Dans le sillage du superbe remake HD-2D de Dragon Quest I & II, Square Enix remet le couvert avec cette fois une revisite de l’épisode VII, La Quête des vestiges du monde. Ce remake bénéficie de graphismes 3D adorables et d’options d’accessibilité très appréciables. Voici notre test après 45 heures de jeu.

Au moment d’écrire ces lignes, je viens tout juste de venir à bout de Dragon Quest VII Reimagined. Le titre de Square Enix n’est pas particulièrement long — il l’est même moins que l’épisode VII original — mais il demande parfois une certaine persévérance pour poursuivre l’aventure, surtout lorsque minuit approche. À vrai dire, je n’étais pas certain de réussir à en voir la fin avant de rendre ma copie.

Sorti initialement sur PlayStation 1 en août 2000 au Japon, puis en novembre 2001 en Amérique du Nord, il aura fallu attendre un premier remake sur Nintendo 3DS en 2016 pour pouvoir y jouer en France. Ce second remake, que Square Enix semble considérer comme la version ultime, a bénéficié de beaucoup de soin, et cela se ressent à chaque étape du jeu. Mais le titre conserve également certains aspects classiques qui peuvent parfois trahir son âge. L’aventure vaut-elle l’investissement de plusieurs dizaines d’heures  ? Réponse dans notre test, après environ 45 heures de jeu.

Le plus beau Dragon Quest

Bien sûr, tout est affaire de goût, mais ce nouvel épisode de Dragon Quest peut sans rougir revendiquer l’une des plus belles directions artistiques de toute la série. Là où Dragon Quest I & II HD-2D Remake en mettait plein la vue avec un style HD-2D qui colle à la rétine, Dragon Quest VII Reimagined sublime tout ce que la saga s’efforce de construire depuis quarante ans. Le résultat oscille entre film d’animation, diorama coloré et esthétique artisanale, donnant l’impression d’un univers façonné à la main.

DRAGON QUEST VII Reimagined // Source : Capture PS5
Les décors bénéficient d’un soin particulier. // Source : Capture PS5

L’atmosphère chaleureuse propre à Dragon Quest est plus présente que jamais, au point que l’on se surprend souvent à s’attarder dans un village en rêvant d’y louer un petit appartement le temps d’un week-end. D’un point de vue purement visuel, il n’y a tout simplement rien à reprocher à Dragon Quest VII Reimagined.

D’un point de vue purement visuel, il n’y a tout simplement rien à reprocher à Dragon Quest VII Reimagined.

Le titre de Square Enix est aussi, et surtout, un formidable hommage au chara-design d’Akira Toriyama, rappelant à quel point le mangaka était un créateur de génie. Qu’il s’agisse des personnages principaux ou des PNJ, chaque visage déborde de personnalité et donne envie de sortir un carnet de croquis pour en saisir les traits. Mais le véritable point fort réside sans doute dans son bestiaire : des monstres tous plus incroyables les uns que les autres, immédiatement reconnaissables, à la fois originaux et si attachants qu’on rêverait d’en avoir une peluche de chaque.

Pas de doute: c'est bien Akira toriyama au chara-design. // Source : Capture PS5
Pas de doute : c’est bien Akira Toriyama au chara-design. // Source : Capture PS5

D’un point de vue technique, sur PS5, Dragon Quest VII Reimagined tourne comme un charme. Les performances sont solides, avec une fluidité constante et des temps de chargement discrets, ce qui rend l’expérience agréable d’un bout à l’autre. Et heureusement, car on reste tout de même loin de la débauche technique et des ambitions visuelles d’un Final Fantasy VII Rebirth.

Il était une fois…

Bon, on n’est pas là que pour admirer un tableau, sinon on irait au musée. En lançant un jeu vidéo, on s’attend à vivre une aventure ; en lançant un J-RPG, on signe aussi pour une fresque épique, pleine de rebondissements, de rires, de drames, et d’une petite dose de ce « je-ne-sais-quoi » typiquement japonais. Dragon Quest VII Reimagined contient un peu de tout cela… mais jamais suffisamment, et parfois un peu trop. Je sais, ça peut sembler paradoxal, alors laissez-moi vous expliquer où le récit pêche dans sa construction.

L’histoire de Dragon Quest VII Reimagined se déroule sur l’île de Melyor, unique parcelle de terre au milieu d’un vaste océan. Notre protagoniste, un jeune garçon originaire de la baie d’Alevin — un paisible village de pêcheurs de l’île — mène une vie tranquille, jusqu’au jour où il décide de découvrir ce qui se cache au-delà de l’horizon. Rapidement, une petite troupe se forme autour de lui et, après avoir mis la main sur le premier des nombreux fragments d’une ancienne tablette mystérieuse, l’aventure peut véritablement commencer.

 Quoi de mieux que son propre beateau pour alppeler à l'aventure. // Source : Capture PS5
Quoi de mieux que son propre bateau pour partir à l’aventure ? // Source : Capture PS5

Chaque tablette récupérée doit être placée dans son piédestal correspondant pour débloquer l’accès à une île inconnue, et autant de chapitres indépendants. En voyageant d’un monde à l’autre, vous ne faites pas vraiment progresser l’intrigue principale : chaque île est un chapitre clos, avec un début et une fin. Il existe bien un fil rouge, d’ailleurs assez classique, similaire à celui des autres épisodes de la saga, mais il est trop discret pour constituer un tronc narratif solide. Dès lors, Dragon Quest VII Reimagined ressemble davantage à un recueil de quêtes annexes tantôt tragiques, tantôt amusantes, qu’à une aventure unique.

Le jeu souffre même, à mi-parcours, de son côté épisodique, avant de se rattraper dans le dernier acte en reliant le tout grâce à quelques pirouettes scénaristiques, tolérables pour les joueuses et joueurs habitués aux J-RPG. Pour autant, il faut s’accrocher pendant une bonne trentaine d’heures avant de prendre du recul sur le récit et d’en percevoir l’ensemble. L’histoire se révèle alors forcément moins engageante que dans un titre comme Dragon Quest 5 par exemple, ou l’épisode 8, aimé pour son histoire. Le récit de cet opus Reimagined, bien que remanié par rapport à l’original, demande encore un certain effort de volonté et d’investissement pour être pleinement apprécié.

Chaque iles visitée possède sa propre histoire. // Source : Capture PS5
Chaque île visitée possède sa propre histoire. // Source : Capture PS5

Les musiques terriblement répétitives n’aident en rien le sentiment d’ennui qui surgit parfois au cours de l’histoire, et les modèles 3D des PNJ, réutilisés à l’identique dans chaque village, ne favorisent pas l’immersion. Certes, il faut accepter que l’histoire de cet épisode fonctionne comme un recueil de contes, avec de gros traits de construction et la suspension d’incrédulité qui va avec. Mais le chemin pour progresser dans le récit peut parfois être ardu, surtout lorsque l’intrigue se révèle peu engageante dans certains chapitres.

Pour autant, force est de constater que, de l’aventure, il reste avant tout le voyage. En ce sens, Dragon Quest VII Reimagined peut être considéré comme une réussite si le scénario n’est pas l’élément que vous recherchez en lançant un RPG. Le périple en lui-même vaut clairement le détour, à la manière d’un épisode de Zelda, où le plaisir du chemin prime souvent sur la destination.

Bon, et le gameplay dans tout ça ?

Dragon Quest reste avant tout un J-RPG reconnu pour sa liberté d’exploration et ses nombreux combats au tour par tour. Cet épisode Reimagined ne fait pas l’impasse sur l’un comme sur l’autre, et propose un gameplay fidèle aux principes de la saga. Vous êtes libre de vous déplacer où bon vous semble, et ce dès le début de l’aventure. En dehors des périples sur la carte du monde — qui consistent principalement à aller d’un point A à un point B en terrassant des monstres qui n’ont rien demandé — la majeure partie de l’exploration se déroule dans les villages, à la rencontre de leurs habitants et de leur quête locale.

Il va falloir beaucoup parler durant l'aventure. // Source : Capture PS5
Il va falloir beaucoup parler durant l’aventure. // Source : Capture PS5

C’est chez ces derniers, littéralement, que vous allez le plus explorer. Les villageois se montrent d’une indulgence étonnante : vous pouvez casser leur vaisselle, fouiller leurs placards et tiroirs, et entrer dans toutes les pièces sans qu’ils ne bronchent. Il n’y a donc aucune limite à votre curiosité ni à votre envie de loot maladive. Les villages sont certes petits, mais tous les bâtiments sont explorables et bénéficient d’un soin particulier. De plus, chaque PNJ a quelque chose à dire, ce qui rend l’exploration véritablement amusante et gratifiante.

En ce qui concerne les combats, le tour par tour classique reste du tour par tour classique. Square Enix ne cherche pas vraiment à moderniser la recette, si ce n’est par quelques options de confort qui rendent malheureusement les affrontements anecdotiques lorsqu’elles sont activées. Si le cœur vous en dit, vous pouvez automatiser chaque combattant selon son rôle (attaque, magie offensive, soin, etc.), pour simplifier les manœuvres. Pour aller encore plus loin, il est possible d’automatiser l’automatisation d’un simple appui sur le bouton Option en plein combat. Résultat : le jeu se joue tout seul en vitesse ×3.

Les combats autromatiques s'effectuent d'un seulappuie sur la toiche Otpion. // Source : Capture PS5
Les combats automatiques s’effectuent d’un seul appui sur la touche Option. // Source : Capture PS5

Même si elle enlève tout l’intérêt des combats, c’est une option bienvenue pour en passer certains. Vos personnages ayant passé le niveau 30, de très nombreux affrontements ne représentent plus une grande difficulté et sont juste une perte de temps notable. Si vous équilibrez correctement votre équipe, même le mode difficile ne constitue pas un vrai challenge, et les ennemis deviennent alors des obstacles un peu agaçants, qui demandent plus de temps devant vous que de talent. La difficulté est par ailleurs modulable à votre guise pour peaufiner la bagarre, avec plusieurs leviers différents : puissance des ennemis, force de leurs attaques, expérience gagnée, etc.

En parlant de talent, la grande réussite de ce remake réside dans la variété des vocations proposées, chacune offrant des sorts et compétences uniques. Que vous choisissiez d’être un guerrier, un mage ou un voleur, chaque classe possède son style et sa stratégie, permettant de construire une équipe équilibrée et adaptée à votre façon de jouer.

LEs vocations sont autant de manière d'orienter votre personnage // Source : Capture PS5
Les vocations sont autant de manière d’orienter le style de combat de votre personnage // Source : Capture PS5

Dragon Quest VII Reimagined n’exclut personne. « Venez comme vous êtes », comme dirait l’autre. Que vous soyez fan de J-RPG de longue date ou un joueur ou une joueuse de 12 ans découvrant le genre, Square Enix parvient à contenter tout le monde. Les vétérans retrouveront un plaisir intact et sauront faire abstraction de certains problèmes inhérents au genre, tandis que les nouveaux venus profiteront d’options de confort pour suivre l’histoire avec plaisir, tout en prenant le temps de la digérer. Car Dragon Quest VII Reimagined se savoure avant tout comme un jeu par épisodes, chaque chapitre gagnant à être apprécié sans se presser d’attaquer le suivant.

Le verdict

Qu’il est difficile de noter un jeu comme Dragon Quest VII Reimagined dans ces conditions. Tester une œuvre conçue pour se savourer épisodiquement est un art délicat autant qu’une gageure. Ces quarante et quelques heures nécessaires pour atteindre la fin de l’histoire principale… j’aurais aimé pouvoir les étaler sur cent heures, pour digérer pleinement chaque chapitre et en apprécier toute leur richesse. Si le jeu n’est pas exempt de défauts, ceux-ci tiennent surtout à l’envie pressante d’en voir la fin. En prenant le temps de suivre le chemin, de sentir chaque fleur et d’écouter le chant des oiseaux, Dragon Quest VII Reimagined se révèle comme un sentier ensoleillé, à parcourir comme un premier poème d’amour : c’est parfois maladroit, il y a quelques fautes, mais tout est fait avec le cœur. Et c’est bien là l’essentiel.
Cet article existe grâce à

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !