L’avocat français Juan Branco essaie depuis plusieurs semaines de faire parler du site emmanuelmacron.fr. Ce nom de domaine renvoie vers un PDF de Crépuscule, son livre anti-Macron paru en 2019. Mais le coup de com’ peine à prendre.

Il y a des coups de communication qui fonctionnent mieux que d’autres. Celui-ci ne restera probablement pas dans l’histoire comme un éclatant succès. Depuis le 9 mars, le nom de domaine emmanuelmacron.fr renvoie curieusement vers un PDF, celui du livre Crépuscule de Juan Branco.

L’avocat et activiste français de 32 ans a publié fin décembre 2018 ce pamphlet anti-Macron, qui est ensuite paru aux éditions Au diable vauvert en 2019. L’ouvrage a connu un beau succès de vente cette année-là, notamment auprès des partisans du mouvement des Gilets Jaunes, qui se sont retrouvés dans la dénonciation d’une déconnexion entre les élites au pouvoir et le quotidien des classes pauvres et moyennes.

Mais que vient faire le PDF gratuit de 264 pages de Crépuscule sur un nom de domaine relié au nom du président de la République ? Il s’agit ici d’une histoire de communication (beaucoup), d’argent (un peu) et de cybersquatting (on va y venir).

L’histoire du nom de domaine emmanuelmacron.fr

Depuis le 10 mars 2022, Juan Branco multiplie les partages de l’URL emmanuelmacron.fr pour éveiller la curiosité des internautes. Au départ, il se contentait de retweeter les remarques de celles et ceux qui avaient repéré le tour de passe-passe, puis il a commencé à partager lui-même le nom de domaine. Au point d’aller jusqu’à surfer sur les gazouillis des autres pour rappeler l’existence du site, et faire au passage parler à nouveau de son livre de 2019.

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Un retweet de son propre tweet est une manière de refaire parler de son propre tweet.

Il ne fait aucun doute que l’avocat français est donc au courant que le site emmanuelmacron.fr renvoie vers un PDF de son livre anti-Macron. Au vu de la publicité qu’il tente de faire à ce « coup », il est même probable qu’il ait participé à cette manœuvre. Contacté par Numerama de plusieurs manières, l’avocat ne nous a pas répondu.

Qui est derrière emmanuelmacron.fr ?

En février dernier, Numerama avait déjà abordé le curieux destin du site emmanuelmacron.fr. Nous montrions que le président Macron, à l’époque pas encore déclaré officiellement candidat, avait demandé à récupérer des noms de domaine liés à l’élection présidentielle de 2022, comme macron2022.fr et macron-2022.fr. Cette requête venait ajouter un poids de plus dans la balance d’une potentielle candidature qui, bien qu’elle semblait probable, n’avait pas encore été annoncée par Emmanuel Macron.

Or dans notre enquête, nous explorions aussi l’exemple de emmanuelmacron.fr, un nom de domaine faisant également l’objet d’une requête du président de la République. Ce dernier a saisi l’AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération) à ce sujet, demandant « le transfert du nom de domaine www.emmanuelmacron.fr à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République Française

Le nom emmanuelmacron.fr a été déposé par un particulier français en 2019, qui n’a pas expliqué officiellement son geste. Il pourrait toutefois s’agir, selon nos informations, d’un cybersquatting assez classique en la matière. Le processus consiste à réserver un nom de domaine dans le but de le revendre ensuite, plus cher, à quelqu’un qui en aurait une plus grande utilité. Sauf qu’ici, la manœuvre n’a pas fonctionné.

L’AFNIC, à travers sa branche Syreli, peut prendre des décisions de réattribution de noms de domaine dans certains cas précis et après demandes de requérants. Dans les faits, toutes les jurisprudences des avis de l’association penchent dans le sens d’Emmanuel Macron. Elle a d’ailleurs tranché en défaveur du requérant, qui a fait appel de la décision, a appris Numerama. C’est pour cette raison que le nom de domaine emmanuelmacron.fr n’a pas encore été transmis au président candidat, et peut encore afficher d’autres contenus.

C’est donc devant le tribunal que les choses se jouent désormais. Qui dit tribunal, dit avocat. Juan Branco n’est donc pas bien loin. Et son livre Crépuscule anti-Macron de se retrouver associé à un nom de domaine « cybersquatté » par son nouveau client. Si l’objectif semble clair (faire parler de son essai anti-Macron à quelques semaines de l’élection présidentielle), les retombées sont pour l’instant faibles. Reste à savoir si c’est désormais l’avocat qui devra rendre des comptes, devant la justice, de l’intention derrière une telle redirection.

Pour rappel, le 18 janvier 2022, l’AFNIC a décidé de la réattribution d’un autre nom de domaine très proche, emmanuel-macron.fr. On peut lire dans sa décision : « Le Titulaire, non homonyme du Requérant, en reprenant à l’identique les prénom et nom de famille de ce dernier, Président de la République française, ne pouvait ignorer l’existence des droits du Requérant » ainsi que « les pièces fournies permettaient de conclure que le Titulaire faisait un usage commercial du nom de domaine et avait enregistré le nom de domaine dans le but de profiter de la renommée du Requérant en créant un risque de confusion dans l’esprit des internautes.»