L’interprète de Finn dans Star Wars dénonce le racisme dans l'industrie du cinéma, dont il a fait l'expérience au sein de cette franchise.

«  On m’a donné une opportunité, mais je suis dans une industrie qui n’était pas prête pour moi », affirme John Boyega dans un entretien à GQ publié en septembre 2020. Il s’est confié sur son expérience dans la saga Star Wars, mais pas seulement en tant qu’acteur : en tant qu’acteur noir.

Il rappelle ainsi les insultes racistes qu’il a reçu lorsque son rôle a été annoncé en 2017. Des messages privés sur Instagram, des publications agressives sur les réseaux sociaux, dans lesquelles des internautes prétendaient, entre autres absurdités racistes, qu’un stormtrooper ne devait pas à être noir, ou encore qu’ils allaient boycotter le film pour cette raison. Cela dit, c’est surtout la production des films que John Boyega dénonce, de l’écriture au marketing : « Ce que je dirais à Disney, c’est de ne pas amener un personnage noir, de le présenter publiquement comme s’il était important dans la franchise, pour l’écarter ensuite. Ce n’est pas bien. »

Un système truqué

Le personnage qu’il incarne, Finn, n’a effectivement jamais été réellement approfondi, alors qu’il a été introduit au début, dans les premières bandes-annonces et au début de l’épisode VII, comme l’une des figures majeures de la nouvelle trilogie. Au final, il s’est presque transformé en figurant, comme un banal personnage secondaire. De fait, il refuse d’affirmer que ce fut une belle expérience de faire malgré tout partie de Star Wars car… ce n’était pas le cas, affirme-t-il. Il relève même des expériences douloureuses pendant le tournage, qu’il a mal vécues : un styliste se moquant de certains vêtements qu’il voulait porter, ou le coiffeur qui n’avait aucune expérience avec les coupes afro mais qui faisait semblant d’en avoir.

Le rôle de Finn a été progressivement amoindri au fil de la troisième trilogie Star Wars. // Source : Disney

Voici comment le journaliste de GQ résume la portée de ses longs dialogues avec John Boyega : « Sa motivation première est de montrer les frustrations et les difficultés qu’on rencontre en essayant de fonctionner dans ce qui semble être un système truqué en permanence. Il essaie, en fait, de vous faire savoir ce que l’on ressent quand un rêve d’enfant est brisé par les réalités toxiques du monde. »

Finn n’est d’ailleurs pas le seul personnage racisé à avoir subi ce sort d’un traitement superficiel dans l’écriture et la présence à l’écran. John Boyega cite Kelly Marie Tran,  Naomi Ackie et Oscar Isaac, eux aussi relégués en arrière-plan des scénarios au profit d’acteurs blancs et d’actrices blanches. «  Ils ont donné plein de nuances à Adam Driver, plein de nuances à Daisy Ridley. Soyons honnêtes. Daisy le sait. Adam le sait. Tout le monde le sait. Je ne révèle rien du tout », explique l’acteur à GQ.

La diversité de façade est un problème structurel

Ce que dénonce John Boyega est une diversité de façade, parfois appelée péjorativement « tokénisme ». Ce type de représentation n’est mise en place que pour respecter certains quotas, soit légaux soit liés à l’image publique, mais les personnages introduits ne vont pas bénéficier d’une réelle place dans le scénario. Pire, il résulte souvent de cette inclusion de façade une écriture stéréotypée de ces personnages. Cette problématique, qui touche énormément le cinéma, concerne autant les personnes racisées que LGBT+.

C’est une pratique qui n’est pas favorable à une réelle diversité, et qui est même plus contre-productive qu’autre chose pour en finir avec les discriminations sociales. Cela consiste « à insérer des personnages issus de la diversité parce que vous sentez que vous devez le faire ; la vraie diversité signifie écrire des personnages qui ne sont pas seulement définis par la couleur de leur peau, et choisir le bon acteur pour le rôle », expliquait par exemple l’actrice latino-américaine America Ferrera (Ugly Betty, Superstore). C’est une chose à laquelle elle a dû penser tout au long de sa carrière, car «  c’est le prix que vous payez pour être une personne de couleur dans cette industrie. (…) Je ne peux pas me contenter de jouer une femme de ménage ou une dealeuse, même si le personnage est intéressant, car je dois toujours me demander si je vais jouer un rôle qui perpétue les mêmes vieux stéréotypes. »

L’engagement dans Black Lives Matter

De son côté, durant son entretien à GQ, John Boyega explique que cette expérience discriminante dans la saga Star Wars l’a beaucoup changé. « Cela vous met en colère », a-t-il confié, avant d’ajouter que « cela vous rend beaucoup plus militant ». C’est ce qui l’a poussé à s’engager toujours un peu plus dans Black Lives Matter jusqu’à, le 3 juin 2020, marquer l’histoire du mouvement

Mégaphone en main, sous les acclamations, il s’est exprimé plusieurs minutes sur le fait d’être noir aujourd’hui, sur la douleur infligée par la société au quotidien en raison d’une couleur de peau. «  J’ai besoin que vous compreniez à quel point il est douloureux de se faire rappeler chaque jour que votre race ne signifie rien ! (…) Et ce ne sera dorénavant plus jamais le cas », lance-t-il à un moment, signant l’une des phrases les plus marquantes de son discours. Depuis cet événement, il n’hésite plus à prendre la parole publiquement sur ce sujet, car «  parfois, il faut juste être en colère », explique John Boyega à GQ.

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