Les constructeurs chinois ont prévu une démonstration de force au Mondial de l’Auto de Paris 2026, qui se déroulera du 12 au 18 octobre. Mais qu’en est-il de cette « menace » si l’on regarde du côté des chiffres actuels des immatriculations en France ?

À moins d’une semaine du Mondial de l’Auto, une vingtaine de marques chinoises ont déjà prévu d’être présentes du 12 au 18 octobre 2026 à Paris Porte de Versailles. Cette présence remarquée fait craindre un tsunami de modèles qui pourraient déstabiliser le marché de la voiture électrique. Mais derrière l’anticipation de la menace, qu’en est-il concrètement aujourd’hui des livraisons de véhicules chinois en France ? Sur la base des données AAA Data, publiées au 1er octobre 2026, il est possible d’observer des tendances assez nettes.

Rappelons au passage que la situation était déjà assez similaire lors de l’édition 2024 du salon. Les constructeurs chinois étaient présents en nombre et les discours présentaient aussi de grandes ambitions. Mais entre les annonces et la réalité du marché, il y a souvent un écart notable.

Septembre 2026 : un top 20 (presque) fermé aux constructeurs chinois

On nous promettait un déferlement inéluctable. Pourtant, les données brutes des immatriculations françaises de septembre 2026 montrent que la percée des constructeurs chinois ressemble davantage à une guerre de position qu’au raz-de-marée annoncé, en tout cas sur la voiture électrique. Sur l’hybride, en revanche, c’est une tout autre histoire.

Le constat est sans appel : en dehors de MG qui parvient à placer de justesse sa MG4 Urban à la 18e place avec 834 unités, aucun autre modèle chinois ne figure dans le sacro-saint Top 20 mensuel. Derrière ce plafond de verre, qui s’explique par leur exclusion des aides à l’achat, on observe cependant des dynamiques de fond notables.

La MG4 EV Urban à l'essai. // Source : Robin San Vicente pour Numerama
La MG4 EV Urban à l’essai. // Source : Robin San Vicente pour Numerama

La citadine Leapmotor T03, désormais poussée par la force de frappe du réseau Stellantis, réalise 751 immatriculations sur le mois. Elle reste en embuscade à la 21e position, confirmant que les modèles chinois abordables profitent aussi de l’embellie des ventes, même s’ils ne bousculent pas forcément la domination des marques historiques, notamment celles qui bénéficient des aides.

Un peu plus bas, le cas du SUV XPeng G6 est plus intéressant : s’il perd logiquement quelques places au classement général face à une concurrence européenne redynamisée en cette rentrée, il parvient à encaisser le choc en maintenant des volumes de livraisons particulièrement réguliers (552 unités et une 33e place).

Immatriculations de véhicules 100 % électriques par marque chinoise (Septembre 2026)

MarqueVolumes (Sept. 2026)Modèle phare du mois
MG1 489MG4 EV Urban (834 ex.)
Leapmotor1 122T03 (751 ex.)
BYD1 098Sealion 7 (241 ex.)
XPeng716G6 (552 ex.)
Geely160E2 (95 ex.)
Jaecoo74Jaecoo 5 EV (74 ex.)
Zeekr247GT (11 ex.)
Denza4Z9GT (4 ex.)
Lynk & Co402 (4 ex.)
GAC Aion1Aion V (1 ex.)
Skyworth0–

Là où MG et Leapmotor s’appuient sur des têtes d’affiche assez clairement identifiées, un mastodonte comme BYD répartit ses immatriculations sur une gamme plus large (Sealion 7, Dolphin S, Atto 3, Seal…) pour franchir la barre des 1 000 unités mensuelles. Aucun modèle ne semble vraiment se démarquer auprès des clients français.

En septembre 2026, on note les premières incursions de modèles comme le SUV GAC Aion V, avec un exemplaire immatriculé, mais aussi quatre Denza Z9GT et onze Zeekr 7GT, tandis que d’anciens espoirs comme Skyworth affichent un compteur à zéro. Mais juger l’état de la « menace » sur un seul mois serait une erreur : pour mesurer la véritable ampleur de la vague chinoise, il faut également observer le cumul annuel.

Dans le ventre mou du classement sur 9 mois

Sur le cumul annuel (de janvier à septembre 2026), le classement change sensiblement par rapport au seul mois de septembre. Si MG faisait illusion en septembre grâce aux bonnes ventes de la MG4 Urban, portées par son tarif attractif, le reste de la gamme a eu plus de mal à créer l’enthousiasme. Cela se ressent dans les résultats de la marque qui n’occupe que la deuxième place du podium des marques chinoises sur le 100 % électrique.

Avec près de 8 000 immatriculations (7 945 très exactement), BYD est (sans grande surprise) en tête du classement des marques chinoises. Pourtant, la marque ne place aucun modèle avant la 47e place. Son secret ? La stratégie de l’essaim.

BYD Seal // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
BYD Seal. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

BYD inonde le marché avec une gamme où chaque modèle apporte sa brique à l’édifice : le SUV Sealion 7 (1 971 ex.), la citadine Dolphin Surf (1 667 ex.), la berline Seal (1 308 ex.) ou encore les Atto 2 et Atto 3 (respectivement 1 189 et 945 unités). Une approche qui lui permet de grignoter des parts de marché sur plusieurs segments sans qu’aucun modèle ne connaisse encore un véritable succès.

Le palmarès de l’électrique chinois en France (Janvier – Septembre 2026)

RangMarqueVolume Cumulé (sur 9 mois)Modèle le plus vendu (Volume & Rang FR)
1BYD7 945 immatriculationsSealion 7 (1 971 ex. – 47e)
2MG Motor5 775 immatriculationsMG4 EV Urban (2 161 ex. – 44e)
3XPeng5 513 immatriculationsG6 (4 294 ex. – 27e)
4Leapmotor5 472 immatriculationsT03 (3 591 ex. – 31e)
5Geely404 immatriculationsGeely E5 (206 ex. – 112e)
Les autres marques électriques comme Zeekr, Jaecoo, GAC ou Skyworth évoluent encore sous la barre des 500 unités cumulées en 2026.

À la troisième place du podium, XPeng devance d’une courte tête Leapmotor sur les modèles 100 % électriques. Avec son SUV G6, la jeune marque s’offre tout simplement le luxe de posséder la voiture électrique chinoise la plus vendue de France en 2026 sur les neuf premiers mois de l’année (4 294 exemplaires, 27e rang national). Une performance remarquable pour un véhicule qui mise davantage sur son interface ultra-technologique et son architecture 800 volts que sur le low cost généralement associé aux véhicules chinois.

Xpeng G6 et les tests de ses capacités de recharge  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Xpeng G6 et les tests de ses capacités de recharge. // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

La peinture n’est pas encore sèche chez les autres constructeurs chinois, qui en sont encore à poser les bases de leur présence sur le marché français.

On est donc encore loin de la submersion annoncée des constructeurs européens par les marques chinoises sur le 100 % électrique. Pour donner une comparaison un peu cruelle, les près de 8 000 immatriculations électriques de BYD enregistrées depuis le début de l’année représentent l’équivalent des immatriculations de la seule Renault 4 (à la même période), souvent considérée (à tort) comme l’un des échecs commerciaux de Renault. Ou encore, BYD a fait en 9 mois ce que le Model Y de Tesla a réalisé sur le seul mois de septembre.

Mais là où l’offensive chinoise a fait véritablement des dégâts en 2026, c’est sur un terrain que l’on n’attendait pas forcément il y a quelques années : celui des hybrides.

Le vrai cheval de Troie est l’hybride

Si le gouvernement français a trouvé une habile parade pour freiner les constructeurs chinois sur le marché de la voiture électrique, la porte est restée grande ouverte sur l’hybride, et les chiffres parlent souvent d’eux-mêmes. C’est l’un des grands paradoxes de 2026.

Face à la surtaxe européenne sur les véhicules électriques fabriqués en Chine et à la privation du bonus écologique (coup de pouce CEE), la plupart des constructeurs chinois ont opéré un virage stratégique à 180 degrés en choisissant de faire de l’hybride (HEV, PHEV) le véritable moteur de leur croissance en Europe (et en France).

Part des électriques vs hybrides chez les constructeurs chinois en France // Source : Raphaelle Baut - données : AAA Data
Part des électriques vs hybrides chez les constructeurs chinois en France. // Source : Raphaelle Baut – données : AAA Data

Sur le cumul annuel, trois stratégies s’opposent très clairement :

  • Les « mues » réussies de MG et BYD : Sous la pression douanière et après la fin des aides, les pionniers ont largement basculé. Sur ses 25 550 immatriculations cumulées, MG réalise 77,4 % de ses ventes en hybride/thermique (MG3 Hybrid+, ZS, HS). Même tendance pour BYD, dont les motorisations « DM-i » représentent 64,9 % des immatriculations (14 722 unités sur 22 667).
  • L’offensive hybride des nouveaux venus : Arrivées plus récemment sans image « 100 % électrique » à défendre, Jaecoo (9 618 immatriculations) et Omoda mènent un parcours quasi exclusivement hybride (plus de 98 % de leur mix annuel), même si l’électrique arrive cet automne avec le Jaecoo 5. Geely a également décidé d’attaquer le marché à la fois sur l’hybride et l’électrique avec une répartition des ventes plus équilibrée.
  • Les irréductibles du tout-électrique : À l’inverse, XPeng conserve une approche « puriste » (100 % BEV), tandis que Leapmotor, très portée par sa citadine T03, reste encore très majoritairement axée sur l’électrique (92,7 % de son volume annuel).

Répartition Électrique vs Hybride/Thermique au cumul annuel (Janvier – Septembre 2026)

ConstructeurVentes Totales (9 mois 2026)Part du 100 % Électrique (BEV)Part de l’Hybride / Thermique
MG Motor25 55022,6 % (5 775 ex.)77,4 % (19 775 ex.)
BYD22 66735,1 % (7 945 ex.)64,9 % (14 722 ex.)
Jaecoo9 6181,9 % (179 ex.)98,1 % (9 439 ex.)
Leapmotor5 90292,7 % (5 472 ex.)7,3 % (430 ex.)
XPeng5 513100,0 % (5 513 ex.)0,0 % (0 ex.)
Geely1 00240,3 % (404 ex.)59,7 % (598 ex.)
Omoda8200,0 % (0 ex.)100,0 % (820 ex.)

Les marques chinoises restent donc bien une menace pour le marché automobile traditionnel. Il faut néanmoins ranger au placard l’idée reçue selon laquelle la voiture électrique serait le principal cheval de Troie de cette « invasion ». Les chiffres sont sans équivoque : c’est sur les motorisations hybrides et thermiques que ces nouveaux constructeurs gagnent réellement du terrain. Et ce qui est dans les tuyaux pour 2027 pour les constructeurs concernés le confirme.

Leurs modèles électriques sont au mieux dans le ventre mou des immatriculations françaises ; au pire, certains affichent des volumes particulièrement anecdotiques. Une bonne partie d’entre eux atteint à peine un volume suffisant pour se faire remarquer sur les routes françaises.

Cet article existe grâce à

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !