Disponible sur le Xbox Game Pass, Carrion est un jeu vidéo bizarroïde qui nous met dans la peau du monstre plutôt que de l'humain. Un beau pied de nez aux expériences plus classiques.

Rares sont les jeux, voire les œuvres d’autres médias, qui érigent le méchant au rang de héros. Dans la majorité des récits, ce sont les gentils qui sont mis en avant. Édité par Devolver, spécialiste des expériences vidéoludiques parfois bizarroïdes, Carrion prend le contrepied des schémas habituels. Il place le joueur dans la peau d’un monstre désireux de s’échapper d’un laboratoire, non sans tout saccager et manger sur son chemin qui le mènera à la liberté. Et comme il est disponible sur le Xbox Game Pass (sur Xbox One et PC), les abonnés auraient tort de ne pas s’y essayer.

Développé par Phobia Game Studio, Carrion prend la forme d’un jeu vidéo ultra référencé, qui rappelle des films d’horreur et de science-fiction comme Alien ou encore The Thing. L’ambiance qui s’en dégage est auréolée d’un mélange de gore et d’ultra violence servant un récit simpliste, prétexte à un massacre d’humains et à la destruction d’environnements. S’il n’est pas interdit de penser que Carrion n’a rien de très subtil, il repose en réalité sur des mécaniques très bien pensées.

Carrion est un jeu d’horreur où l’on incarne le monstre

L’atmosphère morbide constitue sans aucun doute l’une des meilleures forces de Carrion, qui n’est pas adapté à tous les publics mais parvient à immerger le joueur dans un univers dérangeant. Les cris de peur des victimes à venir hantent l’esprit et pourraient presque culpabiliser celles et ceux qui n’hésiteront pas à aller au bout de l’aventure. La créature, très puissante, fait des bruits qui glacent le sang quand elle mâchouille des corps réduits à l’état d’entremets. Le rendu visuel, volontairement pixelisé, apporte un charme particulier : Carrion en deviendrait presque mignon dans sa représentation de la violence extrême. On comprend alors que la direction artistique permet d’adoucir — un peu — le propos.

Malgré son univers sanguinolent et à peine accueillant, Carrion devient vite addictif. Il faut dire qu’on n’a pas souvent l’occasion de prendre l’apparence d’une bestiole tentaculaire dotée de pouvoirs qui la rendent particulièrement douée pour tuer — ce qui ne veut pas dire invincible. Les premières minutes suggèrent qu’il s’agira d’un long fleuve tranquille, un défouloir pour passer ses nerfs. Puis, très vite, Carrion réclame une bonne dose de réflexion. Si puissante soit-elle, la créature peut très vite tomber face aux armes ennemies et il faut réfléchir avant d’agir. C’est un vrai argument pour le jeu, qui ne devient pas une caricature de lui-même et préfère miser sur les capacités de son héros atypique pour mélanger action et puzzle dans un cocktail étonnant.

Carrion // Source : Devolver Digital

Au fur et à mesure que l’on avance un peu trop à l’aveuglette (une carte pour se repérer n’aurait pas été de trop, surtout que les demi-tours sont obligatoires), la créature acquiert des compétences qui aident à la faire progresser. Il y a néanmoins une petite spécificité : l’arsenal diffère en fonction de la taille et il est parfois nécessaire d’en changer pour résoudre les énigmes peuplant les décors (en déposant/reprenant de la biomasse à des endroits prévus à cet effet). Cela occasionne des allers-retours qui plombent le rythme mais participent à la profondeur du gameplay. On sera moins indulgent avec la visée qui manque de précision quand il est nécessaire d’atteindre des petits éléments (par exemple, un interrupteur). Certains diront que les tentacules ne sont pas des doigts.

Carrion sublime le monstre

Il est en tout cas très grisant de déplacer une masse rouge polymorphe dans des endroits étriqués, guettant sa proie pour l’occire au bon moment. On a vraiment cette impression d’être dans la peau d’un prédateur capable d’attaquer à n’importe quel moment et depuis n’importe où. En ce sens, Carrion sublime le monstre et en fait un anti-héros presque attachant. Les affrontements impliquant des soldats protégés par des boucliers et/ou des méchas bien équipés renforcent ce constat. Parfois, il arrive que le prédateur devienne la proie à son tour, sachant que les développeurs ont poussé le réalisme un peu loin. Par exemple, si on est touché par un lance-flammes, il faut vite se plonger dans l’eau pour éteindre le feu qui nous consume. C’est bien pensé.

À l’arrivée, Carrion est amusant, car il a le culot de pousser son concept jusqu’au bout, ne faisant aucune concession pour plaire au plus grand nombre. Un statut d’OVNI qui fait qu’on a envie de le dévorer d’une seule traite — sans mauvais jeu de mots.

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