Des documents fuités montrent quel type de lobbying a subi le rapport du GIEC 2021, mais aussi que les scientifiques à l'origine du rapport ne se sont pas laissés influencer. Le contenu du lobbying de la part de plusieurs États est toutefois inquiétant à l'approche de la COP26.

Dans un article publié ce 21 octobre 2021, la BBC révèle avoir eu un accès à un certain nombre de documents fuités montrant que plusieurs pays ont tenté de changer (sans succès) le contenu du dernier rapport du GIEC publié cet été 2021.

Ce rapport est publié tous les 5-6 ans et pose des bases déterminantes aux actions contre l’urgence climatique. Le problème est d’autant plus significatif que la COP26 arrive dans quelques jours — cette conférence sur le changement climatique est attendue au tournant.

Les commentaires demandent diverses suppressions

La BBC liste un certain nombre d’exemples, notamment des demandes de suppressions de passages. Le rapport final du GIEC indique que « les régimes à base de plantes peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 50 % par rapport au régime occidental moyen à forte intensité d’émissions ». Le Brésil et l’Argentine, deux pays leaders dans la production de viande bovine, se sont opposés dans leurs commentaires aux preuves contenues dans le projet soutenant ce constat.

Les deux pays ont demandé aux auteurs de « supprimer ou de modifier certains passages du texte faisant référence aux ‘régimes à base de plantes’ comme jouant un rôle dans la lutte contre le changement climatique, ou décrivant le bœuf comme un aliment ‘à forte teneur en carbone’ », explique la BBC. L’Argentine a aussi demandé que soient supprimées les références aux taxes sur la viande et celle à la campagne Meatless Monday (qui incite à renoncer à la viande pendant tout un lundi).

Le rapport met l’accent sur la nécessité d’une urgence à l’action rapide et immédiate. // Source : GIEC, ONU

On découvre également dans les documents qu’un haut responsable du gouvernement australien a demandé la suppression d’une conclusion du rapport disant que la fermeture des centrales électriques au charbon est nécessaire. Pourtant, la fin de l’utilisation du charbon fait partie des objectifs officiels de la COP26. Le haut responsable souhaitait aussi la suppression d’une référence à l’influence des lobbys pétroliers sur la politique climatique américaine et australienne.

Toujours parmi les demandes de suppression, un conseiller du ministère saoudien du pétrole a demandé à ce que des tournures de phrases telles que « la nécessité d’actions d’atténuation urgentes et accélérées à toutes les échelles » soient « éliminées du rapport » (cela n’a pas été le cas).

Dans le rapport, les scientifiques constatent que les outils de capture du CO2 pourront certes jouer un rôle contre le changement climatique, mais que leur impact potentiel sur le réchauffement reste imprécis. Des pays comme la Norvège, ou encore l’OPEC (Organization of the Petroleum Exporting Countries), souhaitaient que le rapport valorise davantage ces outils.

« « Il n’y a absolument aucune pression sur les scientifiques pour accepter les commentaires »

Les documents fuités intègrent ainsi 32 000 commentaires, envoyés aux membres du GIEC, par des gouvernements, des entreprises et d’autres parties. En soi, ce processus est normal, car la réception de commentaires provenant de tous horizons fait partie de la conception du rapport du GIEC. Mais le résultat final relève d’une évaluation scientifique rigoureuse. Corinne le Quéré, qui a participé à la rédaction de plusieurs rapports du GIEC, a rappelé à la BBC que l’équipe de chercheurs et de chercheuses restait hermétique au lobbying : « Il n’y a absolument aucune pression sur les scientifiques pour accepter les commentaires. Si les commentaires relèvent du lobbying, s’ils ne sont pas justifiés par la science, ils ne seront pas intégrés dans les rapports du GIEC. »

D’ailleurs, en lisant le rapport final, on constatera aisément que les commentaires de freinage n’ont pas été intégrés — les auteurs et autrices du rapport évoquent toute une série de solutions fortes et insistent sur le besoin d’une action immédiate, rapide.

Mais une part de ces soumissions démontrent en revanche, par leur existence même, une volonté de lobbying de la part de certaines entités, étatiques notamment, et un lobbying visant concrètement à freiner les actions climatiques pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre.

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