À quoi peut-on voir que la guerre évolue ? À ce qu’il se passe sur le champ de bataille, d’une part, et à la manière dont les armées s’organisent, d’autre part. Dans cette deuxième catégorie, une décision très concrète vient d’être annoncée : les drones américains, et plus généralement les systèmes autonomes, vont avoir leur propre commandement, si le Congrès donne son feu vert.
Ce mercredi 30 septembre 2026, sur la base des Marines de Quantico, en Virginie, Pete Hegseth a annoncé la création de l’Autonomous Warfare Command, surnommé AUTOWARCOM. Il s’agit de la première des six annonces faites ce jour-là par le secrétaire à la Guerre, titre que l’administration Trump donne au secrétaire à la Défense depuis 2025.
Le mémorandum signé par Pete Hegseth le même jour fixe son lancement au 1er octobre 2027, dans un an presque jour pour jour. Il sera dirigé par un général à quatre étoiles, le plus haut grade en temps de paix dans l’armée américaine, et aura la responsabilité des drones, robots et systèmes autonomes dans toutes les branches armées, avec ses propres effectifs, son propre budget et le pouvoir d’acheter son matériel.
Avant l’AUTOWARCOM, d’autres commandements ont été créés au cours des vingt dernières années, et ils montrent l’évolution de la guerre. On peut citer le Cyber Command (USCYBERCOM), créé en 2009 et devenu un commandement à part entière en 2018, pour l’informatique et le cyber, ou encore le Space Command (USSPACECOM), recréé en 2019 pour les activités spatiales, le dernier en date.


Pourquoi un commandement de plus ? Dans son discours, Hegseth estime que « le rythme de la guerre évolue plus vite que le processus destiné à la soutenir ». À ce titre, les enseignements du front russo-ukrainien montrent que se reposer sur des armes chères et produites en petit nombre, une philosophie suivie par l’Amérique depuis des années, ne tient plus.
Ou plutôt, ne suffit plus. Le secrétaire veut aussi des drones produits en masse, assez bon marché pour être perdus au combat, et qui coûtent plus cher à l’adversaire à abattre qu’aux Américains à fabriquer. Des drones qui en outre peuvent évoluer rapidement : l’avantage revient en effet à l’armée qui s’adapte le plus vite, a-t-il fait observer.
Un an de rodage sous le nom d’Azincourt
En attendant le feu vert du Congrès, le Pentagone lance le projet Agincourt, Azincourt en français. Le nom renvoie à la bataille de 1415 où les archers anglais ont décimé la chevalerie française. Le projet est confié au DRPM-UxS, un bureau créé fin juin 2026 pour regrouper sous un responsable tous les programmes de drones du Pentagone.
Agincourt doit tester ce que Hegseth appelle l’« acquisition de combat ». Militaires, ingénieurs et entreprises travaillent en cycles courts, et les décisions comme l’argent descendent au plus près des unités sur le terrain. Les systèmes seront testés en exercice ou au combat quand c’est possible, et seuls ceux qui font leurs preuves seront produits en masse.
Deux hommes pilotent le projet. Owen West, ancien Marine passé par Goldman Sachs, dirigeait la Defense Innovation Unit (DIU), l’agence du Pentagone qui achète des technologies aux start-up. Il l’a quittée pour prendre la tête du DRPM-UxS. Max Strasiser, sous-officier des Navy SEAL, a conçu des systèmes robotiques en opération. Il est aussi le premier SEAL non officier diplômé de l’école des pilotes d’essai de la Navy.

En parallèle, Pete Hegseth a lancé le projet Meridian, une étude de 120 jours sur les armes dont l’armée américaine aura besoin dans les prochaines décennies. Elle est codirigée par Elon Musk, patron de SpaceX, Palmer Luckey, cofondateur d’Anduril, et Newt Gingrich, ancien président républicain de la Chambre des représentants.
Ces trois nominations ne passent pas auprès de tout le monde. SpaceX et Anduril ont déjà des contrats de plusieurs milliards de dollars avec le Pentagone, rappelle CNBC. Musk et Luckey vont donc aider à définir les besoins d’un ministère auquel leurs entreprises vendent déjà, au risque de recommander leurs propres technologies. Par ailleurs, aucun des trois n’a servi dans l’armée.
À ce stade, l’AUTOWARCOM n’a encore ni commandant (Pete Hegseth a seulement promis qu’un général quatre étoiles serait nommé « bientôt »), ni budget, ni effectifs. Le mémorandum donne déjà 30 jours au DRPM-UxS, soit jusqu’à fin octobre, pour remettre son plan d’action et son calendrier, avec l’appui du chef d’état-major interarmées, le plus haut gradé américain.
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