Après des mois d’enquête pour viol, agressions sexuelles et corruption de mineurs, la plainte contre le youtubeur Norman Thavaud a été classée sans suite par le parquet. Une décision honteuse et dangereuse.

« Les infractions étaient insuffisamment caractérisées. » C’est la raison qu’a donnée le parquet pour classer sans suite la plainte contre le youtubeur Norman Thavaud, plus connu sous le pseudo Norman Fait Des Vidéos. Depuis janvier 2022, le vidéaste était visé par une enquête préliminaire pour viols, agressions sexuelles et corruption de mineurs, et il avait été placé en garde à vue en décembre 2022.

Après presque deux ans de recherche, d’investigations, et d’audition de témoins, le parquet a rendu sa décision le 11 octobre 2023 : le classement sans suite. Le Parisien, qui a dévoilé l’information, indique cependant que les avocats des plaignantes se réservent « le droit de déposer une plainte avec constitution de partie civile. »

Norman Fait des Vidéos // Source : YouTube / Norman Fait Des Vidéos
Norman Fait des Vidéos // Source : YouTube / Norman Fait Des Vidéos

Une décision honteuse et dangereuse

Ce classement sans suite est un séisme, d’autant plus que les raisons invoquées par le parquet semblent au mieux bancales, au pire, profondément dangereuses. Selon Le Parisien, qui cite le parquet, la qualification de corruption de mineur « a été écartée, au motif que l’âge des jeunes filles n’a jamais été précisé en début de prise de contact et qu’elles n’avaient pas d’apparence physique ni de discours laissant supposer de la part du mis en cause une particulière attirance pour les enfants ni les corps enfantins ». De plus, « il ne ressort d’aucun élément du dossier un indice de volonté de perversion de la jeunesse — requis pour retenir cette qualification », d’après la magistrature.

Les qualifications de viol et d’agression sexuelle, dont Norman était aussi accusé, n’ont également pas été retenues, car, d’après le parquet, « dès lors que les échanges préalables aux rencontres étaient systématiquement sentimentaux et le plus souvent sexualisés et sans ambiguïté. Il apparaît ainsi que les consentements n’ont pas été trompés, et que la pression de ne pouvoir revoir le mis en cause ou son insistance ne peuvent suffire à caractériser la contrainte

Ces justifications sont un désastre pour la reconnaissance des agressions et viols par la justice française. Estimer qu’une jeune fille est automatiquement consentante car elle a échangé avec un homme, dans le passé, des messages « sexualisés et sans ambiguïté », induit que selon la justice, un « oui » accordé une fois correspondrait à un « oui », pour toujours.

De même, considérer qu’il n’y a pas de corruption de mineur, seulement car l’apparence physique et le discours des victimes feraient « trop adultes » pour « supposer une particulière attirance pour les enfants ni les corps enfantins », c’est défaire des années de travail de protection de l’enfance. C’est oublier qu’il n’y a pas besoin d’être pédophile pour commettre des faits de corruption de mineur.

Accusation de viol, agression sexuelle, et corruption de mineur

Cette décision de justice laisse les victimes plus que jamais fragilisées.

« Nous prenons acte du classement sans suite, nous continuons de considérer que les éléments constitutifs des infractions reprochées à Norman Thavaud sont caractérisés », ont indiqué au Parisien les avocats de plusieurs parties civiles. Pour rappel, sept jeunes femmes avaient porté plainte contre Norman, cinq d’entre elles pour viol — deux auraient été mineures au moment des faits.

Source : Instagram/Maggie Desmarais
Source : Instagram/Maggie Desmarais

La première victime à avoir pris la parole à visage découvert est la Québecoise Maggie D., qui avait publié en juillet 2020 un long témoignage sur les agissements de Norman sur son compte Instagram. Elle accusait le youtubeur de lui avoir demandé des photos dénudées d’elle, alors qu’elle avait 16 ans et lui 30.

« Nous sommes déçues, mais pas affaiblies », a-t-elle publié sur son compte Instagram le 11 octobre au soir. « Nous restons fortes et sommes plus que jamais déterminées à continuer notre combat et faire entendre nos voix. »

D’autres témoignages glaçants avaient ensuite été partagés en décembre 2022, dans une vidéo YouTube du Roi des rats, dans laquelle six victimes accusaient, pendant 40 minutes, Norman de faits graves : manipulation, corruption de mineurs et agression sexuelle. Vous pouvez retrouver leurs témoignages dans la vidéo ci-dessous.


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