Invité sur France Inter ce samedi, François Provost a annoncé une hausse de 25 % de la production de Renault en France en 2026 grâce à l’électrique. Un rebond qui sera également soutenu par 10 milliards d’investissements supplémentaires.

Pendant que certains concurrents réduisent la voilure ou mettent des usines au ralenti faute de composants, le groupe Renault déroule sa stratégie à deux jambes : électrique d’un côté et hybride de l’autre. Au micro de France Inter, ce samedi 3 octobre 2026, François Provost a confirmé que la production du groupe dans l’Hexagone grimpera de 25 % cette année, tirée par le succès des modèles électriques.

Alors que l’industrie automobile européenne est souvent jugée à l’agonie, à cause de la voiture électrique et de la concurrence chinoise, le discours du patron de Renault apporte une autre perspective. Et ce n’est pas le seul élément à retenir de l’intervention de François Provost sur la voiture électrique.

« Les clients qui passent à l’électrique ne reviennent pas en arrière »

« L’électrification, la bascule est faite. Les clients qui passent à l’électrique ne reviennent pas en arrière, ce sont, parmi nos clients, les plus satisfaits », martèle François Provost. Pour le patron du constructeur français, l’époque des hésitations est définitivement révolue.

François Provost (Renault Group)  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
François Provost (Renault Group) // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

L’adoption de l’électrique ne relève plus du dogme ou de la contrainte, mais d’une expérience utilisateur supérieure qui rend tout retour au thermique tout simplement impensable pour les acheteurs. Il précise néanmoins : « cela peut retomber transitoirement, mais je pense que la tendance est prise. »

Face aux embardées régulières à la pompe, l’énergie produite localement s’impose comme le seul véritable bouclier anti-inflation. « Le prix des carburants est incontrôlable, et finalement la bonne solution c’est la voiture électrique, car l’électricité est abondante en France et son prix est fixe », insiste le dirigeant avant d’ajouter : « il y aura encore des crises du carburant, en électrique, au moins je connais mon budget à plus long terme. » 

Et, en raisonnant en coût total de possession (TCO) plutôt qu’en simple prix catalogue, rouler en électrique (ou en hybride de dernière génération) revient désormais moins cher au quotidien que de s’acharner à entretenir un vieux véhicule de plus de dix ans. « 90 % des véhicules électriques que l’on vend, on les vend en leasing. Sur les voitures abordables, on commence enfin à y arriver », rappelle le directeur général.

Renault 5 et son 100 000e exemplaire // Source : Renault
Renault 5 et son 100 000e exemplaire // Source : Renault

Le financement par la location est souvent vanté comme le levier indispensable pour inciter les ménages modestes à remplacer un parc automobile français vieillissant sans faire exploser leur budget mensuel.

Renault promet 10 milliards d’euros supplémentaires en France

François Provost en profite pour rappeler que « le leader des véhicules électriques en France c’est Renault : avec plus d’un véhicule sur quatre ». La dynamique commerciale actuelle relance aussi directement l’outil industriel tricolore.

« La réalité, c’est qu’aujourd’hui on produit en France dans les usines françaises, plus de véhicules qu’avant. Donc cette baisse qu’on a connue pendant de nombreuses années, c’est fini », affirme-t-il au micro de France Inter. Il précise même : « En 2025, on a produit 500 000 voitures en France, en 2026 on en produira 25 % de plus grâce à l’essor de l’électrique. » Est-ce suffisant pour faire taire les rumeurs d’un effondrement de l’industrie européenne ?

Usine Renault de Douai // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Usine Renault de Douai // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Pour soutenir cette cadence, le groupe réinjectera plus de 10 milliards d’euros en France sur les cinq prochaines années. Cela viendra s’ajouter aux 13 milliards déjà investis sur les cinq dernières années en France pour transformer entièrement l’outil industriel afin de miser sur l’électrique. Il y a malgré tout un petit bémol dans sa phrase, puisqu’il n’hésite pas à préciser : « si le contexte social et politique en France le permet ». La France représente 20 % de la production du groupe Renault.

Le traditionnel tacle à Bruxelles

François Provost pointe systématiquement une ombre au tableau : l’inflation normative européenne. Selon le dirigeant, les réglementations ont déjà augmenté le coût de fabrication de chaque véhicule de 3 000 € ces dernières années (exemple d’une Clio), et 3 000 euros de coûts réglementaires supplémentaires seraient générés d’ici 2030.

Pour illustrer son propos, il indique : « Les voitures telles qu’elles sont aujourd’hui en Europe, sont les plus sûres de toutes les normes au monde. Et si un Français ne peut pas s’acheter de voiture neuve et qu’il est obligé de conserver une voiture âgée de 12 ans, vous croyez qu’il y a plus de sécurité ? Vous croyez qu’il y a moins d’émissions de CO2 ? »

François Provost réclame donc un « gel des normes » (pas un retour en arrière) jusqu’à la fin de la décennie pour faire baisser le prix des voitures de 15 % et pouvoir plus facilement amener l’électrique au même tarif d’achat que l’hybride.

Sur le front de la concurrence asiatique qui inquiète toute l’industrie, le patron de Renault préconise la même rigueur que celle imposée par le gouvernement chinois aux Européens il y a trente ans : accueillir les constructeurs chinois sur le Vieux Continent uniquement s’ils produisent localement avec des usines et des fournisseurs européens. « Il faut rapidement un accord entre la Chine et l’Europe », insiste-t-il.

Cette prise de parole casse l’habituel refrain sur la mort annoncée des constructeurs européens, soi-disant condamnés par l’électrification forcée. En démontrant qu’une hausse de 25 % de la production française est déjà une réalité chiffrée grâce à l’essor de la voiture électrique, Renault prouve que l’on a probablement tort d’accuser la voiture électrique de tous les maux. Et si au contraire, c’était la solution pour sauver l’industrie européenne ?

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