L’US Space Force va installer un laser anti-drones à Cap Canaveral, la base de Floride d’où décollent les fusées de SpaceX, United Launch Alliance ou Blue Origin. Le modèle et la date de mise en service n’ont pas été communiqués.

C’est une nécessité dictée par les besoins du terrain. Pour protéger les activités spatiales de Cap Canaveral, l’US Space Force va ajouter des lasers anti-drones à ses défenses. Ils serviront à brûler tout drone qui pénétrerait dans le périmètre interdit, qu’il soit piloté par un simple curieux ou dans un but hostile.

La piste a été confirmée dans les colonnes de Florida Today par le colonel Brian Chatman qui commande le Space Launch Delta 45, l’unité de l’US Space Force chargée des lancements depuis la côte est des États-Unis. En revanche, le secret demeure sur le type de modèle de laser qui sera utilisé ainsi que sur le calendrier de déploiement, rapporte The War Zone.

Cap Canaveral est déjà protégé par des moyens militaires classiques, mais aussi par des brouilleurs radio, qui coupent le lien entre le drone et son pilote. Or, ces brouilleurs peuvent aussi perturber les activités de la base et endommager les engins spatiaux.

« Si vous commencez à émettre une grande quantité d’énergie radio, vous risquez de rencontrer des problèmes. Ce n’est pas ce que vous souhaitez »

Colonel Brian Chatman

« Si vous commencez à émettre une grande quantité d’énergie radio, vous risquez de rencontrer des problèmes. Ce n’est pas ce que vous souhaitez », a déclaré l’intéressé au quotidien local. D’où l’idée d’installer des systèmes à énergie dirigée, à savoir les lasers, en complément des brouilleurs, dont l’installation a commencé l’hiver dernier.

Pourquoi autant de précautions ? Parce que Cap Canaveral est une base stratégique pour les États-Unis : elle accueille notamment les lancements de SpaceX, United Launch Alliance et Blue Origin. On trouve en particulier des tirs au profit de la puissance américaine, à la fois militaire (avec des satellites de renseignement) ou civil (comme le réseau Starlink).

Cap Canaveral
Cap Canaveral // Source : Bill Ingalls

La cadence de tirs s’emballe. Selon l’US Space Force, l’Eastern Range (Cap Canaveral et le centre spatial Kennedy voisin) a enregistré 109 tirs orbitaux en 2025, contre 11 en 2009. Brian Chatman s’attend même à 300 à 400 lancements par an d’ici cinq ans.

La base est en outre vaste (environ 65 km²), peu peuplée et ouverte, avec une longue façade sur l’Atlantique : autant de voies d’approche possibles pour un drone. Enfin, sur le pas de tir, une fusée est un grand tube rempli d’explosifs, surmonté d’une charge utile qui a pu coûter des milliards et des années de travail.

Les intrusions existent déjà. Le 18 septembre, un touriste chinois a plaidé coupable devant un tribunal fédéral d’Orlando de violation de l’espace aérien de défense nationale, un délit passible d’un an de prison et de 100 000 dollars (environ 85 000 euros) d’amende. Le 25 juillet, il avait fait voler un drone au-dessus du centre spatial Kennedy de la NASA, voisin de la base, en filmant les installations ; l’engin est passé à environ 2,5 km du pas de tir 39B, d’où doit partir la prochaine mission habitée vers la Lune, en 2028.

Comment le centre spatial guyanais est-il protégé ?

Le centre spatial guyanais, principale base de lancement européenne, fait face à peu près aux mêmes problèmes que Cap Canaveral. Installé à Kourou, en Guyane, le site est lui aussi protégé en permanence par l’armée.

Il n’y a pas, à ce stade, de laser anti-drones autour du centre. À la place, l’armée mobilise les légionnaires du 3e régiment étranger d’infanterie tout autour de la base, ainsi que des hélicoptères et des patrouilleurs en mer. Les lieux sont aussi protégés par des systèmes Mistral pour tirer des missiles sol-air à très courte portée et des fusils brouilleurs anti-drones.

Cette bulle de protection, qui entre dans le cadre de l’opération Titan, peut être ponctuellement renforcée lors des lancements les plus sensibles – en particulier les tirs stratégiques au profit de l’armée. Dans ce cas, l’opération Bubo ajoute un détachement d’avions Rafale, épaulé par un avion ravitailleur et un avion radar.

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