De nombreuses « zones de vie » ont déjà été bouleversées au XXe siècle, mais ces changements pourraient devenir de plus en plus importants et larges au fil du XXIe siècle. Lorsque c'est trop rapide, la biodiversité est menacée.

La planète Terre est répartie en «  zones de vie », des écorégions qui partagent un même écosystème — température, taux d’humidité et de sécheresse similaires, biodiversité commune. Ainsi, les forêts tropicales, les forêts tempérées, les déserts ou les prairies correspondent à différentes « zones de vie ».

En combinant des données historiques des 180 dernières années et des projections climatiques sur le futur, une équipe de recherche a dressé une carte de l’évolution de ces zones au regard du changement climatique. Leurs travaux ont été publiés dans Global Climate Change cet automne.

Les « zones de vie » changent de plus en plus vite

Le résultat de ces travaux est une bonne illustration de l’expression, plus précise, de « dérèglement climatique » : à mesure que le climat de la Terre est modifié par les activités humaines, les écosystèmes sont perturbés. Une trentaine d’écorégions ont fait face à une modification significative de leur zone de vie durant le XXe siècle : 27 millions de kilomètres carrés, soit 18,3 % des terres, ont été bouleversés (réduction, expansion ou effondrement de l’écosystème). Et c’est exponentiel.

En se projetant en 2070, dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre resteraient les mêmes, les modélisations suggèrent que cela toucherait 62 millions de kilomètres carrés supplémentaires dans les prochaines décennies. Cela signifie qu’à cet horizon, 42,6 % des terres auraient subi une modification significative de leur écosystème. « La comparaison des distributions des zones de vie actuelles et futures montre que le rythme des changements de zones de vie s’accélère rapidement au XXIe siècle », peut-on lire dans l’étude.

Sur cette carte comparative, on peut observer les bouleversements. En haut, ce sont les modifications déjà présentes dans les zones de vie lors du siècle passé. Au milieu et en bas, les modifications potentielles, selon que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est faible ou élevée.

Les couleurs et leur étendue correspondent aux changements subis par les « zones de vie ». // Source : Global Change Biology, 2021

Ces changements risquent d’être parfois trop rapides pour que les espèces puissent s’adapter à temps, ce qui constitue donc une menace pour la biodiversité. « À condition qu’une extinction locale ne s’y produise pas en raison de facteurs non climatiques, les zones de vie stables sont les endroits où la biodiversité a le plus de chances de persister, de s’adapter, voire de se reproduire », écrivent les auteurs de l’étude.

Il est donc crucial, selon eux, d’adapter les stratégies de conservation dans le but bien précis de conserver la stabilité de ces larges écosystèmes. Certaines zones de vie sont particulièrement soumises à ces changements rapides, comme les forêts tropicales de Bornéo ou les forêts pluviales de montagne des Ghats occidentaux du Sud, où l’on observe une métamorphose de 50 % de l’écosystème. « Les politiques et les pratiques qui ne sont pas adaptées aux changements des zones de vie risquent de mal répartir leurs ressources déjà limitées et de ne pas atteindre les objectifs de conservation de la biodiversité et de développement durable  », conclut l’étude.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo