Alors que Samsung alerte publiquement sur une pénurie de mémoire vive qui ferait grimper le prix des ses smartphones, PC et TV, le géant sud‑coréen enregistre des bénéfices records grâce à la flambée des puces RAM. Derrière le discours inquiet, il y a un acteur qui contrôle une partie de la pénurie… et qui encaisse le jackpot.

Samsung joue-t-il sur deux tableaux ? C’est, pour le moins, ce que laissent penser les chiffres. Il y a peu, le géant sud-coréen mettait en garde face à la pénurie de RAM qui menace l’industrie de la tech : « Des problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs sont à prévoir et auront des répercussions sur tous les acteurs du secteur », déclarait Wonjin Lee, président et directeur du marketing mondial, dans des propos rapportés par Bloomberg le 7 janvier 2026. Avant d’ajouter : « Les prix augmentent déjà. Bien entendu, nous ne souhaitons pas faire peser ce fardeau sur les consommateurs, mais nous allons devoir envisager de revoir le prix de nos produits. »

Un discours qui se tient — à un détail près : Samsung n’est pas seulement concerné par la pénurie de mémoire, il en est aussi le premier fournisseur mondial. Un double statut qui change forcément le goût de ses mises en garde.

En pleine pénurie de RAM, Samsung encaisse le jackpot

Si Samsung est très connu du grand public pour ses smartphones, ses PC ou ses téléviseurs, le groupe sud-coréen est avant tout un mastodonte des semi-conducteurs. En 2024, il est redevenu le premier vendeur mondial de puces, avec environ 66,5 milliards de dollars de revenus et une part de marché estimée entre 10,5 % et 10,6 %, devant Intel et Nvidia, rapporte le cabinet Gartner.

La mémoire est l’un de ses terrains de jeu favoris. Aux côtés de SK hynix, Samsung domine le marché : en 2025, il a repris la première place mondiale sur le segment de la DRAM (la RAM grand public), après l’avoir brièvement cédée fin 2024. Sur la NAND flash et les mémoires avancées — notamment la HBM, devenue stratégique pour l’IA — le groupe figure également dans le trio de tête. Et sa croissance récente doit beaucoup… aux hausses de prix de la mémoire et à l’explosion de la demande des data centers et de l’IA.

La valorisation totale de la DRAM // Source : MacroMicro
La valorisation totale de la DRAM // Source : MacroMicro

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour le quatrième trimestre 2025, Samsung prévoit un chiffre d’affaires d’environ 93 000 milliards de wons (environ 54,48 milliards d’euros), en hausse d’environ 23% sur un an. Le bénéfice opérationnel attendu par l’entreprise est d’environ 20 000 milliards de wons, soit le triple par rapport à un an plus tôt (+208 %), ce qui en ferait le plus gros bénéfice trimestriel de l’histoire du groupe. Rien que ça.

Si la pénurie inquiète surtout les fabricants d’entrée et de milieu de gamme, pour Samsung, en revanche, elle ressemble moins à une menace qu’à une opportunité. Et ça, la firme semble l’avoir bien compris.

Ainsi, côté production, Samsung restreint la croissance de l’offre en DRAM « classique », privilégie la mémoire haut de gamme pour l’IA et limite les contrats long terme. Car limiter les contrats à long terme permet à Samsung de garder la main sur des prix qui montent très vite, au lieu de se « bloquer » sur un prix trop bas sur plusieurs années, alors que la RAM va probablement continuer à flamber.

Les prévisions du Samsung pour le T4 2025. // Source : Samsung
Les prévisions du Samsung pour le T4 2025. // Source : Samsung

Samsung gonfle le prix de ses puces… pour le bien des consommateurs ?

Les géants des puces ne se contentent évidemment pas de réorienter leurs capacités vers la mémoire pour IA. Pour le quatrième trimestre 2025, Samsung et SK Hynix auraient proposé à leurs clients des prix 30 % plus élevés pour la DRAM et la mémoire flash NAND, rapportait le Korean Economics Daily en octobre. SK Hynix prévoit des hausses de prix significatives en 2025‑2026, et les analystes le présentent comme l’un des grands bénéficiaires du « memory supercycle », au même titre que Samsung.

Micron investit quant à lui dans de nouvelles usines — par exemple le rachat d’un site à Taïwan, qui doit commencer à produire davantage de DRAM à partir de la seconde moitié de 2027 — tout en profitant, comme Samsung et SK hynix, d’un pouvoir de fixation des prix renforcé par la pénurie actuelle face aux fabricants de PC, smartphones et data centers.

Du côté de Samsung Electronics, en novembre 2025, le fabricant aurait augmenté le prix de certains composants mémoire jusqu’à 60% par rapport à septembre, rapportait Reuters. Par exemple, pour certains modules DDR5 serveur, le 32 Go est passé de 149 à 239 dollars entre septembre et novembre 2025.

Bien que cela puisse paraître difficile à accepter côté consommateur, dans les faits, Samsung se retrouve avec une demande énorme et urgente (IA, data centers) pour une ressource devenue rare. Dans ce contexte, maximiser les prix, limiter les contrats longs et prioriser les clients qui paient le plus est exactement ce que ferait n’importe quel acteur dominant dans un marché en pénurie. Après plusieurs années de mémoire bradée et de profits en berne, la direction considère cette phase comme un « super-cycle » où il faut reconstituer les marges tant que la fenêtre est ouverte, expliquant en majeure partie les hausses et les bénéfices qui triplent.

Mais, le fait que la stratégie soit rationnelle d’un prisme purement économique ne la rend pas juste pour autant. Les marques plus petites, qui n’ont ni la taille ni la marge de manœuvre de Samsung, se retrouvent à subir des coûts mémoire explosifs sans profiter des retombées. Le déséquilibre de pouvoir est alors accentué : ces dernières payent plus cher leurs puces à Samsung, ont moins de marge pour absorber le surcoût, et sont donc forcées d’augmenter davantage leurs prix que Samsung lui‑même. Ce qui réduit mécaniquement la pression concurrentielle au bénéfice du géant.

Alors certes, cette position dominante et ces gains pharamineux ont peut-être un avantage pour les consommateurs : Samsung peut absorber une partie du choc sur certains produits grâce à ses marges mémoire. Cela lui offre la possibilité de ne pas (trop) répercuter la hausse des coûts sur les Galaxy, TV ou PC, afin de rester compétitif face à Apple et aux autres marques. À condition que l’entreprise le veuille.

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