À l'instar des nombreuses femmes occidentales qui se sont exprimées avec les mots-clés #MeToo ou #BalanceTonPorc, les Chinoises commencent aussi à dénoncer le sexisme et le harcèlement avec #WoYeShi. Mais le mouvement peine à prendre de l'ampleur.

Depuis le mois d’octobre 2017 et le déclenchement de l’affaire Weinstein, des femmes ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour témoigner du harcèlement, des menaces et des comportements sexistes qu’elles subissent dans tous les aspects de leur vie personnelle et professionnelle, au gré des mots-clés #MeToo et, en France, de #BalanceTonPorc.

Dans ce mouvement général, essentiellement occidental, la Chine est restée quasi-silencieuse, malgré ses 1,3 milliard d’habitants. Pourtant, le sexisme n’est pas miraculeusement absent du pays, bien au contraire : selon une étude publiée par l’ONG China Labour Bulletin, 80 % des salariées chinoises ont déjà été victimes de harcèlement sexuel dans leur entreprise.

Censure du parti communiste

« Des femmes ont parlé… [mais] ce qui est frappant, c’est de voir combien elles sont peu nombreuses à l’avoir fait », explique au Guardian Leta Hong Fincher, auteure spécialiste du mouvement féministe chinois. Selon elle, c’est notamment dû à la censure exercée par le parti communiste : les dirigeants perçoivent le mouvement #MeToo comme une menace. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Pékin censure les mouvements féministes venus des États-Unis. Sans compter que Twitter, Facebook et Instagram, les principaux relais des témoignages, sont interdits en Chine : en effet, les réseaux sociaux sont lourdement surveillés et filtrés par le gouvernement.

Cependant, le mouvement a finalement pris une relative ampleur ces derniers jours. Le 31 décembre 2017, raconte The Diplomat, Luo Xixi, une ancienne étudiante de l’université Beihang, à Pékin, a accusé sur le réseau social Weibo son ancien professeur, Chen Xiaowu, de tentative de viol.

#WoYeShi

Posté sous le hashtag #MeToo, traduit « 我也是 » ou #WoYeShi, son témoignage est devenu viral, surtout que des rumeurs de harcèlement sexuel de la part de l’enseignant couraient depuis quelques semaines sur Zhihu.com, un équivalent chinois de Quora, un site pour poser des questions et recevoir des réponses. En conséquence, l’université Beihang a publié un communiqué sur Weibo le 1er janvier annonçant la suspension de l’enseignant et une enquête sur ses agissements.

我也是

Peu après, la journaliste chinoise Huang Xuegin, après avoir relaté sa propre expérience survenue lors d’un stage dans une agence de presse nationale, a lancé un sondage sur WeChat, l’un des principaux réseaux sociaux chinois. Sur 255 femmes journalistes ayant répondu, 80 % ont dit avoir été harcelées au moins une fois. Cependant, beaucoup n’osent pas témoigner.

Quelques femmes ont toutefois pris la parole sur la question auparavant, comme le racontait début décembre le South China Morning Post, un quotidien hong kongais. Ainsi, Xu Yalu a raconté sur WeChat de quelle façon elle a été harcelée par un vieillard à Shanghai, dans le très chic quartier d’affaires de Jingansi, sans que la police n’agisse réellement. Son article a reçu plus de 1 million de vues et près de 9 000 commentaires… Avant d’être supprimé par les censeurs chinois.

Aucune loi contre le harcèlement sexuel

Le journal raconte de nombreuses histoires similaires : des femmes dont le témoignage est censuré ou que la police refuse d’entendre. Un problème d’autant plus grand que, rappelle le quotidien, il n’existe pas de loi spécifique contre le harcèlement sexuel en Chine : celles qui osent agir doivent donc s’appuyer sur des lois insuffisantes, liées au travail.

Cette absence de législation spécifique n’est qu’une des raisons qui expliquent la faiblesse du mouvement en Chine. Aux États-Unis, la campagne s’est d’abord appuyée sur des reportages d’investigation, difficiles à réaliser dans un pays où les médias sont gérés très attentivement par l’État. Par ailleurs, la censure des réseaux sociaux complique la diffusion de la parole.

Surtout, en Chine, les mouvements féministes sont traités avec une grande méfiance par le Parti communiste, qui les voit comme les relais d’une ingérence étrangère. Et cela n’est pas sans conséquence pour les militantes : en 2015, cinq féministes chinoises ont été arrêtées pour avoir distribué des autocollants anti-harcèlement dans le métro. On comprend donc pourquoi il peut être difficile de sauter le pas.

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