Pour Tesla, le problème n’est plus de trouver des acheteurs pour ses véhicules électriques, mais de réussir à les fabriquer et les acheminer rapidement. Entre un carnet de commandes qui explose et des usines poussées à plein régime, la marque doit néanmoins composer avec des goulets d’étranglement sur sa chaîne logistique, à commencer par le nerf de la guerre : les cellules de batterie.
Le mauvais souvenir de la fin de 2024 et du début de 2025 est désormais loin derrière. À l’occasion de sa conférence sur les résultats financiers du troisième trimestre 2026, ce mercredi 21 octobre, Tesla a balayé d’un revers de la main tous les doutes. Derrière l’enthousiasme affiché, la situation est pourtant moins idyllique qu’il n’y paraît.
Des carnets de commandes pleins à craquer, mais des batteries qui freinent le rythme
Face aux analystes financiers, la direction de Tesla n’a pas caché sa satisfaction : l’entreprise boucle son trimestre avec son carnet de réservations le plus garni depuis 2022. « La demande pour nos véhicules croît rapidement et dépasse largement notre production », a indiqué Elon Musk dès l’ouverture de sa prise de parole. Le directeur financier, Vaibhav Taneja, a ensuite confirmé la tendance : « Dans le secteur automobile, nous avons clôturé le trimestre avec notre carnet de commandes le plus important depuis quatre ans, les livraisons étant principalement limitées par la production. »

Tesla peut remercier le marché européen pour ce coup de boost inespéré de la demande. Les résultats en Chine et aux États-Unis sont loin d’être aussi spectaculaires.
Pour absorber cette tendance, Tesla pousse ses lignes de montage à des cadences supérieures. « Nous augmentons donc notre production de manière significative », a affirmé Elon Musk. L’objectif est de produire 5 millions de véhicules par an d’ici à 2030. « Et je pense que nous avons de bonnes chances d’y parvenir », précise le patron de la marque. Mais il y a une différence entre vouloir accélérer les cadences d’assemblage et pouvoir le faire, surtout lorsque la chaîne d’approvisionnement se tend sur l’élément clé des batteries.
Interrogé sur le rythme effectif des usines, Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie des véhicules, a rappelé : « Nos usines fonctionnent à des cadences records ce trimestre. Bien entendu, leur capacité de production est directement liée au processus ou au composant le plus fragile. » Tesla indique que la disponibilité des batteries est restée le « facteur limitant » l’augmentation des volumes automobiles, dans un contexte de carnet de commandes le plus élevé depuis quatre ans et de très forte demande pour le stockage stationnaire.

« Ils ne demandent pas une Model Y, ils demandent le FSD »
Tesla n’attribue plus le boom des commandes à la qualité de ses véhicules ou à son tarif compétitif, mais au succès de son logiciel de conduite autonome : Full Self-Driving (FSD) et ses autres déclinaisons selon les marchés. « Le principal moteur de cette demande est la conduite entièrement autonome », a affirmé Elon Musk dans son introduction. Selon lui, « Aujourd’hui, aucun véhicule disponible sur le marché ne propose la conduite entièrement autonome », mais cette affirmation est à prendre avec des pincettes, car la concurrence est bel et bien en embuscade sur le sujet sur certains marchés (juste pas aux États-Unis).
Le directeur financier apporte même un éclairage encore plus précis : « Dans nos concessions aux États-Unis, les clients entrent et demandent : « Peut-on avoir un véhicule avec conduite entièrement autonome ? » Ils ne demandent pas une Model Y ou un Cybertruck. Ils demandent : « Peut-on avoir un véhicule avec conduite entièrement autonome ? » Et c’est devenu le principal argument de vente, car cela offre une bien plus grande flexibilité à différentes catégories de la population qui avaient des difficultés à conduire auparavant. »

La direction de Tesla a apporté quelques exemples chiffrés en ce sens. Au troisième trimestre, plus de 75 % des clients nord-américains ont souscrit un abonnement FSD payant au moment de prendre livraison de leur véhicule, soit près de 20 points de plus qu’au trimestre précédent. La flotte compte désormais plus de 1,7 million d’utilisateurs payants du FSD dans le monde, dont 50 % ont désormais basculé sur la formule d’abonnement mensuel plutôt que sur l’achat comptant.
Ce plébiscite du FSD permet d’ailleurs à Tesla de porter sa marge automobile, hors crédits réglementaires, à 18,1 % (contre 16,3 % au deuxième trimestre). Reste désormais à exporter ce modèle économique lucratif hors d’Amérique du Nord. Alors que Tesla multiplie les tests et les gestes pour préparer le terrain en Europe, Elon Musk espère une homologation paneuropéenne du FSD très prochainement : « C’est difficile à prévoir, mais peut-être d’ici quelques mois. Je serais surpris que cela prenne plus longtemps que le premier trimestre [2027]. »
En affirmant sans ciller que ses carnets de commandes débordent et que le FSD est désormais l’unique moteur d’achat, la direction balaie d’un revers de main le contexte géopolitique qui booste ses ventes en Europe, le vieillissement de sa gamme et la concurrence chinoise qui grignote ses parts de marché sur deux de ses trois principaux marchés. À force de survendre un narratif où le monde entier réclamerait des robotaxis plutôt que des voitures électriques abordables et bien finies, Tesla prend le risque de s’enfermer dans sa propre bulle, déconnectée des vraies attentes du marché. Attention au retour du boomerang.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Anticipez le futur en vous inscrivant gratuitement à ToujoursPlus, la newsletter tech de référence.

