Jared Isaacman est un patron de la NASA qui aime tweeter. Et il est aussi homme à donner de grands coups de pied dans la fourmilière. On l’a vu très récemment quand il a étrillé certains choix de l’agence spatiale américaine de ces vingt dernières années. En particulier, la fusée SLS et la station orbitale lunaire Gateway en ont pris pour leur grade.
C’est aussi un administrateur qui apporte souvent des explications dans des réactions envoyées directement aux internautes. C’est typiquement ce qu’il s’est passé le 9 août, après qu’un membre du réseau social X a questionné l’architecture du programme Artémis, notamment sa soutenabilité à long terme, pour assurer le retour durable des humains sur la Lune.

L’intéressé a d’abord reconfirmé, si cela était nécessaire, que le projet de station orbitale autour de la Lune a bien été suspendu indéfiniment — cette décision a été officialisée au cours du printemps. Par conséquent, l’orbite de halo presque rectiligne (NRHO) sur laquelle elle devait évoluer, et qui a une forme atypique, a aussi été délaissée.
Mais pas question de gaspiller l’existant déjà en cours de fabrication, malgré ce revirement. La NASA a l’intention de réorienter les éléments du Gateway les plus avancés pour leur donner une seconde vie. Il s’agit de les envoyer sur la Lune pour servir de démonstrateurs technologiques, tandis qu’Artémis va en parallèle retrouver des rails plus classiques.
Ainsi, outre des orbites plus classiques pour les futurs rendez-vous spatiaux avec des équipages, le nouveau plan de la NASA consiste à déployer une base lunaire durable à travers trois grandes phases. Celles-ci impliqueront, selon une présentation récente de l’agence, pas moins de 81 lancements de fusées et 73 alunissages.

La première étape doit notamment servir à essuyer les plâtres et servir de banc d’essai grandeur nature. Il n’y aura pas d’autonomie immédiate, mais le but sera de « chercher les réponses à ce qui est optimal et viable pour l’infrastructure, l’énergie, les communications et la mobilité » afin de bâtir les bonnes fondations sur lesquelles reposeront les phases suivantes.
C’est au cours de l’échange que le patron de la NASA a partagé sa vision de la place des astronautes dans toute cette architecture. Ainsi, s’il est clair que les humains seront présents sur la Lune via des déploiements au long cours (sur le modèle de la Station spatiale internationale, avec des séjours durant six mois), ce ne sera pas tout à fait comme du temps d’Apollo, à l’entendre.
Des robots en première ligne face aux « dangers extrêmes »
« Nous ne devrions mettre un humain dans une combinaison spatiale que lorsque c’est absolument nécessaire, compte tenu des dangers extrêmes », a prévenu le patron de l’agence. Comprendre : les sorties extravéhiculaires, au cours desquelles les astronautes enfilent des combinaisons et bondissent sur la Lune, seront vraisemblablement rares.
C’est une approche qui tranche nettement avec l’image classique que l’on a des astronautes sur la Lune, en train de prendre la pose devant un drapeau des États-Unis, de ramasser des échantillons ou de se balader en rover non loin de l’alunisseur. Il y aura sans doute des photos pour le prestige, mais les balades hors de la base seront donc limitées.

Cela peut se comprendre : l’abrasivité de la poussière lunaire (régolithe), les radiations, les températures extrêmes… les périls sur la Lune ne manquent pas. Sans parler de certains cratères profonds aux pentes très escarpées. La Lune est un environnement dangereux et, autant que possible, il convient de déléguer un maximum de tâches aux robots.
En creux, on comprend donc que les éventuels travaux de terrassement, le déploiement des panneaux solaires, l’aménagement de la base ou certains aspects de l’exploration devraient être laissés en priorité à des systèmes qui ne sont faits que de métal et de câble, pour préserver les organismes faits de chair et de sang.
Ou, pour le dire autrement, l’astronaute ne quittera son habitat que pour des interventions ciblées à très haute valeur ajoutée, ou hors de portée d’une machine. En tout cas, tant que les algorithmes, l’intelligence artificielle et la robotique n’auront pas atteint un degré d’autonomie, de capacité et de faculté suffisants pour traiter ces tâches.
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