Au-delà de son aspect spectaculaire, le Flyboard Air montré lors du défilé, ce 14 juillet 2019, est-il un outil crédible pour une utilisation opérationnelle par l'armée ? Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine de l'armée terrestre, estime que oui.

Les célébrations du 14 juillet ont pris un tournant futuriste, en 2019. Parmi les innovations mises en avant, la démonstration de l’inventeur Franky Zapata sur son Flyboard air (un hoverboard volant) a été particulièrement remarquée.

Cette technologie était là pour le spectacle et n’est pas encore utilisée par l’armée française, même si son financement a été accompagné par l’armée. Mais est-elle un accessoire militaire crédible pour l’armée du futur ? Pour répondre à cette question, Numerama a interrogé Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine de l’armée terrestre, stratégiste et historien militaire. Quand il regarde le Flyboard Air, il y trouve immédiatement des applications concrètes sur les champs de bataille.

Franky Zappata a survolé la Concorde sur son Flyboard Air, lors du défilé, ce 14 juillet 2019. // Source : Capture vidéo Twitter @EmmanuelMacron

Des combats en trois dimensions

La capacité à aller en hauteur ouvre un nouveau champ des possibles, «  une troisième dimension  ». Un engin comme le Flyboard Air apporte un peu plus de mobilité sur le terrain. Selon Michel Goya, il peut bel et bien s’avérer utile pour « occuper une position, contourner un ennemi, intervenir très rapidement sur un point, aller sur un toit… Et s’il n’y a pas de danger particulier, cela peut être un moyen de ravitaillement dans des endroits habituellement inaccessibles. »

La zone idéale pour l’utilisation d’un hoverboard volant serait la ville. Ce constat est inhérent au principe de hauteur. Puisque cela permet d’entrer dans une troisième dimension, il faut un contexte lui-même en trois dimensions, notamment pour pouvoir «  se protéger rapidement  ».

Le problème de la vulnérabilité

Quand l’on voit la vidéo de Franky Zapata, on ne peut s’empêcher de penser à la vulnérabilité de l’objet (et de celui ou celle qui le contrôle). Le Flyboard Air est très bruyant, il se remarque facilement. Mais, dans ce cas, « on peut l’utiliser dans un milieu qui est déjà bruyant. Sur un champ de bataille où cela tire de partout, le bruit à moins d’importance  », nuance Michel Goya.

Son manque de discrétion ne l’empêche pas d’être adéquat pour « franchir des obstacles comme des cours d’eau et des séries de bâtiments  », ce qui peut s’avérer être un atout précieux durant une infiltration.

La vulnérabilité reste un problème de taille qui doit être pris en compte. Michel Goya compare le Flyboard Air aux ULM (planeur ultra-léger motorisé) et aux hélicoptères. «  On utilise moins les hélicoptères de nos jours, car ils sont vulnérables. On fait appel à eux pour pénétrer dans un milieu très défendu. Là, ce sera pareil.  »

Reste à savoir si l’armée voudra vraiment utiliser cet engin. Beaucoup de critères sont à prendre en compte, dont le rapport coûts / avantages. «  Par rapport aux missions à remplir, si grâce à cet engin on peut mieux réussir la mission avec moins de risques, ce sera utilisé ; mais si on peut faire tout aussi bien autrement et avec moins de risques, il sera oublié.  » Et même si l’armée décide de l’utiliser, il faudra que le Flyboard Air fasse ses preuves sur le terrain, que personne ne soit tué lors de ses premières utilisations.

Michel Goya tient à conclure en rappelant que la volonté de créer ce type d’outils pour l’armée n’est pas nouvelle : «  Le 14 juillet, c’est aussi un show. Les engins comme celui-ci, de vol individuel, on cherche à en faire depuis les années 1950. C’est un vieux rêve qui n’a jamais marché pour l’instant ».

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