibles en tant que base pour vos propres designs. Cependant, cela ne signifie pas qu'ils soient totalement gratuits, les bénéfices effectués couvrent les coups de production de nos patrons haute gamme. Néanmoins, et c'est là que cela devient excitant, qu'importe ce que vous créez, vous pouvez le vendre, si vous le voulez! Nous croyons qu'en supprimant les droits d'auteur nous émulerons : créativité et multiplication de nouveaux designs, et ça, c'est simplement merveilleux !"

L'occasion pour nous de s'attarder un peu sur le rôle de la propriété intellectuelle dans la haute-couture. Un domaine que nous n'avons pas pour habitude d'explorer, mais qui révèle que la propriété intellectuelle n'est pas toujours le plus fructueux pour une industrie.

Aux Etats-Unis, dans les années 1930, la Guilde des Créateurs de Mode avait interdit à ses membres de copier les créations des autres, et exigé des détaillants qu'ils ne vendent pas les vêtements créés par les "pirates" de la mode. Mais en 1941, la Cour Suprême a estimé que ces pratiques étaient anticoncurrentielles, et abolit l'idée d'une propriété intellectuelle sur les conceptions de mode. Depuis, l'industrie de la mode prospère comme aucune autre industrie créatrice, sans droit d'auteur pour protéger ses créateurs. Une exception riche d'enseignements.

Une étude menée en 2006 par deux chercheurs des universités de Los Angeles et de Virginie avait en effet conclu que "l'industrie de la mode opère de manière contre-intuitive à l'intérieur d'un équilibre de faible protection de la propriété intellectuelle dans lequel la copie ne décourage pas l'innovation et peut en fait la promouvoir". C'est ce qu'ils ont appelé "le paradoxe du piratage", puisque les droits d'auteur sont censés encourager l'innovation et la création, dans la croyance habituelle que le piratage nuit à l'innovation et tue la création.

Kal Raustiala et Christopher Jon Sprigman démontraient dans leur étude que "la copie fonctionne comme un élément important (de la création) et peut-être même comme un prédicat nécessaire au cycle d'innovation perpétuelle de l'industrie". Les créateurs de mode se copient les uns les autres pour installer une mode différente chaque année, et sont obligés de chaque fois innover pour se démarquer les uns des autres. L'industrie dans son ensemble profite du cycle d'innovation très élevé de la mode, puisque chaque année les consommateurs achètent de nouveaux vêtements pour ne pas devenir démodé.

Mieux, l'industrie du luxe profiterait même de la contrefaçon. En effet, plus il y a de copies, plus l'original prend de la valeur. Les copies servent uniquement à faire connaître et perdurer la marque dans l'imaginaire collectif, au service du fabricant. Ce qui n'est vertueux, toutefois, que si les copies restent suffisamment éloignées de l'original pour rester reconnaissables. C'est toute la différence entre le droit d'auteur, qui protège l'objet lui-même, et la marque commerciale qui garantit la traçabilité de l'objet.

Pour autant, malgré toutes les preuves par l'exemple et les recherches qui démontrent que l'absence de propriété intellectuelle est bénéfique à la mode aux Etats-Unis, un projet de loi a été présenté pour donner des droits de propriété nouveaux sur les créations de mode aux maisons de couture.

Mais le Design Piracy Prohibition Act est vécu par les petits producteurs de mode, très majoritaires dans l'industrie, comme un grave danger. Il donnerait en effet aux seules grandes entreprises de mode la possibilité d'attaquer les petits créateurs dès qu'ils réalisent un vêtement plus ou moins proche d'une création originale. Ce qui aura le même effet inhibiteur que les brevets sur les petites entreprises qui n'ont pas les moyens, soit de protéger leurs inventions, soit de vérifier que leur idée n'est pas déjà brevetée : ils découragent l'innovation et donnent aux grandes entreprises le seul pouvoir de créer, avec l'assurance de ne pas être concurrencé.

A méditer la prochaine fois que vous lirez que le droit d'auteur encourage l'innovation, ou que le piratage tue la création.

Publié par Guillaume Champeau, le 11 Septembre 2009 à 12h58
 
18
Commentaires à propos de «Quand l'Open Source rejoint l'univers de la mode»
Inscrit le 24/02/2009
783 messages publiés
Un autre exemple d'open source, bien plus vieux lui, c'est les recettes de cuisines ;-)
Inscrit le 15/08/2008
2843 messages publiés
Tout est dit.

Juste une remarque : avec les chinois, un très faible pourcentage des vêtements sont fabriqués en France ou même en Europe.

Est ce le piratage des patrons qui ont tués le textile en France? Non, ce sont nos patrons qui ont délocalisés.
Inscrit le 03/03/2009
203 messages publiés
Bouuuh confusion entre "OPEN SOURCE" et "LIBRE", très pas bien ça, très pas bien.

Parce que sinon un brevet est open source (ben oui, tout le monde peut consulter un brevet), mais par contre personne ne peut le reproduire, modifier, vendre..
Inscrit le 03/03/2009
203 messages publiés
thedarklord, le 11/09/2009 - 13:05
Un autre exemple d'open source, bien plus vieux lui, c'est les recettes de cuisines ;-)

Les recettes de cuisines sont forcement rédigées par quelqu'un, même si "l'idée de la recette" est "open source" (enfin, ça va de soit). Donc de la même manière qu'un bouquin, un livre de recette est soumis au droit d'auteur, donc au final ça n'est pas plus open source qu'un autre bouquin.
Inscrit le 20/05/2009
5389 messages publiés
On va enfin avoir droit aux tutus en cuir
Inscrit le 13/08/2002
24367 messages publiés
lol51, le 11/09/2009 - 13:18
Bouuuh confusion entre "OPEN SOURCE" et "LIBRE", très pas bien ça, très pas bien.Parce que sinon un brevet est open source (ben oui, tout le monde peut consulter un brevet), mais par contre personne ne peut le reproduire, modifier, vendre..
Je suis d'accord que le terme "open source" est impropre mais en l'espèce vu qu'ils autorisent toute exploitation, on peut dire que c'est libre aussi.
Inscrit le 03/03/2009
203 messages publiés
Kad, le 11/09/2009 - 13:25
lol51, le 11/09/2009 - 13:18
Bouuuh confusion entre "OPEN SOURCE" et "LIBRE", très pas bien ça, très pas bien.Parce que sinon un brevet est open source (ben oui, tout le monde peut consulter un brevet), mais par contre personne ne peut le reproduire, modifier, vendre..
Je suis d'accord que le terme "open source" est impropre mais en l'espèce vu qu'ils autorisent toute exploitation, on peut dire que c'est libre aussi.

Bien sûr, c'est libre. Quelque chose peut être open source, et ne pas autoriser la copie, ni la diffusion, ni la modification, qui sont les fondamentaux de la culture libre.
Inscrit le 24/04/2007
3020 messages publiés
lol51, le 11/09/2009 - 13:36
Quelque chose peut être open source, et ne pas autoriser la copie, ni la diffusion, ni la modification, qui sont les fondamentaux de la culture libre.

lol51, je tiens bien fort à te signaler respectueusement que tu n'écris que de la merde.

«La désignation Open Source (code source libre[1] en français) s'applique aux logiciels dont la licence respecte des critères précisément établis par l'Open Source Initiative, c'est-à-dire la possibilité de libre redistribution, d'accès au code source, et de travaux dérivés.»
http://fr.wikipedia....iki/Open_Source

FAIL.
Inscrit le 10/09/2009
2 messages publiés
http://braithwaitewallets.com/ fait déjà des (beaux) porte-feuilles sous licence CC
Inscrit le 16/03/2009
1187 messages publiés
Habiller sa fille comme sur la photo en bas à gauche, ça tient de la maltraitance non ?
Inscrit le 05/06/2009
478 messages publiés
C'est une licence Copyright-free d'après ce que je vois. Donc encore plus libre que libre cela ressemble plus à une BSD voir à une CC0 non ?
Inscrit le 03/09/2009
76 messages publiés
Ca va tuer la création ça encore !!
[message édité par last le 11/09/2009 à 15:12 ]
Inscrit le 05/06/2009
478 messages publiés
Oui c'est sûr les créateurs vont finir à poil
Bizarrement j'ai bien envie de leur vendre du beurre à ces allemands là :°
Inscrit le 01/01/2004
132 messages publiés
Burda est aussi un magazine si çà se trouve les créations vont se trouver dans le magazine sans payer les créateurs.
Inscrit le 12/05/2009
888 messages publiés
Parce que sinon un brevet est open source (ben oui, tout le monde peut consulter un brevet), mais par contre personne ne peut le reproduire, modifier, vendre..


Juste comme ça historiquement le brevet est normalement un moyen de protéger ta "création" mais combien dans l'histoire de l'homme se sont fait voler leur invention par une personne qui a déposé le brevet à son nom ou espionner la création faite pour la copier et déposé le brevet avant....(y a qu'à connaître un peu l'histoire des sciences pour en être convaincu, tout le monde essayait de piquer les idées des autres sans se faire prendre)

Le brevet, c'est (historiquement je parle et pas légalement) une manière bien simple de déposséder un créateur de sa propriété morale sur l'invention, on le laisse bosser à ses frais et quand ça marche on pique tout (cf histoire de l'invention du moteur à explosion et tellement d'autres).

En science, c'est quelque chose de très courant et je trouve que tout balancé en open source ça permet de concilier tout le monde, le créateur original à toujours la propriété morale mais tout le monde peut s'en servir pour faire avancer les choses car c'est pas forcément l'inventeur initial qui sera le mieux à même de tirer le meilleur parti d'une idée (pour imager c'est pas celui qui a inventé le poker qui joue le mieux).

Je trouve ça très très bien sur le plan humain et mondial car les idées innovantes donneront ainsi des résultats intéressants bien plus vite, vivement que la pandémie de l'open source continue et inspire divers domaine.
Inscrit le 11/04/2004
457 messages publiés
Habiller sa fille comme sur la photo en bas à gauche, ça tient de la maltraitance non ?

Oui mais pas en Allemagne...
[message édité par SNakeGuN le 11/09/2009 à 20:35 ]
Inscrit le 19/02/2009
981 messages publiés
SNakeGuN, le 11/09/2009 - 20:33

Habiller sa fille comme sur la photo en bas à gauche, ça tient de la maltraitance non ?

Oui mais pas en Allemagne...



Lien ====> ....

Un maillot sympa open source...un peu strict pour Barcelone mais bon...vous êtes durs quand même
Inscrit le 24/02/2009
783 messages publiés
thedarklord, le 11/09/2009 - 13:05
Un autre exemple d'open source, bien plus vieux lui, c'est les recettes de cuisines ;-)

Les recettes de cuisines sont forcement rédigées par quelqu'un, même si "l'idée de la recette" est "open source" (enfin, ça va de soit). Donc de la même manière qu'un bouquin, un livre de recette est soumis au droit d'auteur, donc au final ça n'est pas plus open source qu'un autre bouquin.


Oui, disons que l'esprit des recettes de cuisines, c'est avant tout de se les partager, les modifier, et les améliorer.
Mais effectivement, un chef pourrait être tenté de "fermer" une recette (c'est ce qu'ils font plus ou moins en tentant de les garder secrètes). Cependant, ils peuvent difficilement verrouiller une recette, ils le disent eux-même (j'ai lu ça dans un article sur je sais plus quel grand chef français). Et même s'ils la rendent public via un bouquin, ils ne touchent pas de royalties quand un restaurateur utilise cette recette dans son resto (et/ou l'adapte, la modifie etc.).

Donc la cuisine est un peu open source, dans l'esprit chez les amateurs, et faute d'autre choses chez les pros.
Mais ça les empêchent pas de continuer à cuisiner cela dit...
Répondre

Tous les champs doivent être remplis.

OU

Tous les champs doivent être remplis.

FORUMS DE NUMERAMA
Poser une question / Créer un sujet
vous pouvez aussi répondre ;-)
Numerama sur les réseaux sociaux
Septembre 2009
 
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
31 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11