Face à la pression de la concurrence et pour des raisons économiques et stratégiques, la France et l'Allemagne confirment que le lancement de satellites européens devra se faire avec des fusées européennes.

Construire une nouvelle fusée — Ariane 6 — pour perpétuer l’accès autonome de l’Europe à l’espace, c’est bien. Mais privilégier des lanceurs européens pour mettre en orbite des satellites européens, c’est mieux. Voilà la conclusion à laquelle sont parvenus les gouvernements allemand et français le 16 octobre, à l’issue du conseil des ministres franco-allemand à Toulouse.

« Nous avons ensemble acté le principe d’une préférence européenne pour les lancements de satellites car nous ne pouvons pas à la fois financer Ariane 6 et choisir la concurrence », a justifié Emmanuel Macron lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion entre les deux exécutifs. « Une politique industrielle de souveraineté passe aussi par une politique spatiale européenne », a-t-il ajouté.

Macron Merkel
Emmanuel Macron et Angela Merkel, en 2017. // Source : Annika Haas

Il est à noter que la France applique déjà, et « de manière systématique », cette préférence européenne. Dans une réponse adressée à la Cour des comptes, la ministre des Armées, Florence Parly, observe que la France est, « avec sans doute l’Italie du fait de Vega, le seul acteur étatique majeur qui applique » une telle politique de souveraineté d’accès autonome à l’espace.

Désormais, donc, il faut ajouter l’Allemagne, à la grande satisfaction de Paris. La ministre des Armées. Celle-ci plaidait encore il y a peu pour un engagement à lancer les satellites institutionnels par des lanceurs européens, ce qui serait « déjà un pas important », pour soutenir notamment la filière. Le ralliement de Berlin constitue donc une avancée majeure, le pays étant l’un des poids lourds européens.

SpaceX profite de la commande publique américaine

La décision de privilégier davantage les solutions européennes pour les mises en orbite de satellites est le résultat d’un bouleversement du marché des lancements, avec de nouveaux challengers très compétitifs, comme SpaceX. Dans son rapport 2019, la Cour des comptes relevait d’ailleurs que la partie américaine ne se prive pas d’apporter un soutien financier massif à la société, via la commande publique, « à des prix très supérieurs aux prix du marché ».

GPS III SV01
La fusée destinée à propulser le satellite GPS III SV01. // Source : SpaceX

Face à ce constat, la Cour des comptes plaidait pour une consolidation de la commande publique européenne de lancements institutionnels, de la part des États membres, de l’Union européenne ou encore de l’Agence spatiale européenne. « Les industriels bénéficieraient d’une plus grande visibilité sur leur plan de charge et d’une sécurisation de leurs financements », ajoutait la Cour.

Ariane 6, dont les essais se poursuivent, effectuera son vol inaugural au cours de la mi-2020. Le lanceur ne remplacera pas immédiatement Ariane 5, qui aura encore quelques missions à boucler d’ici 2023. En parallèle, l’offre en matière de lanceur léger progressera également, puisque une nouvelle version de la fusée Vega, « C », sera proposée pour gérer les envois de satellites plus modestes.

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