Une étude relie les risques d'épidémie du virus Ebola avec à la fois le changement climatique et la pauvreté. Même si elle peut inquiéter, elle fournit surtout des simulations offrant des clés pour mieux contenir et empêcher de telles pandémies.

Le virus Ebola est l’un des plus dangereux virus au monde. Depuis qu’il sévit de nouveau au Congo, 2 000 personnes en sont mortes. Trouver un vaccin est un combat qui met la recherche médicale à rude épreuve, tout comme concevoir un traitement réellement efficace (même si deux médicaments prometteurs viennent de remplacer les précédents). Une étude publiée ce mardi 15 octobre 2019 dans Nature Communication alerte sur la possible multiplication de ce type d’épidémies à mesure que le changement climatique s’accentue… ainsi que la pauvreté.

Le changement climatique a des conséquences sur la santé humaine et continuera à en avoir toujours davantage, si l’on en croit l’Organisation mondiale de la santé. Le réchauffement augmente en effet les potentialités de transmission de maladies infectieuses. Le virus Ebola n’échappe pas à ce modèle, selon cette nouvelle étude.

Un checkpoint médical lors de l’épidémie d’Ebola de 2014, ici en Sierra Leone. // Source : Flickr/CC/ Medici con l’Africa Cuamm

Le taux de transmission pourrait bondir d’ici 2070

L’étude se projette en 2070 et, d’après les estimations, le taux de transmission de l’animal vers l’être humain pourrait être multiplié par deux d’ici cette date. Davantage de zones pourraient ainsi être touchées en Afrique, dans des régions jusqu’alors préservées, et à une fréquence bien plus élevée. Les hôtes présumés du virus Ebola (par exemple certaines espèces de chauves-souris, certains singes…) sont plus adaptés aux conditions chaudes et humides. « Cette expansion des conditions optimales pour la faune présumée comme hôte augmente effectivement la population humaine en péril, en incluant davantage de zones au nord, à l’est et au sud de l’Afrique », indique l’étude.

Ce n’est pas qu’une question de températures qui s’élèvent : le changement climatique entraîne paradoxalement davantage de pluies. Ainsi, pour les espèces de chauves-souris qui sont friandes de fruits, il y a davantage de fruits à leur disposition : elles en consomment davantage, leur reproduction s’accroît, or plus leur population est élevée plus elles peuvent transmettre le virus à d’autres animaux et, in fine, aux humains.

Un risque haut d’importation de la maladie en Chine, en Russie, en Inde, aux États-Unis et dans certains pays européens

Le changement climatique mondial combiné aux routes aériennes, les scénarios développés par les chercheurs montrent un risque haut d’importation de la maladie en Chine, en Russie, en Inde, aux États-Unis et dans certains pays européens. La superficie maximale pouvant être potentiellement touchée par Ebola augmenterait un peu plus chaque année.

Combattre la pauvreté est tout aussi important

Les chercheurs précisent que la pauvreté est un facteur tout aussi important que le changement climatique, si ce n’est plus encore. « Ce n’est pas surprenant, car la réduction de la pauvreté accroît la réponse présumée des soins de santé dans nos simulations », et inversement. Or, d’après leurs analyses, de nombreuses régions endémiques pourraient connaître une baisse de la pauvreté d’ici 2070, ce qui serait bon signe pour contrecarrer l’effet néfaste du réchauffement.

Avec un travail sur le climat et sur la pauvreté, le quota de zones où une épidémie d’Ebola pourrait survenir déclinerait de moitié.

Globalement, les chercheurs indiquent que leurs simulations prouvent qu’il est nécessaire tout à la fois d’accroître le développement socioéconomique et d’atténuer les effets du changement climatique. Les solutions passeraient par exemple par la réduction du gaz à effet de serre et par des modèles économiques davantage soutenables — à la fois pour les populations et pour l’environnement. Avec un travail sur le climat et sur la pauvreté, l’effet entièrement inverse que celui précédemment évoqué se produirait : le quota de zones où une épidémie d’Ebola pourrait survenir déclinerait de moitié.

Alors, même si cette étude peut avoir des versants inquiétants, précisons deux choses. Tout d’abord, elle repose sur des simulations statistiques, ce qui signifie qu’elle ne prend pas forcément tous les paramètres en compte : elle ne dit pas qu’il faut s’attendre à d’inéluctables pandémies d’Ebola, mais que les conditions de probabilité sont plus favorables. Ensuite, ces simulations permettent surtout d’avoir en main des scénarios types, ce qui les rend plus facilement évitables, puisque cela offre des clés sur comment éviter le pire.

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