Comment capitaliser avec succès sur une licence encore jeune et dont le second opus, bien plus ambitieux que son aîné, livrait une fin ouverte aux allures de clôture d’un arc narratif ? En misant sur une préquelle basée sur l’un des principaux personnages secondaires introduit dans ledit second volet, bien sûr ! C’est ce que propose Asobo Studio avec Resonance: A Plague Tale Legacy, dévoilé lors de la dernière édition en date des Game Awards, et qui souhaite apporter une nouvelle orientation à son univers aux commandes de Sophia, la contrebandière rencontrée par Amicia lors de son périple en bateau dans A Plague Tale: Requiem (2022).
Points forts
- Un univers magnifique et dépaysant pour une aventure très plaisante
- Sophia est un personnage agréable à jouer (et qui évite de parler pour rien)
- Un mélange d’influences (Uncharted, Assassin’s Creed, Resident Evil) très efficace
Points faibles
- Les phases dans le passé sont tristement ennuyeuses à jouer
- Écriture du scénario ET des PNJ vraiment pas incroyable
- Pour l’originalité de la proposition d’ensemble, on repassera
On ne sourit plus
Après le succès rencontré par les deux premiers jeux de la licence A Plague Tale, se déroulant dans la France méridionale du XIVe siècle, le studio bordelais Asobo a fait le choix d’explorer un contexte plus méditerranéen et d’en finir avec la thématique de la peste noire. Ainsi, terminé l’aspect anxiogène d’une histoire sombre et violente où une bonne partie du gameplay se base sur des hordes de rats à éviter ou à contrôler. Exit également l’aventure aux commandes d’un personnage fragile, porté sur l’infiltration et où la confrontation était globalement à éviter. Enfin, au revoir le PNJ allié haut comme trois pommes tantôt insupportable (et qui ruinait les énigmes en spoilant la solution au bout de 15 secondes dans A Plague Tale Requiem, sale gosse !), mais aussi essentiel au gameplay et clé de voûte d’un univers aussi passionnant que pas toujours habilement écrit.

Avec Resonance: A Plague Tale Legacy, Asobo a tout simplement décidé de faire table rase d’un tableau d’ensemble qui rappelait un peu beaucoup (trop ?) The Last of Us, s’inspirant cette fois davantage de l’autre production majeure du Naughty Dog de l’ère photoréaliste. Cette fois, c’est l’heure de verser du côté d’Uncharted, franchise très spectaculaire, bourrée d’action et d’énigmes jamais trop complexes… mais assez bien fichues pour donner l’impression au joueur d’avoir utilisé habilement son cerveau pour déjouer les pièges tordus et des puzzles que personne n’avait résolus depuis des siècles, le protagoniste détruisant tout sur son passage. Vous pourriez vous dire, à la lecture de ces deux paragraphes, que Resonance: A Plague Tale Legacy manque sacrément d’identité, mais on ne lui en voudra pas trop de s’inspirer de telles références du genre, surtout qu’il le fait plutôt bien.

Thésée-vous donc !
L’histoire de Resonance: A Plague Tale Legacy se déroule une quinzaine d’années avant les événements nous faisant rencontrer Sophia pour la première fois à bord de son bateau, alors qu’elle n’est pas encore une contrebandière accomplie. Cette préquelle nous fait traverser son enfance et son adolescence faites de drames et de trahisons, et les raisons l’amenant à devenir une pillarde en fuite, qui se rend sur une île mystérieuse en quête d’un trésor qui l’est tout autant. Équipée d’un journal rempli d’annotations et de dessins permettant d’élucider des énigmes qu’elle a plus ou moins volées (ça ne vous rappelle personne ?), et accompagnée de son amie Leni, Sophia doit traverser des ruines encore inexplorées et remplies de pièges, le tout en croisant régulièrement le fer avec un groupe d’ennemis armés jusqu’aux dents qu’elle a évidemment l’intention de décimer jusqu’au dernier.

N’ayant aucune intention de cacher ses inspirations, le dernier-né d’Asobo enchaîne ainsi phases de plateforme aussi spectaculaires que scriptées, combats impossibles à éviter (et où aucune forme d’infiltration n’existe, ça ne sert à rien d’espérer la jouer « sneaky ») dont il faudra vaincre tous les ennemis pour progresser, et énigmes plus ou moins ingénieuses mais qui ont le mérite d’offrir de bons changements de rythme à un titre résolument plus nerveux que ses aînés. Sophia est bien plus agile que ne l’était Amicia (héroïne des deux premiers volets) et n’a pas peur de grand-chose, surtout de se battre, ce que l’introduction du jeu (un peu lente mais efficace) nous explique très bien. Cela se ressent très bien manette en mains, et on appréciera d’ailleurs la bonne exploitation de la DualSense (sur PlayStation 5 spécifiquement) pour renforcer l’immersion sur de nombreux détails.

Bon point également : son alliée ne nous « backseat » jamais sans qu’on ne la sollicite (dédicace à Hugo, mais aussi à Atreus, très agaçant dans God of War Ragnarök), et lors de séquences où elle évolue seule, notre protagoniste n’a pas davantage la mauvaise idée de penser à haute voix et de gâcher l’intérêt des énigmes (coucou Aloy, insupportablement et inutilement bavarde dans Horizon Forbidden West). Dans les deux cas, c’est au joueur d’indiquer qu’il apprécierait un petit indice de la part du personnage joué ou de son side-kick, une mécanique pertinente et tellement évidente, mais dont trop de studios majeurs n’osent céder à la désarmante facilité. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut (vraiment) dire beaucoup…

Brûleur de Grèce
Cependant, il serait dommage de résumer l’expérience de Resonance: A Plague Tale Legacy à celle d’un pastiche efficace d’Uncharted. Ceci tout simplement parce que le jeu édité par Focus Entertainment pioche dans d’autres influences, dont il tire heureusement le meilleur ou presque à chaque fois. On pensera notamment à Assassin’s Creed, car notre héroïne dispose d’un étrange pouvoir de résonance (tiens donc !) avec un personnage important de l’Antiquité grecque : Thésée. Cela occasionne de nombreux flashbacks où elle incarne ce héros mythologique ayant triomphé du Minotaure dans le labyrinthe conçu par Dédale, qui offrent des séquences essentiellement orientées baston, aux allures de Ryse: Son of Rome à la sauce crétoise. Malheureusement, si on n’a pas pris le meilleur des exemples ici, c’est pour une bonne raison.

En effet, ces séquences sont probablement le point qui nous a le moins emballés durant les (plus ou moins) 20 heures requises pour venir à bout d’un jeu à la durée de vie solide, mais dont le rythme s’essouffle à cause d’elles. Lourdes, scriptées et proposant des combats dont la mise en scène spectaculaire ne sauve aucunement la mollesse, elles auraient gagné à être remplacées par de simples cinématiques. S’il était nécessaire, d’un point de vue strictement narratif, de justifier la compréhension de l’univers dans lequel Sophia évolue à travers cette étrange résonance avec Thésée, il n’était sincèrement pas indispensable de nous les faire jouer. Les phases de baston (car il n’y a pas d’autre mot) où l’on incarne la jeune pillarde sont en effet bien plus punchy et jouissives, et surtout, elles donnent davantage l’impression d’avoir été pensées pour le système de combat du jeu, plutôt efficace à défaut d’être hyper ingénieux et original.

Le feel d’Ariane
Basées sur un système assez conventionnel de combat à l’arme blanche avec divers degrés de blocage, esquive, parade et riposte, les phases de combat de Resonance: A Plague Tale Legacy n’ont rien d’original, mais elles marchent bien… quand on ne peste pas contre des scripts donnant l’impression qu’on a dû louper un QTE invisible à l’écran. Cependant, et on regrettera presque que le concept n’ait pas été plus loin, l’ennemi le plus redoutable de toute l’île est une entité mystérieuse et surpuissante qui pourchasse Sophia et tous les autres explorateurs de l’île dans les ténèbres, et dont il faudra s’assurer au maximum de ne pas attirer l’attention. Ici, on retrouve cette fois un petit côté Resident Evil à l’ancienne, avec une espèce de Nemesis ou de Mr. X sensible à la lumière, unique arme à disposition de l’héroïne lors des seules phases vraiment flippantes d’un jeu par ailleurs classé « seulement » PEGI 16 en comparaison du PEGI 18 de ses aînés.

Soucieux d’éviter le trop-plein de couches de gameplay qui aurait inutilement densifié sa proposition, qu’il souhaite garder simple et efficace, Asobo permet au joueur de faire évoluer les capacités de combat (et rien que de combat !) de Sophia à travers une parodie d’arbre de compétences dénué de toute forme de complexité. Ces dernières se débloquent (selon les préférences du joueur, quand même) en utilisant des points de résonance cumulés au gré des adversaires abattus, et ramassés dans des recoins de l’univers linéaire mais semi-ouvert. On trouvera également par-ci, par-là, en plus d’habituels collectibles enrichissant un peu le lore du jeu, de nombreux charmes améliorant de façon permanente tout un tas de statistiques passives de Sophia, afin de justifier un peu plus l’exploration d’une île franchement sublimée par une certaine maîtrise de l’Unreal Engine 5.

En effet, et sans grande surprise tant nous commençons à en avoir l’habitude sur cette génération de consoles, la nouvelle création d’Asobo flatte très bien la rétine. Si l’on se heurte régulièrement à de petits obstacles de finition rappelant que l’on n’a pas affaire à une superproduction de type AAA, Resonance: A Plague Tale Legacy est très beau à regarder, en plus d’être très agréable à jouer en compagnie d’une héroïne franchement sympathique, bien que les ressorts scénaristiques manquent cruellement de folie, l’écriture n’étant clairement pas une de ses grandes forces. Porté par une nouvelle bande originale très soignée composée par Olivier Derivière, accompagné par tout un chœur d’artistes grecs appuyant efficacement sur l’ambiance globale, le titre du studio bordelais est tout simplement d’une grande efficacité et fait passer un très bon moment, en dépit de temps morts et d’inégalités entre ses forces et faiblesses, et surtout d’un aspect pot-pourri d’influences qui le privent d’originalité.

Le verdict

Resonance: A Plague Tale Legacy
Voir la ficheOn a aimé
- Un univers magnifique et dépaysant pour une aventure très plaisante
- Sophia est un personnage agréable à jouer (et qui évite de parler pour rien)
- Un mélange d’influences (Uncharted, Assassin’s Creed, Resident Evil) très efficace
On a moins aimé
- Les phases dans le passé sont tristement ennuyeuses à jouer
- Écriture du scénario ET des PNJ vraiment pas incroyable
- Pour l’originalité de la proposition d’ensemble, on repassera
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