Handsaway, une application permettant de signaler les agressions sexistes et sexuelles, a été ciblée par des personnes malveillantes pour la rendre inutilisable. Dans la journée du dimanche 7 juin 2020, de nombreux comptes ont été créés dans le seul but de polluer l’application et le système de signalement.

« Bande de victime (sic) », « C’est où les putes », « Je me fais agresser par des dauphins aidez-moi »… dans la journée de dimanche 7 juin 2020, l’application française Handsaway, qui permet de signaler les agressions sexistes et sexuelles, s’est retrouvée en proie à une vague de cyberharcèlement. Dans une série de tweets, l’association a annoncé le 8 juin a dénoncé ces nombreux abus et avoir décidé de suspendre temporairement l’application.

« En quelques heures, nous avons reçu plus de 500 signalements, alors qu’en temps normal nous en recevons une cinquantaine par semaine », explique Alma Guirao, la présidente de l’association Handsaway, contactée par Numerama. Les bénévoles de l’association, alertés par cette ampleur, se sont immédiatement rendu compte que de nombreux comptes avaient été créés seulement pour poster de faux signalements. « Nous sommes sûres qu’une attaque comme celle-là est coordonnée, que c’était un raid prévu, mais non n’avons pas encore retrouvé la source ni les organisateurs  », regrette-t-elle.

Créée en 2017, Handsaway comptait jusqu’à présent 45 000 d’inscrits, jusqu’à vendredi, où à la suite d’un Tiktok de @emilietalk, les téléchargements se multiplient. En quelques heures, l’application atteint les 100 000 inscrits. « On était vraiment très contentes au début, puis on s’est très vite rendu compte que parmi ces nouveaux venus, certains étaient venus juste pour “troller” ».

Insultes et croix gammée

En quelques heures à peine, la carte de France se retrouve recouverte de faux signalements, moqueries ou insultes. De nombreux faux signalements ont été enregistrés en Russie ou au milieu de l’océan, et, très poétique, un phallus a été dessiné autour de la ville de Domrémy-la-Pucelle. Plus grave, une croix gammée a même été reproduite sur la carte, au nord de la Russie. « Ça a vraiment été une vague d’une ampleur colossale  », nous explique Alma.

L’application Handsaway a subi une vague de cyberharcèlement // Source : Capture d’écran Handsaway / Twitter

« Ce qui nous bouleverse le plus, c’est de savoir que de vrais signalements ont été noyés par tous les autres », regrette-t-elle. Pour l’instant, l’équipe de bénévoles ne sait pas quand l’application pourra reprendre du service.  « Nous sommes une petite équipe de 30 modérateurs bénévoles. Regarde tous les signalements un par un et supprimer les comptes responsables va nous prendre beaucoup de temps. »

Handsaway ne compte en tout cas pas en rester là. L’équipe est en contact avec plusieurs associations spécialisées dans la lutte contre le cyberharcèlement, et envisage avec elles des poursuites judiciaires. « Nous n’allons pas nous laisser faire », promet Alma. L’association compte aussi changer son système de modération, même si la situation « met en lumière le manque de moyens disponibles et la difficulté de faire face à des vagues de cyberharcèlement » pour les petites structures.

Un raid ?

Pour l’instant, impossible de dire qui serait derrière ces faux signalements, et personne ne se vante publiquement de telles actions, comme c’est parfois le cas après des vagues de cyberharcèlement. Numerama, après avoir regardé sur des sites habitués à ces pratiques, n’a pour l’instant pas trouvé de source publique — la multiplication des plateformes alternatives de communication (Discord, VK, etc) rende de plus en plus difficile d’observer de l’extérieur ces actes coordonnées. Les quelques 500 signalements abusifs ne signifient pas non plus qu’ils sont l’oeuvre de 500 personnes différentes : peu d’internautes très motivés peuvent malheureusement arriver à ce résultat facilement.

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