La CNIL en appelle au Conseil Constitutionnel pour censurer l'Hadopi
Guillaume Champeau -
publié le Lundi 03 Novembre 2008 à 12h50 -
posté dans Société 2.0
![]() La loi Création et Internet a passé sans encombre la première haie posée par le Sénat, qui a voté le texte par une large majorité confortée par le soutien des sénateurs socialistes. Mais il faudra encore au gouvernement passer l'obstacle de l'Assemblée Nationale, puis celui du Conseil constitutionnel. Or les termes de l'avis de la CNIL du 29 avril 2008, connus seulement aujourd'hui, pourraient ainsi pousser les neuf sages à censurer la loi s'il en étaient saisis. On savait déjà que la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) avait émis un avis défavorable au projet de loi antipiratage présenté par la ministre Christine Albanel, mais on ne savait pas exactement sous quels termes. On le sait aujourd'hui. La Tribune publie l'intégralité de l'avis signé par le Président de la CNIL Alex Türk le 29 avril 2008. Sans ménagement, la Commission juge que "le projet de loi ne comporte pas en l'état les garanties nécessaires pour assurer un juste équilibre entre le respect de la vie privée et le respect des droits d'auteur". Les griefs portés contre la loi créant la Haute Autorité pour la diffusion et la protection des oeuvres sur Internet (Hadopi) sont nombreux. A commencer par l'existence-même du projet de loi. La CNIL, qui n'a qu'un avis consultatif, note que "les seuls motifs invoqués par le gouvernement afin de justifier la création du mécanisme confié à l'HADOPI résultent de la constatation d'une baisse du chiffre d'affaire des industries culturelle". Or, "elle déplore que le projet de loi ne soit pas accompagné d'une étude qui démontre clairement que les échanges de fichiers via les réseaux « pair à pair » sont le facteur déterminant d'une baisse des ventes dans un secteur qui, par ailleurs, est en pleine mutation du fait notamment, du développement de nouveaux modes de distribution des œuvres de l'esprit au format numérique". S'assurer de la réalité des infractions La Commission estime que les outils de sécurisation que les internautes devront mettre en place pour s'exonérer de l'obligation de surveillance de l'usage de leur accès à Internet "fassent l'objet d'une procédure d'évaluation certifiée". "Pour ne pas rendre cette obligation disproportionnée et excessive", il faut "mettre à leur disposition les dispositifs appropriés pour assurer, sans contrainte excessive, la sécurisation de leur poste", prévient la CNIL, qui entend baliser les preuves qui seront apportées par les ayants droit pour exiger la sanction des internautes. Ainsi, la Commission demande que "seuls des incidents présentant une gravité certaine et prédéterminée pourront faire l'objet d'une inscription" au fichier national des personnes qui font l'objet d'une interdiction de souscrire un abonnement à Internet. Cette inscription, dans l'état actuel du projet de loi, intervient systématiquement dès qu'une sanction de résiliation de l'accès à Internet est prononcée. Alors que la CNIL a déjà autorisé par le passé des traitements de collecte d'adresses IP, sous la pression du Conseil d'Etat, la Commission prévient qu'elle sera beaucoup plus sévère sur les conditions imposées aux traitements devant servir à la saisine de l'Hadopi. Elle demande ainsi que "le décret en Conseil d'Etat pris après avis de la CNIL comporte l'indication de la nature et de la forme des informations remises par les (sociétés de gestion collective) et les organismes de défense professionnelle ainsi que les critères sur la base desquels ils saisiront l'HADOPI". Si ces critères ne sont pas suffisamment respectueux d'une exigence de preuve, la CNIL pourrait rejeter les autorisations de collecte et bloquer toute la procédure. Avec l'action de The Pirate Bay et le précédent britannique, la fiabilité des preuves devient un enjeu majeur pour la protection juridique des internautes. Le risque d'une justice à la carte La CNIL critique également la possibilité pour les ayants droit, "sur la base de procès-verbaux constatant un même fait, la mise à disposition sur internet d'œuvres protégées par les droits d'auteur", de choisir librement leur voie d'action. Le projet de loi laisse en effet la possibilité aux titulaires de droits de saisir l'Hadopi pour un "manquement à l'obligation de sécurisation du poste informatique", et/ou de saisir le juge civil au titre du préjudice économique subi par la contrefaçon, et/ou le juge pénal au titre du délit de contrefaçon. "La Commission considère ainsi ne pas être en mesure de s'assurer de la proportionnalité d'un tel dispositif dans la mesure où il laissera aux seuls SPRD et organismes de défense professionnelle le choix de la politique répressive à appliquer sur la base d'un fondement juridique dont les contours sont mal définis", attaque la CNIL. Elle note d'ailleurs que même si les fondements juridiques sont en théorie différents entre l'Hadopi et le juge, le langage utilisé par le projet de loi entretient l'ambiguïté. Il parle en effet de "mécanisme de prévention et de sanction du piratage", et non de "mécanisme de prévention et de sanction de l'obligation de surveillance de sa connexion Internet". Un possible coup de poignard par le Conseil Constitutionnel Enfin, et surtout, la CNIL s'appuie sur une décision du Conseil constitutionnel de 2004 pour porter un possible coup de grâce à la loi Création et Internet. Dans sa décision, le juge de la constitutionnalité des lois avait autorisé le principe de la collecte des adresse IP par les ayants droits parce que ces adresses IP ne pourraient "acquérir un caractère nominatif que dans le cadre d'une procédure judiciaire". Le Conseil avait alors estimé que cette garantie apportait l'équilibre nécessaire à l'autorisation de la collecte. Or, avec l'Hadopi, il est prévu que les agents administratifs puissent obtenir l'identité des abonnés sur simple demande aux FAI, sans passer par le juge. Sans cette disposition, l'ensemble du système de la riposte graduée tomberait à plat. La CNIL tape le Conseil constitutionnel du coude pour qu'il applique sa propre jurisprudence et n'affaiblisse pas les critères de proportionnalité qu'il avait lui-même imposé il y a quatre ans. Si le gouvernement a choisi de profiter du fait que l'avis de la CNIL soit purement consultatif pour le piétinner, il ne pourra pas en faire de même de l'avis du Conseil constitutionnel. A condition qu'il soit saisi par au moins 60 députés ou 60 sénateurs. Sur le même sujet
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Commentaires à propos de La CNIL en appelle au Conseil Constitutionnel pour censurer l'Hadopi
Zarkoff
Le 03 Novembre 2008 à 13h18
Ca fait plaisir à lire, dommage que la CNIL n'ait qu'un rôle consultatif.
![]() jeffreye
Le 03 Novembre 2008 à 13h20
Dans tous les cas, si je suis coupable, je veux savoir
pourquoi, avoir la possibilité de me defendre et ce devant un juge, et non pas accepter les decisions des copains de universal & co. ![]() ![]() manbu
Le 03 Novembre 2008 à 13h25
"Or les termes de l'avis de la CNIL du 29 avril 2008, connus seulement aujourd'hui, pourraient ainsi les neuf sages à censurer la loi si elle en était saisie."
Pousseraient, non ? Il faudrait absolument que Numérama embauche un relecteur... ![]() clems
Le 03 Novembre 2008 à 13h30
"censurer la loi si elle en était saisie"
D'accord mais qui va la saisir ? ![]() ![]() manbu
Le 03 Novembre 2008 à 13h44
C'est sûr que si les députés votent comme les sénateurs, ça va être difficile de trouver les 60 parlementaires pour saisir le conseil constitutionnel.
![]() Flamberge
![]() ![]() vincedra
Le 03 Novembre 2008 à 14h16
Personnellement, je ne vais pas me cacher j'ai déjà télécharger pas beaucoup mais j'ai déjà télécharger, je comprend cependant la réaction des artistes face à ce problème majeur. Mais je me pose des questions :
Y a t'il vraiment un manque à gagner ? Pour qui ? En quelles faveurs ? La réponse de cette question me persuade que la loi HADOPI me parait peut convenable et disproportionnée pour le problème. La licence globale est-elle la solution ? Là je n'en sais rien du tout je ne suis pas un exper dans l'économie, mais tout ce que je sais c'est que pour Mme Albanel la licence globale ne semble pas être une solution (Voir sur le site jaimelesartistes.fr). Pour conclure tout le celà reste flou, et il est dangereux de proposer des loi dans un domaine où on est pas sûrr de ce qui se passe. ![]() alphapronto75
Le 03 Novembre 2008 à 14h31
@ vincedra:
La licence globale pourrait être une solution mais pour cela il faut qu'elle soit obligatoire et non pas optionnelle, chose que beaucoup de personne ne veulent pas concevoir, car pour eux c'est payer plus et plus. Juste noter que si la Licence Globale devait être optionnelle alors le problème resterait le même car il faudra savoir qui télécharge qui et surtout si l'internaute a payé la Licence pour en avoir le droit, donc encore un système de flicage. ![]() ![]() Chrys77
Le 03 Novembre 2008 à 14h47
Les faux rebondissements concernant cette loi commencent à devenir lourds. La CNIL c’est le « Que choisir » national de l’informatique et libertés, on approuve ce qu’elle dit, mais tout le monde s’en fout, même si elle fait les gros yeux. Le conseil Constitutionnel ne va rien trouver à redire à cette loi à laquelle il ne comprend pas davantage que les sénateurs. HADOPI sera adoptée et hélas votée, je crois qu’il faut cesser de se bercer d’illusions.
![]() Krissprolls
Le 03 Novembre 2008 à 14h48
En même temps ce système de licence globale est déjà utilisé pour les supports vierges.
C'est ce à quoi est censée servir la taxe sur la copie privée. Mais comme on à plus droit à la copie privée et qu'on a conservé cette taxe, autant l'ajuster pour prendre en compte les téléchargements et on en parle plus. ![]() ![]() Butterfly
![]() flob
Le 03 Novembre 2008 à 14h52
'Krissprolls', le 01/01/1970 - 01:00 En même temps ce système de licence globale est déjà utilisé pour les supports vierges. C'est ce à quoi est censée servir la taxe sur la copie privée. Mais comme on à plus droit à la copie privée et qu'on a conservé cette taxe, autant l'ajuster pour prendre en compte les téléchargements et on en parle plus. Le probleme est que tu n'es pas obligé d'acheter des supports vierges pour télécharger. Et inversement, tu n'es pas obligé de telecharger pour utiliser des supports vierges. Et surtout que cette taxe (je crois qu'elle a été renommée) est surtout déja importante. ![]() ![]() 971
Le 03 Novembre 2008 à 14h55
60 députés pfffff. C’est déjà perdu, c'est un article pour nous faire espérer. Vous vous rendez compte il faut faire confiance à des socialistes qui sur le seul sujet valable où il faut être en opposition ils le sont pas, et à des ump qui ont peur de sarkosi (qui parlait de séparation des pouvoirs exécutifs, législatif et judiciaire (voyez le cas de Tapis)).
Enfin bref voila quoi ![]() ![]() tomy13
Le 03 Novembre 2008 à 15h02
Depuis le début des hostilités, le point achoppement est la coupure de l’adsl non pas pour partage de fichiers mais pour défaut de sécurisation de celle-ci. Tout l’ambigüité réside dans cela, alors les études prouvant que le fait de ne pas sécuriser sa ligne font baisser les ventes= grosse connerie ex : les cht’i gros succès commercial et pourtant échangé dans une qualité moyenne par bcp d’internaute a ce qu’il parait. Voila un exemple probant, que les majors en sortent un a contrario pour la baisse des ventes de cd musicaux, on attend pour pouvoir juger de la véracité de leurs allégations. (Pas la baisse des volumes, car les facteurs, prix, qualité, supports non appropriés sont trop subjectif)
Ps : Ils pourraient en dire autant pour la baisse des ventes des 78 tours : c’est de la faute des échanges. ![]() pleindeuss
Le 03 Novembre 2008 à 15h08
@alphapr
moi je suis pour la licence globale à partir du moment ou elle s'applique sous la forme d'un impot sur le revenu (donc équilibré) et ou sa redistribution est réellement équitable (cad différement de la méthode sacem). je pense que si la lgo était présentée comme ca, la majorité des gens seraient pour (en échange de la dépénalisation du téléchargement). et comme dans une démocratie véritable on fait des lois pour obtenir un consensus entre la majorité et les minorités, la LGO est la seule voie équitable possible sans léser la majorité (les consommateurs). enfin, si on détruisait tous ces organismes parasitaires de collecte qui coutent tellement cher pour si peu d'efficacité, on gagnerait des fonds pour financer de la création. ![]() petrus55
Le 03 Novembre 2008 à 15h19
reste plus a espéré que les autodidactes et féru d informatique nous sorte un super p2p ou programme ou personne ne verra plus rien et la le gouvernement aura tous gagner surtout en matière de sécurité national
![]()
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