Dans le secteur spatial, les retards des programmes se comptent souvent en années. Mais le contraire advient aussi de temps en temps, pour le plus grand plaisir de l’agence spatiale américaine (Nasa). Son nouveau grand observatoire astronomique, le télescope spatial Nancy Grace Roman, est prêt à décoller, avec huit mois d’avance sur le planning prévu.
Ainsi, après une ultime revue d’aptitude au vol, le feu vert a été donné, a-t-il été précisé dans un point d’étape le 21 août. Maintenant, le télescope doit être emballé avec soin dans la coiffe de la fusée chargée de l’envoyer dans l’espace. L’observatoire doit également faire route en direction du mythique pas de tir 39A, à Cap Canaveral, en Floride, pour le grand jour.
Il s’agit clairement de l’un des décollages les plus importants de la décennie pour l’astrophysique, et il est à suivre en direct.
Le lancement du télescope Roman en résumé
- Quand ? Le dimanche 30 août 2026. La fenêtre de tir s’ouvre à 7h26 sur la côte est des États-Unis, ce qui correspond à 13h26 (heure de Paris).
- Où ? Directement sur le lecteur vidéo YouTube de la NASA intégré ci-dessous, ou sur les canaux de diffusion de SpaceX.
- Quoi ? L’envoi du télescope spatial Roman à bord d’une fusée lourde Falcon Heavy, depuis le centre spatial Kennedy en Floride.
Une fusée colossale pour un lointain voyage
Pour propulser ce bijou technologique qui fera le bonheur des astronomes, c’est la fusée Falcon Heavy de SpaceX qui est mobilisée. Ce lanceur, qui vole beaucoup plus rarement que la Falcon 9, est en fait un engin hybridé : un corps central de Falcon 9 flanqué de deux propulseurs latéraux qui sont issus de cette même famille.
Ces deux boosters permettent ainsi à SpaceX de pouvoir pousser plus lourd et plus fort. Une puissance qui ne sera pas de trop ; d’une part, le télescope Roman avoisine les 10 tonnes avec son carburant. D’autre part, il ne va pas rester à tourner en orbite basse autour de la Terre, à quelques centaines de km du plancher des vaches.
Tout comme le télescope spatial James Webb, il doit rallier une zone bien précise de l’espace : le point de Lagrange L2. C’est une région d’équilibre gravitationnel très stable située à 1,5 million de kilomètres de la planète bleue. Cette distance, qui équivaut à quatre fois la distance Terre-Lune, rend obligatoire une capacité de poussée autonome.
Un champ de vision 100 fois plus grand que celui de Hubble
Une fois arrivé à bon port, le télescope pourra enfin « ouvrir les yeux ». Son miroir principal mesure 2,4 mètres de diamètre, soit exactement la même taille que celui de Hubble, mais les progrès des matériaux l’ont rendu quatre fois plus léger (à peine 186 kg).
S’il observera l’Univers dans la lumière visible et le proche infrarouge avec une précision comparable à son illustre aîné, il possède un atout majeur : grâce à sa caméra infrarouge de 300 mégapixels, son champ de vision est au moins 100 fois plus large.

Cette capacité panoramique XXL va lui permettre de photographier des millions d’étoiles simultanément et de capter la lumière d’un milliard de galaxies au cours de sa vie opérationnelle. Une vue d’ensemble inédite qui doit servir trois grands objectifs :
Comprendre l’énergie noire et la matière noire : en cartographiant l’Univers à très grande échelle et en observant des milliers de supernovas lointaines, le télescope tentera de percer le mystère de ces composantes invisibles qui dictent l’expansion et la structure du cosmos.
Photographier des exoplanètes : Roman est équipé d’un coronographe dernier cri, un instrument qui bloque la lumière éblouissante des étoiles pour observer directement les planètes lointaines (même si elles sont un milliard de fois moins lumineuses que leur étoile), ainsi que les disques de poussière où de nouveaux mondes se forment.
Débusquer les étoiles à neutrons : grâce à sa sensibilité extrême et au phénomène de microlentille gravitationnelle (la lumière d’une étoile lointaine est déviée par un astre massif passant devant), il devrait repérer ces objets d’une densité folle, restes d’anciennes supernovas jusqu’ici très difficiles à observer.
Pourquoi ce nom de Nancy Grace Roman ?
L’observatoire a été nommé en l’honneur de Nancy Grace Roman, la première femme cadre de l’agence spatiale américaine — et qui a fini par gagner le surnom de « mère de Hubble » pour avoir beaucoup œuvré pour concrétiser ce programme. Elle est décédée le 25 décembre 2018 à l’âge de 93 ans.
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