Une expérimentation démontre que certains insectes peuvent aussi avoir un simplement comportement d’amusement, lié au jeu.

Et si s’amuser était un comportement en grande partie universel dans la nature ? Une expérimentation, dont les résultats ont été publiés en octobre 2022, ajoutent du grain à moudre à cette approche : des bourdons ont été observés en train de jouer avec des balles.

« On a constaté que divers animaux interagissent avec des objets inanimés et les manipulent ‘juste pour le plaisir’, c’est-à-dire pour jouer. Les exemples les plus évidents de jeu avec des objets proviennent des mammifères et des oiseaux », introduisent les chercheurs, avant d’ajouter que ce type de comportement reste peu étudié cependant chez les insectes.

Des bourdons qui jouent au foot (ou presque)

Les auteurs ont placé 45 bourdons dans une petite arène, avec deux choix :

  • Un couloir pour rejoindre une zone où s’alimenter ;
  • Un couloir pour rejoindre une zone contenant des petites balles de bois.

Le couloir lié au jeu a eu un franc succès — les bourdons ont tous choisi, à un moment ou un autre durant l’expérience, de faire rouler les balles. Sur le site de l’université de Londres Queen Mary, une vidéo est disponible pour voir le jeu en action :

Les auteurs tirent cinq conclusions majeures quant à la façon dont les bourdons abordaient le jeu. Faire rouler les boules :

  • Ne contribue pas immédiatement à des stratégies de survie ;
  • Est gratifiant intrinsèquement (le fait même de faire rouler la balle, sans autre but spécifique établi) ;
  • Diffère d’un comportement fonctionnel dans la forme ;
  • N’est pas stéréotypé (chaque bourdon avait sa façon d’aborder le jeu, malgré une forme répétitive) ;
  • Était choisi dans des conditions dénuées de tout stress.

Les auteurs ont par ailleurs repéré des points communs entre le comportement de ces insectes et celui bien établi chez de nombreux vertébrés. Par exemple, l’âge a nettement un impact : les bourdons les plus jeunes sont ceux qui jouaient le plus avec les boules. Qui plus est, les bourdons mâles abordaient ce jeu sur un délai plus long que les femelles, ce qui est là encore une caractéristique découverte chez d’autres animaux.

À partir de ces conclusions, l’étude démontre donc que le jeu, pour les bourdons, est une « activité gratifiante » à part entière. Et même positive : les chercheurs ont entraîné un autre groupe de 42 bourdons à jouer des zones associées à une couleur ; et les bourdons ont ensuite montré une préférence pour toute zone de la couleur en question.

« Nos résultats contribuent à la question de la sensibilité chez les insectes et apportent un apport supplémentaire à l’existence d’états affectifs positifs chez ces animaux », concluent les auteurs de cette expériementation.