Rien ne prédestinait Brian Chesky, Joe Gebbia et Nathan Blecharczyk à fonder Airbnb. Sauf le manque d'argent dans l'une des villes ayant le plus haut niveau de vie au monde.

Pour beaucoup d’entre vous, les vacances sont désormais en train de s’achever. Mais alors que la rentrée se profile, peut-être êtes-vous déjà en train de songer aux prochaines, malgré un contexte sanitaire qui oblige à adapter ses congés, compte tenu des incertitudes sur l’évolution de la pandémie, notamment à l’étranger.

La bonne nouvelle, c’est que ce ne sont pas les façons de se reposer qui manquent en France : hôtels, villages de vacances, camping, road trip, chambre d’hôtes, maisons de campagne… et bien sûr, le désormais inévitable Airbnb, qui permet de mettre en contact des vacanciers avec des particuliers désirant louer leur logement. Le site est d’ailleurs devenu si populaire qu’il est maintenant la bête noire de l’hôtellerie.

Pourtant, le succès de la plateforme de location — dont le nom figure d’ailleurs dans l’acronyme NATU, avec Netflix, Tesla et Uber, une nouvelle génération d’entreprises venant challenger les GAFA que sont Google, Amazon, Facebook et Apple — n’était pas acquis. D’ailleurs, les trois fondateurs, Brian Chesky, Joe Gebbia et Nathan Blecharczyk, n’avaient même pas le projet de proposer un tel service, à l’origine.

Des étudiants fauchés à San Francisco

C’est le coût de la vie à San Francisco qui a en quelque sorte été l’élément déclencheur — et qui fait que l’histoire de l’entreprise se reflète aujourd’hui en partie dans son nom. Personne n’ignore le fait qu’il est de plus en plus difficile de se loger en Californie, en particulier dans la baie de San Francisco, là où se trouve la Silicon Valley. Et cela, même pour du personnel parfois très bien payé.

C’est ce que racontait Brian Chesky en 2015, dans des propos retranscrits sur Medium : « à l’époque, j’avais 1 000 dollars sur mon compte en banque et je suis allé à San Francisco, c’était en 2007. En arrivant, j’avais appris que ma part de loyer pour l’endroit où nous étions était de 1 200 donc, donc je n’avais littéralement pas assez pour payer le loyer ».

Or au même moment, Brian Chesky a eu vent d’une conférence internationale sur le design qui se déroulait dans la ville, mais la page de l’évènement indiquait également que tous les hôtels des environs étaient complets. C’est là que lui et son colocataire Joe Gebbia ont eu l’idée de proposer une solution d’hébergement pour leur assurer une rentrée d’argent et ainsi garder leur logement, tout en dépannant des designers.

Brian Chesky
Brian Chesky // Source : Stuart Isett

Voilà pour la théorie. En pratique, les deux hommes n’avaient aucun lit disponible pour leurs « clients ». Par contre, ils avaient trois matelas gonflables (« air matress », en anglais). Pas le top du confort, c’est vrai, mais suffisant pour que trois personnes acceptent d’être hébergées dans ces conditions un peu sommaires. C’est de cette façon que l’idée d’Airbnb a germé dans la tête des deux camarades.

« À l’époque, nous avons pensé que c’était une façon cool et amusante de gagner un peu d’argent. Pendant que ces trois personnes vivaient avec nous, nous avions réalisé que l’arc normal d’une amitié qui prend des années à se construire prenait maintenant quelques jours lorsque les gens vivaient avec vous dans votre maison », ajoutait Brian Chesky. La preuve : l’intéressé confiait à l’époque avoir été invité au mariage d’un de ses touristes, tandis qu’un autre a complètement changé d’orientation professionnelle à la suite de son séjour — et l’on ne parle pas des trois fondateurs eux-mêmes, dont la trajectoire a pris un tout autre tournant.

À l’époque, Brian Chesky et Joe Gebbia — Nathan Blecharczyk les rejoindra plus tard, en 2008, quand le projet se professionnalisera — ont eu l’idée de monter un site pour pérenniser le concept. Son nom ? Air bed and breakfast. Il s’agit en fait d’un jeu de mots entre un lit gonflable ou pneumatique (« air bed ») et la notion de chambre d’hôtes, qui se dit « bed and breakfast » en anglais — lit et petit-déjeuner, littéralement.

« Nous n’avons pas eu l’intuition que Air Bed and Breakfast allait être énorme. En fait, nous avons commencé à construire un produit différent — un outil de recherche de colocataires », confiait Brian Chesky. « Nous y avons travaillé pendant 4 mois, puis nous avons réalisé que roommates.com avait déjà mis en place ce service. Je n’arrivais pas à croire le temps que nous avons perdu à ce sujet avant de vérifier l’URL roommates.com. »

«  Je ne voulais pas dire que j’étais au chômage, alors j’ai dit que j’étais entrepreneur »

L’intéressé raconte que c’est lors d’un réveillon en famille que l’idée de la plateforme de location s’est un peu plus précisée. «  Lorsque je suis rentré chez moi pour Noël, mes parents m’ont demandé ce que je faisais – je ne voulais pas dire que j’étais au chômage, alors j’ai dit que j’étais entrepreneur. C’est alors que j’ai appris qu’être entrepreneur et être au chômage, c’est juste une différence de mentalité. »

Et quant ses parents lui ont demandé sur quoi il travaillait précisément, il a évoqué Air bed and breakfast.

Ce site était joignable à l’adresse airbedandbreakfast.com. Aujourd’hui, les traces de ce passé sont encore visibles en remontant le temps avec Internet Archive. Depuis 2009, l’adresse a été optimisée pour la rendre plus pratique à utiliser et plus simple à retenir : le « bed and breakfast » est devenu « BnB », qui est l’une des manières de le raccourcir, avec B&B. Quant au « Air », il est resté.

Le nom n’est pas la seule chose qui a évolué au fil du temps. Les prestations se sont aussi améliorées, à mesure que la plateforme de location a grandi. Les matelas gonflables ont pour ainsi dire disparu et les particuliers qui mettent leur logement en location prennent soin de proposer un vrai lit pour dormir — car il faut dire que le succès des locations meublées sur le site dépend aussi de la note laissée par les clients.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo