Depuis que le chercheur de la Nasa Donald Kessler a décrit en 1978 le danger d’une réaction en chaîne de collisions en orbite, les spécialistes des débris spatiaux mettent en garde contre les risques liés à une trop grande population d’objets en orbite. Selon l’ESA, même sans aucun nouveau lancement, le nombre de débris en orbite basse continuerait d’augmenter, car les collisions entre objets déjà présents en créent de nouveaux.
Dans la version 2026 de son rapport annuel sur l’environnement spatial, publiée le 14 septembre et résumée sur son site, l’Agence spatiale européenne (ESA) confirme que ce scénario se rapproche, et plus tôt que ne le prévoyaient ses précédentes projections.
En route vers le syndrome de Kessler
L’ESA s’appuie sur plusieurs faits : le nombre et la taille des constellations de satellites continuent d’augmenter chaque année, et trop peu de satellites quittent les orbites encombrées une fois leur mission achevée, ce qui augmente la probabilité d’une collision.
Dans le détail, un peu plus de trois satellites ou étages de fusées intacts retombent en moyenne chaque jour pour brûler dans l’atmosphère, alors que dix nouvelles charges utiles sont lancées quotidiennement. Les constellations changent aussi nettement d’altitude d’une année sur l’autre, ce qui laisse de moins en moins d’orbites « dégagées » au-dessus de nos têtes.

À ce rythme, estime l’ESA, une cascade de collisions pourrait se déclencher au cours du siècle à venir et compromettre les activités spatiales. L’agence a même ramené l’horizon de ses simulations de 200 à 100 ans, tant l’environnement orbital évolue vite, et ses projections affichent des chiffres bien plus élevés que l’an dernier.
Ce scénario correspond au syndrome de Kessler. Au-delà d’un certain seuil, les débris spatiaux en orbite se percutent entre eux et créent de nouveaux fragments, qui provoquent à leur tour d’autres collisions. Cette réaction en chaîne finirait par rendre certaines orbites trop dangereuses, voire inutilisables, pour y placer des satellites.
Aller dans l’espace ne sera pas impossible, mais plus compliqué (et donc plus cher)
En septembre 2026, on compte près de 17 000 satellites actifs en orbite selon le décompte de l’astrophysicien Jonathan McDowell, dont environ 11 000 Starlink de SpaceX. Dans le même temps, Amazon en a lancé près de 400 pour sa constellation Leo (ex-Kuiper) tandis que les différentes constellations chinoises progressent.
Si ces tendances se prolongent, l’ESA projette que le nombre d’objets en orbite basse, satellites et débris confondus, passera d’environ 25 000 objets catalogués fin 2025 à plus de 400 000 objets de plus de 10 cm dans un siècle, avec environ 1 750 collisions destructrices cumulées. L’agence rappelle que cette extrapolation repose sur de nombreuses hypothèses.
Ces projections ne tiennent compte que des activités passées et en cours. Elles laissent donc de côté les projets de centres de données spatiaux. SpaceX a, à lui seul, demandé fin janvier 2026 au régulateur américain des télécoms (FCC) l’autorisation d’en lancer jusqu’à un million. L’ESA reconnaît d’ailleurs que son scénario pourrait s’améliorer nettement, ou se dégrader encore, selon la façon dont les opérateurs se comporteront dans les prochaines années.
L’agence rappelle que des mesures de limitation des débris spatiaux ont déjà été mises en place, avec notamment des systèmes pour désorbiter rapidement des satellites hors service, ou pour ne pas laisser de pièces détachées ou de morceaux de fusées en orbite. Mais elle ajoute que ces progrès sont trop lents.
Mettre un satellite en orbite restera possible, mais les opérateurs devront multiplier les calculs et les manœuvres d’évitement, ce qui coûtera plus cher, dans un environnement plus dangereux.
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