Vous connaissez sans doute la célèbre phrase de Neil Armstrong : « C’est un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’humanité. » Mais vous êtes peut-être moins familier avec cette réplique : « Putain de merde, j’aime pas rester en orbite lunaire comme ça. » Elle a pourtant bien été prononcée lors de la mission Apollo 10, en mai 1969 : trois astronautes de la Nasa ont fait le tour de la Lune avant de revenir sur Terre, sans se poser sur notre satellite. Lors de cette répétition générale d’Apollo 11, leur module lunaire est quand même descendu jusqu’à environ 15 kilomètres de la surface.
Une mission qui s’est parfaitement déroulée mais qui a aussi vu bon nombre de grossièretés prononcées par les membres de l’équipage. L’exemple plus haut est signé Gene Cernan, pilote du module lunaire, mais on doit aussi à John Young, pilote du module de commande, « Je veux que tu regardes par cette foutue fenêtre », et au commandant Thomas Stafford, « Merde, est-ce qu’on a tout enregistré ? ».
« Son of a bitch »
La transcription complète des échanges durant la mission Apollo 10 est aujourd’hui disponible en ligne, et on y trouve des dizaines de bitch, damn, hell ou shit sur quelque 500 pages qui racontent cette épopée historique. De quoi égratigner un peu l’image d’Épinal des astronautes toujours calmes, respectueux et mesurés.
Les échanges d’Apollo 10 étaient en partie retransmis en direct en 1969. La mission a aussi envoyé les premières images en couleur depuis l’espace, et selon la Nasa, plus d’un milliard de personnes ont regardé au moins une partie de ces retransmissions.
Quand le module lunaire Snoopy s’est mis à tournoyer, juste après le largage de son étage de descente, Gene Cernan a lâché un célèbre « son of a bitch ». Il a dû s’en excuser en conférence de presse à son retour. Les astronautes de l’époque étaient avant tout des militaires, habitués à ce langage au quotidien. Autant de grossièretés n’avait donc rien de surprenant, mais cette ambiance de caserne ne plaisait pas à tout le monde.
Comme le raconte un article du Daily Mail, Larry Poland, président du Miami Bible College, avait même écrit au président Richard Nixon pour lui dire que de nombreuses personnes de son entourage avaient été très choquées par ce type de langage, jugé de « très mauvais goût ».
On soigne le langage
À l’époque, le langage de l’équipage avait été assez critiqué, même si les défenseurs des astronautes expliquaient qu’il était difficile d’en vouloir à des personnes en situation de stress à des centaines de milliers de kilomètres de chez elles. Quoi qu’il en soit, le problème a été pris suffisamment au sérieux pour que la Nasa demande à l’équipage suivant de mieux se contrôler pendant son vol.
Apollo 11 devait, en juillet 1969, poser pour la première fois des astronautes sur la Lune. Pour l’occasion, la Nasa prévoyait une large couverture télévisée en direct. Michael Collins, Buzz Aldrin et Neil Armstrong allaient avoir des centaines de millions de téléspectateurs les yeux rivés sur eux. Environ 600 millions de personnes ont suivi en direct les premiers pas sur la Lune, soit un cinquième de la population mondiale de l’époque.
La mission comptait aussi de nombreuses opérations délicates, autant de moments de stress propices à un juron involontaire.

La consigne de la Nasa semble avoir porté ses fruits, car lorsque l’on consulte la transcription d’Apollo 11, le nombre de grossièretés a été largement revu à la baisse. À peine un petit « damn good » ou un gentillet « jerking around ». Au total, moins de quinze gros mots selon un décompte de l’Orlando Sentinel, pour la plupart de Michael Collins (Buzz Aldrin n’en a prononcé qu’un, Neil Armstrong aucun), contre plus de 200 pour Apollo 10.
La leçon semble d’ailleurs avoir été retenue, puisque les missions lunaires suivantes ont aussi été très peu vulgaires, à quelques dérapages près. Le plus connu date d’avril 1972, sur Apollo 16.
Dans le module lunaire posé sur la Lune, John Young, déjà pilote du module de commande d’Apollo 10, a pesté contre le jus d’orange enrichi en potassium qui lui donnait des flatulences, sans savoir que son micro était resté ouvert. Le centre de contrôle a tout entendu, et la presse a repris l’histoire.
Même Apollo 13 et son déroulé pourtant désastreux n’a pas été l’occasion de prononcer beaucoup de gros mots. En avril 2026, la très suivie mission Artemis II n’a suscité aucune polémique de ce genre et les astronautes sont restés calmes tout au long de leur voyage.
Le prochain séjour sur la Lune, que la Nasa vise pour 2028 avec la mission Artemis IV, sera-t-il l’occasion de quelques écarts de langage ?
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