Soldes d'hiver : Grâce à son observatoire des prix, Numerama détecte les bonnes affaires !

Les pirates, des donneurs de leçons ?

Julien L. - publié le Mercredi 09 Septembre 2009 à 21h42 - posté dans Société 2.0

Le PDG de Sony Music France, Christophe Lameignère, a poussé un coup de gueule sur les militants anti-Hadopi, qui ne seraient que des planqués anonymes derrière leur ordinateur. Or, en survolant aussi rapidement une foultitude de sujets, on s'emmêle un peu les pinceaux à l'issue de la vidéo. Numerama a tenu à faire le point...

Peut-être ne connaissez-vous pas encore Christophe Lameignère, président de Sony Music France. Lors de la conférence de presse du SNEP sur les chiffres du marché du disque, le PDG en a profité pour fustiger les militants anti-Hadopi qui non seulement ne font rien pour la création, mais en plus utilisent des méthodes totalitaires et sont dans une logique de dénonciation. Ces personnes ne "sont que des voleurs à la petite semaine planqués derrière leur ordinateur qui n'ont jamais rien fait pour la création". Ambiance.

Dans ce genre d'interventions aussi brèves, où il est surtout question de faire passer un maximum de mots-clés en un minimum de temps (voleur, dénonciation, totalitarisme, planqués, anti-démocratique...), il est toujours délicat de séparer le bon grain de l'ivraie. Pourtant, si l'exercice peut paraitre fastidieux, il apparait toujours nécessaire de démêler le vrai du faux et de prendre le temps de faire le point sur ces différentes affirmations.

Revenons tout d'abord sur les termes du débat. Depuis sans doute dix ans, les ayants droit assimilent le téléchargement illicite sur Internet à du vol. Et depuis au moins aussi longtemps, de nombreuses voix s'élèvent pour contester l'utilisation de cette terminologie, impropre au regard de la situation. Non, les internautes ne volent pas lorsqu'ils téléchargent des contenus protégés sur le web. Certes, ce n'est pas pour autant licite (du moins, à l'heure actuelle), mais ce n'est définitivement pas du vol.

Aux termes des articles L335-2 et L335-3 du Code la Propriété Intellectuelle français, "constitue une contrefaçon l'atteinte à un droit exclusif de la propriété intellectuelle, qu'il s'agisse de propriété littéraire ou artistique (droit d'auteur ou droits voisins) ou de propriété industrielle (brevet, marque, dessin ou modèle". De plus, "est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une oeuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi".

Ainsi, l'échange de fichiers protégés par le droit d'auteur (comme une musique ou un film non disponible dans le domaine public par exemple) est assimilé au délit contrefaçon, mais pas un vol. Bien entendu, cela n'autorise pas davantage l'internaute à poursuivre ses activités illicites sur le web. Cela n'induit pas non plus que l'auteur n'aurait pas le droit de prétendre à une juste rémunération. D'ailleurs, on relèvera que la contrefaçon est plus sévèrement punie que le vol : 300 000 euros d'amendes contre 45 000.

Le vol implique une dépossession. Or, dans le cas du téléchargement sur Internet, difficile de déposséder quelqu'un au regard de la nature des fichiers numériques. Mieux, la contrefaçon produit une nouvelle copie. Elle enrichit là où le vol appauvrit. Le préjudice causé par la contrefaçon est d'un autre ordre, puisqu'il porte sur un manque à gagner potentiel. C'est un préjudice patrimonial qui ne coûte pas un centime à l'ayant droit : les frais de reproduction et de représentation sont pris en charge par le contrefacteur, comme le rappelle régulièrement maitre Eolas sur son weblog juridique.

Ainsi, le vol est une atteinte à la propriété, tandis que la contrefaçon est une atteinte au monopole d'exploitation. Comme le souligne l'avocat français le plus célèbre du web, vouloir qualifier de vol ce qui ne l'est pas est une manoeuvre opérée depuis longtemps par les ayants droit. Déjà à l'époque, la SACEM assimilait le téléchargement de musique au vol de baguette dans une boulangerie. Ce qui est un hold-up intellectuel.

Bien entendu, nous pourrions disserter longuement sur les questions de vol, de propriété, de contrefaçon et de valeur, mais au regard de la loi, et en particulier du Code de la Propriété Intellectuelle, il semble que pour l'heure, les juges ont statué dans ce sens et pas dans l'autre. C'est là toute la différence fondamentale entre le vol et la copie, donc la contrefaçon.

L'autre assertion présentée par Christophe Lameignère voudrait que les internautes ne soient absolument pas des créatifs. En clair, les internautes n'ont jamais rien fait pour la création. Et nous de nous demander si le PDG de Sony n'a jamais fait un tour sur les plates-formes vidéos comme YouTube, Dailymotion ou Vimeo. N-a-t-il jamais passé du temps sur DeviantART ou Flickr ? Observer la croissance de projets libres comme Linux ou Wikipédia ?

Jamais les "user generated contents" (contenus générés par l'utilisateur) n'ont été aussi nombreux grâce à Internet. Pour prendre l'exemple de YouTube, la plate-forme vidéo la plus populaire à l'heure actuelle, son succès est uniquement dû aux centaines de milliers de vidéos plus ou moins réussies et réalisées par de nombreux passionnés à travers le monde. Cinq ans plus tard, pas moins de 10 heures de vidéos sont mises en ligne chaque minute sur YouTube.

Et puis, au-delà de la création en elle-même, les internautes proposent de longue date de nouvelles pistes de réflexion sur des solutions pour la propriété intellectuelle et le droit d'auteur à l'heure du XXIe siècle et de l'avènement du numérique dans nos vies. Ainsi, dès 2004 Numerama s'intéressait au concept de licence globale, idée qui était revenue en force lors des débats de la DADVSI deux ans plus tard et plus récemment lors du triste épisode de la loi Hadopi.

Bien évidemment, personne n'affirme que le système imaginé est parfait ; il est sans aucun doute perfectible, mais nous irions dans le bon sens si le législateur et les principaux intéressés pouvaient au minimum s'intéresser à ce genre de suggestions, plutôt que de les balayer du revers de la main. Mais quoiqu'il en soit, les internautes sont particulièrement concernés par la création, qui n'est d'ailleurs nullement le monopole des artistes. À l'ère du numérique, chacun est un créatif en puissance, pourvu qu'il ait le déclic.

Quand à l'offre légale qui n'intéresse visiblement pas le public (français ?), encore faudrait-il que celle-ci ne fasse pas l'impasse sur certains artistes absolument incontournables dans l'histoire musicale moderne. Que les ayants droit se disent victime du téléchargement illicite, c'est une chose. Mais que ces derniers avancent à reculons sur la numérisation de certaines oeuvres, cela ne peut que laisser sceptique. Ainsi, nous déplorons que le catalogue des Beatles ne soit toujours pas disponible légalement sur le net. Dès lors, doit-on s'étonner de voir fleurir les alternatives illégales ?

Depuis au moins dix ans l'intégralité des Beatles circule déjà sur les réseaux peer-to-peer, numérisée par des passionnés et distribuée par les internautes. Depuis près d'une semaine, avant-même sa sortie dans les bacs, l'intégralité des Beatles remastérisée est disponible notamment sur BitTorrent, y compris encodée au format FLAC (Free Lossless Audio Codec) sans perte de qualité. Gratuitement. Que faut-il pour convaincre EMI qu'il est grand temps de signer ? Visiblement, un miracle.

Il est d'ailleurs particulièrement savoureux d'être considéré comme des "anti-démocrates totalitaires" par les mêmes personnes ayant soutenues un projet de loi qui a justement été particulièrement critiqué pour sa démarche peu démocratique. D'ailleurs, le Conseil constitutionnel, saisi par divers groupes de l'opposition, n'a pas manqué de vider le texte de son essence. À la sortie, ce n'était plus qu'un amas d'articles en état de mort clinique, rafistolé en urgence par le gouvernement pour un deuxième round dans quelques jours.

Enfin, last but not least, tous les artistes se sont déterminés en faveur de cette loi. Du moins est-ce ainsi que les choses ont été présentées par Christophe Lameignère. Mais on se souvient tous avec quelle rigueur fut composée la fameuse pétition de la SACEM réunissant pas moins de 10 000 artistes, dont la très célèbre DTC Lola. Enfin, on pourrait en écrire des pages et des pages, mais tant que ces différents acteurs tiendront des discours culpabilisants, produiront des projets de loi inconstitutionnels et considéreront les internautes comme des voleurs, on ne risque pas de faire évoluer d'une quelconque façon ce modèle économique.

Rendez-nous Pascal Nègre !

Il était drôle au moins.

Publié par Julien L., le 9 Septembre 2009 à 21h42
 
 
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Commentaires à propos de «Les pirates, des donneurs de leçons ?»
 

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je répête:
"Le hamster rue dans sa cage et demande à être libéré de toute urgence."
Les personnes concernées comprendront.


Mmmh...
... ODEBI on-line ?

Sortez couverts, gadjos, il pleut dehors.
polar_bear, le 09/09/2009 - 22:48
(...) sont que des voleurs à la petite semaine (...)
C'est de la diffamation. :redcard:

Hélas non car il ne cible personne.
Ah oui, les class-action c'est pas pour demain...
ouh là là, c'est qu'il s'énerve le p'tit père. Ah mince alors, c'est que finalement les internautes auraient plus de poids que prévu. Salops d'internautes !!
Kad est prêt pour la reprise des débats! Fuck 'em all.

It
Sony ont du avoir leurs derniers chiffres (résultat de leur connerie monumentale)

Les ventes de CD perdent encore plus de 20% et frôlent le néant
Mais beaucoup plus grave,(car pour le cd il faut être aveugle pour ne pas accepter le fait qu'il est fini) les téléchargements à la con hyper chers viennent de marquer un gros coup d'arrêt pour 3 raisons principales.....

Le système de vente qui est basé sur des arnaques permanentes et par sur du commerce, le prix bien sur et la volonté de plus en plus d'Internautes suite à HADOPI de faire boire le bouillon à tous ces parasites de la culture qui les ont pris pour des cons depuis bien trop longtemps

L'addition arrive :)
Sony ont du avoir leurs derniers chiffres (résultat de leur connerie monumentale)

Les ventes de CD perdent encore plus de 20% et frôlent le néant
Mais beaucoup plus grave,(car pour le cd il faut être aveugle pour ne pas accepter le fait qu'il est fini) les téléchargements à la con hyper chers viennent de marquer un gros coup d'arrêt pour 3 raisons principales.....

Le système de vente qui est basé sur des arnaques permanentes et par sur du commerce, le prix bien sur et la volonté de plus en plus d'Internautes suite à HADOPI de faire boire le bouillon à tous ces parasites de la culture qui les ont pris pour des cons depuis bien trop longtemps

L'addition arrive :)

+1000

La vidéo montre aussi qu'ils ont peur, maintenant nous on pourra dire votre baisse des ventes c'est un boycott il est nullement du au piratage.
Bel article :bienvu:

Quelques bonnes mises au point, une petite rétrospective sur l'engagement de Numérama depuis les débats sur DADVSI, le tout avec une certaine hargne, bravo !

Même mordant dans cet article de Kad, on sent la tension monter plus on se rapproche de "l'Echéance" et c'est tant mieux !

Faut y aller les gars, soyez plus incisifs !
Le pirate romantique, on le condamne à 30 000 euros, 5 ans d'économies, non pas pour avoir pillé une vitrine, mais pour avoir dupliqué certains de ses éléments qu'il n'aurait de toute manière pas acheté, ou alors en K7 il y a 10 ans, et qu'il est grand temps de numériser par quelques clics. Fini la Dîme !!!
Les baisses actuelles des ventes de CDs et de la progression des achats numériques sont principalement dû à la récession et surement un peu au boycott.
Le plus récalcitrant des élèves ES vous le dira: les loisirs sont un besoin secondaire, manger, se loger, se vétir, se déplacer sont des besoins primaires.
Alors forcement quand faut choisir les ménages sacrifient les besoins secondaires.
C'est un véritable marketing politique qu'il nous font là... Remarque c'est pas étonnant vu qu'ils sont amis amis avec notre Président.

Ensuite pour revenir sur la musique numérique le jour ou ils arreteront de se foutre de la guele de leur clients en proposant les musique au même prix que les CDs alors que cela leur reviens moitié moins cher ( CF la part que Warner prend sur les gains des artistes de MyMajorCompany uniquement pour produire les CDs )peut être que ça marchera. Enfin surement pas pour la musique française qui est de toute manière perdue depuis 10 ans à quelques rares exceptions près.
La meilleure preuve, les majors nous l'ont donnée elles même, c'est que la musique étrangère s'enrichit alors que la notre s'appauvrit, pourtant la musique étrangère est beaucoup plus télécharger particulièrement en France.
tcuvillier, le 10/09/2009 - 00:28
...Alors forcement quand faut choisir les ménages sacrifient les besoins secondaires.
Et j'ajouterais que, entre deux ménages sacrifiant les loisirs (et entre autre à la culture), celui des deux qui sera le plus enclin à y revenir une fois la crise passée, sera celui qui y est resté "connecté" grâce au téléchargement illégal, pas celui qui s'y est totalement déconnecté pendant plusieurs années !
On appelle ça un effet d'addiction, et le Téléchargement Illégal y participe aussi :D

Cracher systématiquement sur ce phénomène sans tenir compte de ses nombreux effets positifs est une preuve de manque de clairvoyance, volontaire ou non ^^
Ouais c'est pas faux :)

De toute façon ça sent le gros coup marketing politique avant la reprise des débats Hadopi.
On devrais surement faire pareil, les arguments débiles en moins.

Ah oui et pour MR Christophe Lameignère mon nom est Thomas Cuvillier vous voulez mon adresse aussi ? Je sais vraiment pas à quoi ça va vous avancer j'ai plein de sosies rien que sur la première page de Google.
Peut on qualifier quelqu'un de rétrograde , une personne qui veut me vendre un support fragile de 120mm de diamètre (sans boite) , à un prix exorbitant , tout en sachant que seul 20% du contenu m'intéresse, qu'il va falloir le chercher plusieurs minutes dans une collection physique autant de fois que je désire changer de style ou d'artiste , et que cette collection va me prendre prendre une place folle ?

Alors maintenant cherchons du coté des offres légales, 1€ la chanson ... Plus de support physique, grace au P2P le cout de la bande passante est très réduite, aucune valeur ajoutée (je m'en tamponne personnellement), aucun frais logistique, aucune surface de vente. Donc avec tout ca on peut se dire que le cout d'achat devrait être bien plus bas, et bien non ! Lorsque je fais le calcul de quelques chansons prises par ci par là sur plusieurs albums le cout de revient est supérieur à celui d'un CD pour une qualité inférieure...

Et bien le voleur à la petite semaine, il aimait bien le Satio de sony ericsson, la PS3 slim commençait à l'intéresser, le home cinéma qu'il comptait acheter il choisira bien sa marque... Et quand son patron lui demandera quel portable il veut cette année, il dira "tout sauf sony vaio"
Pure connerie d'acheter leur CD et DVD, gardez votre argent pour votre retraite, forfait hospitalier, manger, boire...
Hadopi a des raisons d'être et des conséquences qui vont bien plus loin que ce "simple" problème du téléchargement.

Ce monsieur a une vision trop étriquée du problème, et même en regardant avec sa lorgnette, ne dit pas grand chose d'intéressant.

... mais j'avoue que j'ai coupé avant la fin : ces trolleurs... ca ne m'intéresse plus vraiment de les écouter : J'ai suffisamment soupé de monologues et de mensonges en suivant les "débats" à l'assemblée.

Des donneurs de leçons ?

Ben oui forcément... le débat nous a été refusé, donc on est maintenant dans une logique de confrontation.

Comment pourrait il en être autrement ?
Quand le mec a été élu président du Snep sa priorité était : " Obtenir une application effective de la DADVSI une fois celle-ci promulguée " . Avec les résultats exceptionnels que l'on connait !

Mais bon , pourquoi changer une équipe qui s'est tant ridiculisée ! et donc on reprend les mêmes pour Hadopi ....


Et si vous nous outragez, est-ce que nous ne nous vengerons pas ?
(Le marchand de Venise. Acte III, scène 1)
L'ère de la rareté est terminé, messieurs les retardataires...

nous sommes entrés depuis quelque temps déjà dans l'ère de l'abondance, de l'illimité, de la duplication à coût zéro...

il va falloir adapter les prix...sinon vous allez tous finir au "pôle emploi",

d'autant plus vite que la relève est assurée, abondante, de qualité et disponible immédiatement:

http://www.dogmazic....ex.php?op=edito
http://rezal404.org/...p?wiki=Mp3Legal
http://www.jamendo.com/fr/albums
"des voleurs à la petite semaine planqués derrière leur ordinateur qui n'ont jamais rien fait pour la création"...

C'est donc ainsi qu'il voit Catherine Deneuve ?
Hadopi ou pas, je ne filerai plus un centime à ces gens (du moins volontairement).
"des voleurs à la petite semaine planqués derrière leur ordinateur qui n'ont jamais rien fait pour la création"

C'est vrai qu'en terme de vol ils s'y connaissent les bougres, pour les majors, le vol c'est organisé, avec de grosses sommes d'argent et sans se cacher.......on comprend mieux la phrase d'un coup

C'est comique vu d'un certain angle, non?
Salut,
Il m'a fait bien rire ! Un moment j'ai cru qu'il allait sortir un mouchoir pour s'essuyer le front ... il transpire la peur :)
Il est raisonnablement conscient que Hadopi 1,2,3,3bis,3ter, etc. n'aboutit à rien malgré le forcing du lobbying de sa maison de prod.

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