Mon nom est Coen. Je suis l’aîné d’une fratrie et il y a bien longtemps que j’ai abandonné mes rêves pour aider ma famille, principalement mon père, bourru, et ma mère, souffrante. Pour ne rien arranger, la peste a calmé les ambitions de tout le monde. Tout a basculé le jour où ma petite sœur a été touchée par la maladie. Elle a été soignée par Brencis, un seigneur vampire qui a profité de la situation pour prendre le pouvoir en compagnie de sa troupe. Un soir, mon village a décidé de se rebeller contre l’ordre. C’est ce soir-là que je suis devenu un Vrakhir et que je me suis lancé dans une quête de vengeance.
Derrière The Blood of Dawnwalker, on retrouve le studio Rebel Wolves, fondé par d’anciens employés de CD Projekt Red. Pour leur tout premier jeu, les développeurs ont décidé de proposer un fils spirituel de The Witcher 3: Wild Hunt, avec le même directeur à sa tête, Konrad Tomaszkiewicz. L’ambition est d’autant plus immense que Rebel Wolves espère pouvoir donner naissance à une véritable saga, centrée sur un héros quasi-immortel, donc capable de traverser les âges. Les premières fondations, posées par The Blood of Dawnwalker, sont prometteuses. Mais le chemin pour atteindre l’excellence est encore long.
Points forts
- Le concept du temps
- Univers et narration
- Coen, la naissance d’un héros
Points faibles
- Combats vite pénibles
- Concept qui se marche sur les pieds parfois
- Quelques écueils visuels
The Blood of Dawnwalker séduit par son univers et son écriture
Combien d’heures pour finir The Blood of Dawnwalker ?
Il me reste une bonne dizaine de jours en besace avant d’aller me frotter à Brencis, un exploit accompli en un peu plus de 20 heures. Il y a bien sûr matière à s’épanouir bien plus.
L’une des forces de The Witcher 3: Wild Hunt tient assurément dans son écriture et la manière dont les quêtes se construisent. Il faut dès lors s’armer d’une sacrée plume pour tenir la comparaison. Fort heureusement, les scénaristes de The Blood of Dawnwalker ont imaginé un univers captivant, à la fois sombre, nuancé tout ce qu’il faut, cruel et profondément mature. Coen s’y épanouit avec ses doutes et ses questions sur sa nouvelle condition d’être mi-homme, mi-vampire. Il est à la fois un héros et un monstre, et cette dualité nourrit le récit en permanence.
Un univers captivant, à la fois sombre, nuancé tout ce qu’il faut, cruel et profondément mature
Par conséquent, on se retrouve avec des quêtes à tiroirs bien ficelées, qui en racontent beaucoup sur l’univers et cachent souvent un élément de narration intéressant (ce cochon sauvé qui va finir à l’abattoir) ou un secret inavoué (cet homme qui veut mourir car il ne se supporte plus). C’est un argument fort qui donne envie de se plonger dans The Blood of Dawnwalker, qui s’appuie sur un concept malin : Coen a effectivement 30 jours et autant de nuits pour éliminer Brencis et sauver sa famille, sans quoi cet objectif sera perdu. Cette gestion du temps n’est pas indexée sur une horloge classique, mais sur des jetons consommés en fonction de ce que l’on fait.

Chaque nuit et chaque jour s’appuient sur une jauge composée de huit segments, ce qui veut dire que consommer huit jetons vous fera passer à la période suivante. L’exploration libre ne coûte pas de temps, mais tout le reste peut être prétexte à le faire avancer, de l’accomplissement de certaines tâches à l’apprentissage d’une compétence auprès d’un autel dédié. La notion de sacrifice est essentielle dans The Blood of Dawnwalker, qui se pose comme l’antithèse de ses pairs : les adeptes du 100 % risquent d’avoir des sueurs froides à force de devoir refuser des quêtes par crainte de ne pas finir à temps. Gardez en tête que certains jetons sont consommés pour rien, sinon pour gratter un peu de narration.
Tout ce qu’on cherche à accomplir dans The Blood of Dawnwalker ne sert finalement qu’à gagner suffisamment en puissance pour se frotter à Brencis, qu’on peut aller affronter très vite, si le talent le permet. On ne sait jamais vraiment si ce que l’on fait sera pertinent ou non. Ce plongeon dans l’inconnu participe à l’atout séduction du RPG, quand bien même il lui arrive d’être scolaire (les tours à escalader, le nombre incalculable de points de téléportation…) ou d’être rattrapé par son concept (les ellipses, le passage du jour à la nuit ou de la nuit au jour en plein milieu d’une quête…). Globalement, The Blood of Dawnwalker se tient bien, mais on sent que certains points ont été précipités. On pense au système de renommée, qui empire en fonction de nos actions : même en atteignant un niveau assez élevé, on n’a jamais senti le poids des forces soi-disant plus grandissantes et répréhensibles de Brencis. Ou encore au fait que la famille de quêtes liée à un officier du vampire ne disparaît pas quand ledit officier est éliminé.

Les combats de The Blood of Dawnwalker sont pénibles
Quid du mode 60 fps ?
Au moment de notre test, le mode d’affichage en 60 fps, sur console, n’était pas disponible. Nous avons joué sur PS5 Pro en mode Équilibré (40 fps), sans déplorer de grandes failles techniques sur la fluidité.
Vous l’aurez compris, on prend énormément de plaisir à arpenter les environnements de The Blood of Dawnwalker, à construire cette aventure qui sera certainement différente de celle du voisin. En revanche, c’est beaucoup moins la fête quand Coen sort son épée (humain) ou ses griffes (vampire). Rebel Wolves n’est pas parvenu à résoudre l’équation des combats satisfaisants, accouchant d’un résultat au mieux pénible, au pire raté. Quand Coen est en mode vampire, sa vivacité et son agressivité sauvent un peu les meubles. Mais la partie action souffre vraiment de maux incompressibles.
Les développeurs ont voulu rendre les affrontements plus techniques avec un gameplay directionnel, certes optionnel, mais qu’on est encouragé à appliquer. En résumé, les directions sont affichées à l’écran, et l’idée est de choisir la bonne au moment de parer pour assurer la meilleure défense possible, ce qui transforme l’expérience en un jeu de rythme à la Guitar Hero de l’aveu même de Rebel Wolves. En soi, l’idée est louable, mais c’est sans compter les problèmes d’équilibre, avec des ennemis trop longs à tuer, ou d’ordre technique, avec une caméra qui a du mal à suivre. À cela s’ajoute un sentiment de combattre avec des manches de balai. Tout est rigide, mécanique, haché, rébarbatif. Face à des animaux, le gameplay ne fonctionne même plus.

On pourra trouver à redire aussi sur la partie visuelle. The Blood of Dawnwalker est plutôt joli quand rien ne bouge, bien aidé par sa direction artistique inspirée et en phase avec l’époque et l’univers imaginés (l’architecture de l’immense cathédrale est incroyable). A contrario, certaines animations manquent de fluidité, et on vous épargne la qualité médiocre des expressions faciales. Pour un titre aussi porté sur l’art de raconter quelque chose, c’est dommage. En termes d’émotions retranscrites, on y perd.

À l’arrivée, on sent que The Blood of Dawnwalker manque parfois de finition dans les recoins, faute d’un budget plus conséquent qui aurait permis à Rebel Wolves d’aller au bout de ses (bonnes) idées. Pour une première pierre, c’est plutôt encourageant, et l’épopée de Coen vaut vraiment le détour. Il mérite en tout cas d’avoir un avenir dans le monde du jeu vidéo, un constat qui prouve que The Blood of Dawnwalker a réussi à installer sa mythologie. Bien d’autres se sont cassé les dents, mais Rebel Wolves a les canines bien aiguisées.
Le verdict

The Blood of Dawnwalker
Voir la ficheOn a aimé
- Le concept du temps
- Univers et narration
- Coen, la naissance d’un héros
On a moins aimé
- Combats vite pénibles
- Concept qui se marche sur les pieds parfois
- Quelques écueils visuels
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