Deux demandes, deux refus : la fondation Wikimédia n'a pas réussi à rejoindre l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), en tant que membre observateur. La Chine continue de s'y opposer, à cause de l'existence de Wikimédia Taïwan.

Ce ne sera pas non plus cette année que Wikimédia pourra rejoindre l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en tant que membre observateur. Pour la deuxième fois consécutive, l’institution a rejeté la candidature de la fondation derrière l’encyclopédie Wikipédia et de ses projets frères, comme Commons, Wiktionnaire ou Wikiquote.

Wikimédia Taïwan au cœur de la discorde

C’est encore une fois la Chine qui s’est opposée à la présence de Wikimédia, pour la même raison qui l’a poussée à la rejeter en 2020 : l’existence de Wikimédia Taïwan, qui est l’une des structures locales (appelées « chapitres » dans le jargon) dont la mission est de soutenir les diverses versions linguistiques du projet encyclopédique libre et gratuite. Ces chapitres sont une quarantaine dans le monde.

Le chapitre de Wikimédia Taïwan existe depuis l’été 2007 et a été l’un des premiers à voir le jour. En général, un chapitre a comme rayon d’action tout un pays (Wikimédia France par exemple), mais on trouve aussi des chapitres locaux, à l’échelle d’une ville comme New York et Washington. Il a aussi existé des chapitres pour Hong Kong et Macao, mais ils ont été déchus.

OMPI WIPO
Le siège de l’OMPI. // Source : Del-Uks

La fondation Wikimédia aimerait rejoindre l’OMPI, parce que les débats qui y sont conduits l’intéressent. Il est en effet question de droit d’auteur et d’accès au savoir. Or, l’instance a des positions à défendre en la matière : elle encourage un libre accès aux savoirs, ce qui se traduit d’ailleurs par l’emploi de l’une des licences d’utilisation les plus permissives et par la mise à disposition de contenus libres de droits.

« La Chine a été, encore une fois, le seul pays à s’opposer à l’accréditation de Wikimédia comme observateur officiel. La fondation redéposera une demande en ce sens en 2022, mais elle ne sera acceptée à l’OMPI que si la Chine décide de lever son blocus », a réagi la fondation le 5 octobre. « Comme l’OMPI est régi d’ordinaire par consensus, il suffit d’un pays pour contrer une requête d’accréditation d’une ONG.  »

L’existence du chapitre taïwanais de Wikimédia reste donc un objet de discorde pour la Chine, au grand dam de la fondation : « comme en 2020, la déclaration de la Chine a faussement suggéré que la Fondation Wikimedia diffusait de la désinformation via le chapitre indépendant et bénévole de Wikimedia Taiwan ». Elle a reçu entre autres le soutien de l’initiative Creative Commons, qui juge l’attitude chinoise « décevante et préoccupante ».

Avec le déclassement des chapitres de Hong Kong et Macao en 2017, il ne reste en somme que Taïwan pour représenter, en quelque sorte, la Chine. En effet, il n’existe pas de chapitre Wikimédia Chine. De toute façon, l’encyclopédie Wikipédia est bloquée dans le pays, quelle que soit la langue. Par contre, cela ne semble pas la dissuader d’y mener des opérations d’influence, pas toujours discrètes.

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