L’affaire passionne les Français depuis plus de trente ans. On la pensait oubliée, voilà qu’elle revient grâce aux nouvelles technologies. Le dossier Grégory Villemin est de nouveau au cœur de l’actualité grâce à l’assistance d’un programme d’analyse complexe qui s’est penchée sur le dossier.

C’est dans l’Alsace, en mai dernier, que les nouveaux outils de l’analyse criminelle se dévoilaient. Sous le chaperon de la section de recherches de Strasbourg, on découvrait alors les nouveaux gadgets de nos enquêteurs français.

Derrière l’écran, piqué à la data, l’analyste criminel, maître des logiciels et observateur attentif des flux, explique comment, depuis déjà dix ans, les enquêteurs gagnent du temps et de l’efficacité pour déceler les incohérences de dossier comportant des milliers de données : dates, heures, localisations, pièces, témoignages etc.

Les anacrim et la machine

Rompus à l’exercice, ceux que l’on appelle à la section les anacrim, sont davantage des techniciens que des devins. Loin de l’idée d’une IA qui donnerait la solution à un enquêteur flemmard, les anacrim sont au contraire dans une démarche très complémentaire avec leurs machines. Toujours dans la presse régionale, on lit : « L’ordinateur ne réfléchit pas par lui-même, il ne se pose pas de question. Je pose des questions à la machine qui va chercher dans le dossier. » Cette déclaration vient de Pierre, anacrim adjudant-chef à la SR de Strasbourg.

cap-gendarmerie

Si l’on se concentre sur le quotidien de ces cyber-gendarmes, nous pourrions les comparer à des data-journalistes dont le rôle est de déceler des parallèles dans des données brutes, des contextes et, plus épisodiquement, une singularité qui échapperait aux modèles connus.

C’est en général ces singularités, exceptions aux règles logiques, qui viennent souvent titiller l’anacrim. L’adjudant-chef strasbourgeois détaille à l’Alsace : lorsqu’il travaille, il le fait en « ayant en tête ce que l’on cherche ». Dans un vocabulaire un brin amoureux, ce super-flic ami des modèles prédictifs s’élance dans une description de son drôle de métier : « Il y a un côté artistique. Il faut étirer les renseignements […] tirer le fil de la pelote…. et enfin sortir de la pénombre les indices noyés dans l’accumulation d’actes. »

RoboCop, Paul Verhoeven, 1987

Cold cases

À travers ce portrait, on découvre la profession méconnue qui aujourd’hui a réveillé l’impossible affaire Grégory Villemin. Pour le dire vite, l’IA et les anacrim ont mis K.O. un suspense de 33 ans et envoyé trois membres de la famille en garde à vue. En réalité, c’est bien plus complexe, mais il demeure qu’ANB (Analyst’s Notebook) d’IBM a bien aidé l’enquête à repartir, selon le Monde. La première fois que le logiciel apparaissait dans les colonnes des médias, c’était lors de l’affaire Dutroux et grâce à la police belge, rappelle le journal.

« fondamentale pour les enquêteurs »

Dans le Parisien, le colonel Didier Berger (BAC) analyse qu’il s’agit désormais d’une « aide fondamentale pour les enquêteurs sur les dossiers d’homicides notamment », avant d’ajouter qu’il s’agit toujours de compléter le travail des équipes : « Le cerveau humain a ses limites et n’est pas toujours capable d’analyser de manière objective des faits parfois anodins. » Pas question donc pour ANB de laisser passer un occurrence trop régulière, un mensonge minuscule dans un témoignage : le logiciel matrice l’enquête et recoupe trop de données de manière automatique pour laisser échapper ces détails.

Quels détails la machine a-t-elle trouvé sur l’affaire Grégory ? Difficile à dire pour le moment. Toutefois, pour tous les cyber-flics, c’est une victoire d’une profession devenue indispensable aux cold cases.

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