Le renseignement militaire américain a publié une image haute résolution de l’avion spatial réutilisable chinois, prise en orbite en 2024 par un satellite commercial. Elle confirme que l’engin ressemble de très près au X-37B de l’US Space Force.

Le cliché circulait depuis deux ans sans que personne ne puisse affirmer avec certitude ce qu’il montrait.

En 2024, le colonel John Patrick, alors à la tête des forces spatiales américaines en Corée du Sud, présentait lors d’une conférence une version en très basse résolution d’une photo prise par un satellite d’observation américain, sans qu’il soit possible de savoir s’il s’agissait d’un engin chinois ou d’un X-37B, le petit avion spatial sans pilote de l’US Space Force dont les missions restent en grande partie classifiées.

Le 26 octobre 2026, la Defense Intelligence Agency (DIA), le renseignement militaire du Pentagone, a levé le doute en publiant cette même image en haute résolution dans son rapport non classifié Challenges to Security in Space, consacré aux ambitions spatiales de la Chine, de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord.

Le cliché, pris le 28 mai 2024 par le satellite WorldView-3, à un peu moins de 90 kilomètres de sa cible, montre un avion spatial sans pilote, sorte de navette miniature qui décolle sous la coiffe d’une fusée et qui fonctionne comme un satellite une fois en orbite. Et cette fois, c’est acté, l’engin est bien chinois.

Un quasi-jumeau du X-37B

Les ressemblances avec l’équivalent américain sont frappantes. Le média spécialisé The War Zone note que l’avion spatial chinois possède de petites ailes delta, une double dérive verticale et des portes de soute qui s’ouvrent vers le haut, visibles ouvertes sur l’image. Le média distingue aussi sous le fuselage des logements qui semblent abriter un train d’atterrissage tricycle, la même configuration que sur le X-37B.

Le site Ars Technica relève de son côté le bouclier thermique sombre et le module de service arrière équipé de panneaux solaires. Selon The Aviationist, ce module fournit l’énergie et la propulsion pendant la mission puis se détache avant la rentrée atmosphérique, exactement comme sur l’appareil américain.

The War Zone note toutefois que les ailes chinoises sont beaucoup plus profondes que celles du X-37B. Vantor, l’entreprise qui détient le satellite ayant pris le cliché, a également indiqué au média qu’un satellite distinct était amarré à l’arrière du véhicule au moment de la prise de vue.

Des missions toujours entourées de mystère

Si le cliché intrigue autant, c’est que le modèle américain, le X-37B, reste lui-même largement mystérieux. Officiellement, l’avion de l’US Space Force sert à tester des technologies spatiales et à ramener sur Terre des expériences menées en orbite, ce qu’aucun satellite classique ne peut faire. Mais ses missions, très longues et en grande partie classifiées, alimentent les soupçons d’espionnage ou d’usage militaire, sans que rien n’ait jamais été confirmé. Reste donc à savoir ce que la Chine fait d’un engin du même acabit.

Selon The Aviationist, depuis septembre 2020, la Chine a mené quatre missions avec cet engin. La première a duré deux jours, la deuxième 276 jours et la troisième 268 jours, jusqu’en septembre 2024, ce qui situe la photo pendant ce vol. La quatrième, lancée le 7 février 2026, est toujours en cours. Lors de la deuxième mission, l’avion spatial a manœuvré aux côtés d’un satellite compagnon, jusqu’à moins de 100 mètres de distance, d’après la DIA. Cette année, il a largué puis récupéré un sous-satellite à deux reprises, selon l’astrophysicien Jonathan McDowell cité par Ars Technica.

Pékin assurait en 2022, par la voix de l’agence officielle Xinhua, que ces vols servaient à tester des technologies réutilisables et de service en orbite au profit d’un usage pacifique de l’espace. La DIA ne se prononce pas sur le rôle militaire de l’engin, mais souligne que la manœuvrabilité des avions spatiaux les rend « plus adaptés à certaines missions que les satellites traditionnels ». Les capacités de capture observées pourraient aussi bien servir à inspecter ou réparer des satellites qu’à perturber ceux d’un adversaire, relève The Aviationist.

Le même rapport estime d’ailleurs que la Chine pourrait déployer des armes laser dans l’espace d’ici la fin de la décennie. Sur ce volet, Washington n’est pas en reste, puisque le secrétaire à l’Air Force Troy Meink a reconnu le mois dernier que le Pentagone avait déjà déployé des armes en orbite.

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