Déjà « outé » par Wired et Gizmodo en fin d'année dernière, l'entrepreneur australien Craig Steven Wright déclare qu'il serait bien l'inventeur du Bitcoin, et prétend en apporter les preuves. Mais des doutes demeurent.

Craig Wright est soit l’inventeur du Bitcoin, soit l’un des faussaires les plus doués de sa génération. Dans un billet de blog publié lundi, l’entrepreneur australien spécialisé en sécurité informatique se révèle au monde comme étant bien l’inventeur de la monnaie virtuelle chiffrée, six mois après un long reportage de Wired qui l’avait déjà identifié comme le candidat le plus probable à la paternité du Bitcoin. Officiellement, l’inventeur n’est connu que sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto.

Avec force publicité soutenue par un dossier de presse, l’homme s’est adressé à la BBC, à The Economist et au magazine GQ pour se présenter à visage découvert comme l’inventeur de la monnaie entièrement décentralisée, qui repose sur un système complexe de cryptographie pour suivre et authentifier les transactions entre différents portefeuilles, et émettre progressivement de nouvelles devises.

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la preuve ultime n’est pas encore apportée

En guise de preuve, Wright a signé une copie d’un discours de Jean-Paul Sartre (expliquant pourquoi il refuse le prix Nobel de Littérature), avec une clé privée qui fut utilisée pour authentifier la toute première transaction en bitcoins. Mais le magazine The Economist qui a rencontré l’homme émet des doutes, et se demande si le message chiffré n’a pas été généré par force brute grâce aux supercalculeurs dont Craig Wright dispose à travers ses entreprises, ou s’il ne s’agit pas d’une copie d’un message chiffré par le véritable Satoshi Nakamoto, qu’il serait le premier à divulguer. Pour le vérifier, la publication américaine a fourni à Wright un autre message à chiffrer avec la même clé, mais ce dernier a refusé.

D’autres éléments conduisent The Economist à estimer que la preuve ultime n’est pas encore apportée, et que des zones d’ombres demeurent. Déjà après le reportage de Wired, qui pointait déjà quelques incohérences, certains avaient démontré que le profil LinkedIn de Craig Wright était en partie fantasmé avec de faux diplômes, ou encore que des documents avaient été antidatés pour faire croire qu’ils étaient plus vieux qu’ils ne l’étaient en réalité.

Une révélation opportuniste ?

Dans la communauté Bitcoin, certains se réjouissent de la nouvelle, et veulent y croire. C’est le cas par exemple de Gavin Andresen, le successeur de « Satoshi Nakamoto » dans l’administration du code source de Bitcoin, qui était présent lors de la rencontre organisée entre The Economist et Craig Wright. « Je crois que Craig Steven Wright est la personne qui a inventé le Bitcoin », écrit-il sur son blog. Il ne livre toutefois à l’appui aucun argument technique, mais se fonde sur la personnalité de Wright, qu’il estime très proche du Nakamoto avec qui il conversait à l’écrit par écrans interposés.

Cependant comme le note The Economist, le discours tenu par Wright arrange aussi Andresen, dans la grande bataille interne qui secoue les partisans du Bitcoin, Tous les deux sont pour une libération plus rapide des blocs, qui rendrait moins chère la création monétaire dans le système de Bitcoin, et la position du « père du bitcoin » aurait évidemment un poids moral certain.

À lire sur Numerama : Les guerres intestines peuvent avoir la peau du Bitcoin

Du côté des cryptographes, en tout cas, on semble fortement douter de la fiabilité des preuves apportées par Wright. « Je ne sais pas si Craig Steven Wright est Satoshi Nakamoto. Mais ce que je sais, c’est que s’il l’est, alors Satoshi Nakamoto n’y connaît rien en cryptographie », s’amuse par exemple Colin Percival.

Le développeur et chercheur Nadim Kobeissi, créateur de la messagerie chiffrée Cryptocat, assure pour sa part que la signature employée par Craig est un faux :

D’autres encore montrent du doigt une ligne de code publiée par Craig, dans laquelle l’homme utilise une ligne de commande sous Bash avec l’argument & au lieu de && (qui force un traitement séquentiel de la commande), qui rendrait sa démonstration « invalide » :

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