Game Freak, studio qui se cache derrière la saga Pokémon, sort de sa zone de confort avec Beast of Reincarnation. Mais, en se frottant au genre exigeant du RPG orienté action, les développeurs se piquent. Les joueuses et les joueurs avec. Notre test.

J’attendais beaucoup de Beast of Reincarnation et, à dire vrai, il était difficile de ne pas être intrigué. Game Freak, studio réputé pour ses nombreux jeux Pokémon, sort de sa zone de confort. La première bande-annonce en mettait même plein la vue, allant jusqu’à nous faire dire que, oui, Game Freak serait capable de produire des beaux jeux — au sens technique du terme. Malheureusement, cette première impression positive se heurte aujourd’hui à la réalité du terrain.

Car, en voulant s’immiscer dans le genre du RPG orienté action, saupoudré d’éléments à la Dark Souls, Game Freak a pris un risque immense. Après avoir terminé Beast of Reincarnation en un peu moins de 20 heures, on en ressort avec le constat suivant : toute la bonne volonté du monde est parfois insuffisante et ne peut garantir à elle seule une maîtrise propice à accoucher d’une expérience satisfaisante. Dit autrement, Beast of Reincarnation est une production ô combien bancale sur absolument tous les points. Ce qui, vu le segment visé, revient à faire fausse route.

Beast of Reincarnation a trop de lacunes pour réussir sa proposition

Oubliez d’abord les belles promesses visuelles des bandes-annonces et différentes images partagées. Beast of Reincarnation est bien un jeu développé par Game Freak dans le sens où il lui arrive d’être aussi vilain qu’un jeu Pokémon. Et tout autant endetté techniquement. Même avec le mode Performance enclenché, même avec la dernière mise à jour installée, le jeu a accusé de lourdes chutes de framerate à certains moments. Beast of Reincarnation pâtit d’un manque manifeste de finition et de soin apporté aux détails et aux effets. Certains défauts finiront par être corrigés avec des mises à jour, mais le rendu global, loin de faire rêver, restera.

Surtout, Beast of Reincarnation ne trouve même pas son salut avec sa direction artistique, tellement peu inspirée pour du post-apocalyptique. La myriade d’environnements, censée représenter de petites zones ouvertes attachées à des chapitres, est gangrénée par un manque de renouveau. Tout finit par se ressembler et rien n’est aidé par l’architecture terriblement paresseuse. En résulte une structure poussiéreuse qui n’invite pas du tout à l’exploration, pas aidée non plus par le peu d’utilité des ressources ramassées. On pourra souligner le design organique de certains ennemis pour écarquiller les yeux, sachant qu’il reste un peu trop homogène.

Beast of Reincarnation n’est pas aidé non plus par sa narration, qui trouve le moyen d’être à la fois terriblement bavarde (ce qui brise le rythme) et diablement décousue (ce qui nous fait perdre le fil, dès les premières minutes, étrangement amenées). L’histoire se veut générique à souhait, avec une héroïne à la personnalité banale. Au moins, elle n’est pas sexualisée. Seule sa relation avec le chien Koo — très mignon, il faut le reconnaître — saura toucher le cœur des plus sensibles. C’est un peu niais, mais l’alchimie fonctionne. Quant à la bande son, elle brille par sa discrétion.

Beast of Reincarnation // Source : Fictions
Beast of Reincarnation // Source : Fictions

Beast of Reincarnation est un mélange de tout, qui ne ressemble à rien

Si la forme de Beast of Reincarnation déçoit, la boucle de gameplay s’en sort, fort heureusement, beaucoup mieux. Avec un hic tout de même : il empile les références un peu trop évidentes, sans atteindre leur excellence. Là un peu de NieR: Automata dans le ton. Ici les parades de Sekiro: Shadows Die Twice, en beaucoup plus permissives. On n’oubliera pas non plus le petit côté Monster Hunter, dans cette volonté de nous faire chasser des monstres géants jusque dans leur antre (en plusieurs phases) et de nous faire cuisiner des plats (pour si peu de bonus). Ou encore le mélange entre temps réel — les coups portés par l’héroïne — et le tour par tour — en donnant des ordres à Koo, ce qui ralentit beaucoup le temps.

Les sensations sont plutôt bonnes, en réalité, avec un bon feeling dans les parades et les esquives, et le semblant de liberté laissée à la personnalisation (arbre de compétences profond et immense, plusieurs types d’épées et quelques pièces d’équipement). Sauf que les rares bonnes idées finissent toujours par se heurter à des limites criantes. À la base, le système de défense est bien pensé, mais les patterns ennemis ne sont pas assez variés pour le rendre assez profond et grisant. Il n’y a guère que le nombre de coups de suite qui vient bouleverser les habitudes, ou encore le passif octroyé à l’arme utilisée.

Un jeu bâclé

On touche alors au principal défaut de Beast of Reincarnation : sa répétitivité immense. Elle se matérialise autant par le bestiaire assez peu fourni (une poignée de robots, et quelques animaux atteints par un fléau) que par le recyclage de certains boss. Le nombre de doublons est assez étonnant pour un titre qui ne comporte qu’une dizaine de chapitres. Et on aurait préféré une aventure plus compacte mais plus aboutie, plutôt qu’un fourre-tout recopié d’un niveau à l’autre.

Beast of Reincarnation a enfin des soucis de gameplay qui auraient pu être évités puisqu’ils incombent à un manque de savoir-faire. Par exemple, le jeu gère très mal les affrontements face à de multiples ennemis, en raison d’une visibilité qui devient chaotique. On prend alors plein de coups « gratuits », sachant que l’héroïne est vulnérable pour garantir un défi de circonstance (qui pousse à parer correctement). En outre, on note une caméra qui vient se mettre n’importe où dès lors qu’on est collé à un adversaire à la taille colossale. Sans compter la hitbox hasardeuse, que ce soit pour nous ou pour les boss. Tous ces constats sont parfaitement résumés dans ce clip où on voit une course-poursuite hilarante : l’ennemi ne nous poursuit pas vraiment et reste immobile sur son lieu de départ. Le symbole d’un jeu bâclé.

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