Les émissions politiques se multiplient sur Twitch. Sur cette plateforme, et contrairement aux émissions télévisées, le CSA ne dispose d'aucun pouvoir pour contrôler le temps de parole des participants.

C’est désormais un fait connu : il n’y a pas que des gamers sur Twitch. La plateforme est de plus en plus plébiscitée par les hommes et femmes politiques, qu’ils soient députés de la France Insoumise ou bien porte-parole du gouvernement. Récemment par exemple, le journaliste Samuel Étienne, dont la chaîne est devenue rapidement très populaire, a interviewé plusieurs personnalités politiques.

Twitch est, depuis quelques années, devenu un lieu de débat, où on peut trouver des émissions semblables à celles des chaînes de télévision traditionnelles. À une différence près, que Le Figaro a repérée : sur Twitch, le CSA ne comptabilise pas le temps de parole des politiques.

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ne considérait pas, jusqu’à présent, qu’il fallait surveiller leur temps d’antenne sur les plateformes de streaming. Mais la popularité d’émissions politiques comme celles de Samuel Étienne pourrait bien changer la donne.

Des pouvoirs limités

Pour l’instant, les pouvoirs dont jouit le CSA sur Internet sont assez limités : « Le CSA n’est pas chargé de la régulation de tous les contenus sur Internet », est-il expliqué sur son site. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel intervient surtout en matière de lutte contre les fake news, à travers la « Direction des plateformes en ligne », créée en février.

Le CSA a également un pouvoir de régulation sur Netflix et Disney+. Ce pouvoir est cependant assez limité, et ne touche pas au contenu éditorial : il concerne seulement les obligations de représentations et de financement. Surtout, le CSA est un organe qui émet des suggestions et recommandations avant tout : il peut prendre des sanctions, mais ce n’est pas fréquent.

Sur Internet, le CSA n’a donc pas de pouvoir de comptage, ni de régulation, sur le temps de parole des politiques. C’est pourtant un thème de plus en plus populaire sur Twitch : la chaîne de Samuel Étienne compte plus de 380 000 abonnés, et son émission avec Jean Castex a été vue plus de 630 000 fois. Il y a deux ans, le Grand Débathon, organisé par HugoDécrypte et la chaîne Accropolis, avait réuni plus de 7 000 spectateurs en direct.

Extrait du Grand Débathon. // Source : Capture d’écran Numerama

« Assurer le pluralisme politique »

Pour l’instant, comme le résume l’article du Figaro, les hommes et femmes politiques jouissent d’un « temps de parole illimité sur Twitch ». Or, à la télévision ou à la radio, le CSA s’occupe de décompter le temps accordé à chaque bord politique, ce afin d’assurer «  le pluralisme politique ». Depuis janvier 2018, «  le pouvoir exécutif se voit réserver un accès à l’antenne correspondant au tiers du temps total d’intervention », une décision qui concerne les interventions du Président de la République, de ses collaborateurs et des membres de son gouvernement.

Le reste du « temps total d’intervention est réparti selon le principe d’équité entre les partis et mouvements politiques qui expriment les grandes orientations de la vie politique nationale », précise le site du CSA. Si les mêmes règles s’appliquaient pour les émissions politiques de Twitch, l’intervention de Jean Castex chez Samuel Étienne donnerait en quelque sorte le droit aux autres membres des autres partis de faire de même. Ce qui changerait sûrement le ton et la programmation de ces émissions : si Marine Le Pen accepte l’invitation de Samuel Étienne sur sa chaîne, le même droit devrait être accordé à Jean-Luc Mélenchon, et aux autres leaders de partis politiques.

Faut-il mettre des limites ?

Le CSA doit-il mettre des garde-fous ? Jusqu’à présent, le fait que les hommes et femmes politiques créent leur propre chaîne Twitch était considéré comme « une distribution de tracts », indiquait Michèle Léridon, la présidente du groupe de travail droits et libertés, pluralisme et déontologie au CSA, dans une interview au Figaro. La situation n’est cependant pas la même pour ce qui est des émissions politiques, animées par des journalistes.

Sur cet aspect là, pour l’instant, les membres du CSA n’ont pas partagé leur avis sur la question. «  Il est bien trop tôt pour trancher », note même Le Figaro. Cependant, «  le CSA pourrait décider d’étudier le statut de la chaîne créée sur Twitch par Samuel Étienne », afin de voir si elle pourrait être qualifiée de service de télévision.

En tout cas, l’engouement des politiques sur Twitch ne sera sûrement pas une phase passagère. Samuel Étienne l’expliquait dans un autre article du Figaro : « Il est évident que la prochaine campagne va se dérouler en partie sur les nouveaux médias afin de toucher un autre public et, si la crise sanitaire se poursuit, de pouvoir parler aux gens malgré tout ». Le CSA aura, semble-t-il, du pain sur la planche.

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