Une équipe du CNRS et des médecins de l’Association internationale des fédérations d'athlétisme ont imaginé un algorithme qui permet de repérer des écarts anormaux dans les performances des athlètes. Ces écarts pourraient être le signe d'un dopage.

Dans le sport de haut niveau, la chasse au dopage s’apparente au jeu du chat et de la souris. L’état de santé des athlètes n’est pas le seul sujet de préoccupation des instances chargées de contrer la triche sportive. Le matériel utilisé est aussi un enjeu. La preuve : en 2016, le Tour de France a introduit des caméras thermiques pour détecter un éventuel dopage mécanique.

Mais le contrôle des performances physiques et mentales à un instant t ainsi que la vérification des équipements ne constituent pas l’alpha et l’oméga de cette lutte. Une autre approche émerge : celle des algorithmes permettant de suivre les efforts des sportifs et des sportives dans le temps et de relever des écarts de mesure qui seraient un indice d’une potentielle amélioration artificielle.

Cette piste fait l’objet d’un article dans le journal du CNRS, paru le 5 décembre. Fruit d’une collaboration entre une équipe provenant de l’établissement de recherche et des médecins de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), le modèle informatique décèle des écarts dans les performances, en les comparant avec des banques de données retraçant plusieurs années de compétition.

Stade Rio Jeux
Le stade de Rio. // Source : Luciano Silva

Distinguer les écarts

La difficulté principale reste de distinguer ce qui relève de la contre-performance sportive, du record battu dans les règles de l’art, de la fatigue passagère et de la tricherie. Un athlète «  participe à plusieurs compétitions par an », rappelle Maria João Rendas, chargée de recherches CNRS au Laboratoire d’informatique, signaux et systèmes. Or, il n’aura pas les mêmes résultats à chaque fois.

« D’une épreuve à l’autre, les performances qu’il réalisera seront différentes. L’état de fatigue lié à l’avancée de la saison, la nature du terrain, la météo et d’autres facteurs, comme des événements survenus dans sa vie privée, vont introduire des variations », observe-t-elle. Il ne s’agit donc pas d’une preuve de culpabilité, mais cela peut aider à orienter une enquête anti-dopage.

D’après l’équipe conjointe, l’outil serait en mesure de « repérer, avec une forte probabilité, les évolutions anormales. » Il a été développé pour l’athlétisme (courses, sauts, lancers…), mais d’autres sports pourraient aussi être analysés de cette façon : c’est le cas de l’aviron ou de la natation. Le système est en train d’être évalués par l’IAAF et pourrait arriver dans les mains des unités antidopage, si les tests sont concluants.

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