Même si l’usine de batteries ACC à Douvrin a augmenté sa cadence de production, l’approvisionnement reste insuffisant pour suivre la demande chez Stellantis. Une situation paradoxale qui contraint le groupe à mettre plusieurs usines au chômage partiel.

L’accélération de la demande pour les voitures électriques est, sur le papier, une excellente nouvelle pour l’industrie tricolore. Dans les faits, le choix de la souveraineté industrielle et du « Made in France » se heurte aujourd’hui à la réalité du terrain : la fabrication locale de batteries a du mal à suivre le boom de la demande.

C’est notamment le cas pour la gigafactory ACC de Douvrin qui peine toujours à fournir les batteries grande autonomie (Long Range) en quantité suffisante pour alimenter les lignes d’assemblage de Stellantis. Derrière, deux sites de production Stellantis se voient contraints d’activer du chômage partiel, comme l’ont révélé Les Échos le 29 septembre 2026. Une information que Xavier Chardon, patron des marques Citroën et DS, nous a confirmée lors d’une table ronde le même jour.

Deux usines Stellantis au ralenti… parce que les voitures se vendent trop bien

L’annonce de la mise en pause temporaire de quatre usines françaises (Poissy, Mulhouse, Sochaux et Rennes) cache deux réalités bien distinctes. Si Poissy et Mulhouse ajustent leur production à des modèles en repli, les sites de Sochaux (Peugeot e-3008 et e-5008) et Rennes (Citroën C5 Aircross) sont victimes de l’effet inverse.

Ensemble batterie moteur sur la chaîne d'assemblage de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Ensemble batterie moteur sur la chaîne d’assemblage de Rennes. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

La hausse des prix du carburant a eu un impact net sur les commandes des déclinaisons 100 % électriques, notamment celles à grande autonomie plébiscitées par les flottes d’entreprise. Sauf que le fabricant de batteries ACC (dont Stellantis est actionnaire et premier client) est toujours en phase de montée en cadence. L’usine française de batteries n’atteint pas encore les volumes théoriques requis.

ACC indique pourtant que la production du seul mois de septembre approche celle de l’ensemble de l’année 2025. Néanmoins, le retard accumulé est trop grand et les batteries n’arrivent pas en nombre suffisant pour ne pas bloquer les différents modèles qui doivent en bénéficier.

Arbitrage interne : Peugeot et DS prioritaires, Citroën en deuxième ligne

Lors d’une table ronde à laquelle Numerama a assisté, Xavier Chardon, patron des marques Citroën et DS, nous a rappelé en toute transparence la règle du jeu fixée par le groupe :

« On a fait un choix, celui du Made in France, dans lequel on est solidaire. C’est vrai qu’on a fait le choix de donner priorité en fonction de la date de commande client. Peugeot a ouvert beaucoup plus tôt les commandes sur la 3008 et la 5008. Donc aujourd’hui, c’est Peugeot qui a la priorité sur les batteries Long Range. Et on a la même situation sur DS avec la N°8 qui est privilégiée. »

Production du Citroën C5 Aircross à l'usine de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Production du Citroën C5 Aircross à l’usine de Rennes. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Et même la priorité donnée à Peugeot ne suffit pas à éviter une mise en pause de la production pendant sept jours. Auprès de Numerama, Xavier Chardon reconnaît ouvertement que la situation est pénalisante pour Citroën : « On attend désespérément les batteries Long Range. »

Miser sur des gigafactories locales pour s’affranchir de la dépendance chinoise est une décision stratégique indispensable à long terme. Mais la montée en puissance de cette production donne des sueurs froides à Stellantis qui se retrouve sans approvisionnement suffisant pour faire tourner ses lignes sur plusieurs jours. En attendant que la gigafactory de Douvrin atteigne son plein régime, Stellantis n’a d’autre choix que de compter sur la patience de ses clients.

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