L'industriel Foxconn est souvent mis en cause pour des conditions de travail inhumaines. Cette fois-ci, il a imposé des heures supplémentaires et du travail de nuit à des adolescents. Une pratique illégale.

Le groupe taïwanais Foxconn, implanté en Chine et spécialisé dans la fabrication de produits électroniques, est régulièrement rappelé à l’ordre pour ses conditions de travail. Pour rappel, ce sous-traitant fabrique dans ses usines les produits de géants de la tech comme Apple, Huawei ou Amazon et est de ce fait bien plus exposé médiatiquement quand ses employés ne sont pas bien traités. Cette fois-ci, l’entreprise est accusée, depuis le 8 août 2019, d’avoir imposé des heures supplémentaires illégales à des adolescents.

Foxconn a par le passé été au cœur de polémiques pour des journées de travail à l’intensité démesurée, une insuffisance dans les pauses et les règles sanitaires, ou encore des humiliations publiques sur ses employés. Entre surmenage et brimades, un premier scandale révélait en 2010 une vague de suicides parmi ses employés. Puis, en 2012, c’est l’emploi d’enfants de 14 ans qui sortait dans la presse. Des révélations qui avaient amené Foxconn à revoir ses pratiques… pas suffisamment, a priori.

Photographie prise dans une usine Foxconn. // Source : Flickr/CC/Robert Scoble

Heures supplémentaires illégales

Ce nouveau scandale trouve son origine dans une enquête de l’ONG China Labor Watch.  Foxconn a recruté plus de 1 000 adolescents, entre 16 et 18 ans, sous le statut de stagiaires. Pour accélérer la production des enceintes Amazon Echo, des heures supplémentaires de nuit leur ont été imposées, ce qui est interdit par la loi chinoise (l’emploi de jeunes est autorisé à partir de 16 ans, mais pas du travail de nuit). Quant à la rémunération, elle aurait baissé, en passant de 276 dollars par mois en 2018, à 248 en 2019 — avec la suppression des primes et bonus.

Dans une déclaration officielle citée par The Guardian, Foxconn a reconnu les faits et précise avoir « doublé la supervision et le suivi du programme de stage » pour éviter que cela se reproduise. En revanche, l’entreprise a défendu son choix d’employer des stagiaires, au nom de «  l’opportunité de gagner une expérience pratique de travail (…) qui va aider leur recherche d’emploi avec leur obtention du diplôme ».

L’organisation China Labor Watch dénonce bien davantage encore. Selon ses informations, si les stagiaires refusaient les heures supplémentaires et le travail de nuit, «  l’usine s’arrangeait pour que les enseignants fassent pression sur les travailleurs ». Les pressions pouvaient se traduire par la menace d’un renvoi, mais aussi par des violences physiques et verbales. « Le 30 juillet, des témoins ont vu un professeur frapper un stagiaire. L’enseignant a attrapé le stagiaire par l’oreille, pour l’empêcher de quitter le travail, en le grondant ».

Devanture d’une usine Foxconn. // Source : China Labor Watch

10 heures par jour, six jours par semaine

Dans le rapport détaillé, les chercheurs de l’ONG avancent toute une série de témoignages. On peut lire par exemple celui d’une étudiante en informatique de 18 ans, Xiao Fang [nom changé], qui est chargée d’appliquer le film protecteur sur trois mille Echo Dot chaque jour. Elle explique que, initialement, son enseignant lui avait annoncé un travail de huit heures par jour, cinq jours par semaine, mais que cela s’est finalement transformé du jour au lendemain en 10 heures par jour, six jours par semaine.

Fang rapporte avoir dit au manager de l’usine qu’elle ne souhaitait pas faire les heures supplémentaires (ce qui est bien entendu un droit, rappelons-le), mais ce dernier en a notifié son professeur principal, qui l’a menacée de la faire virer de Foxconn et que cette situation pourrait nuire à son diplôme et à son insertion professionnelle. Fang décrit également des conditions de travail anormalement fatigantes, qu’elle n’est pas sûre de pouvoir tenir sur la durée même si elle en a besoin.

Un porte-parole d’Amazon, dont les propos sont rapportés par The Guardian, a déclaré qu’une enquête était en cours. «  Si des violations [du code de conduite de leurs fournisseurs] sont établies, nous prendrons les décisions appropriées, y compris des actions disciplinaires ».

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